dimanche 29 septembre 2013

drôme



samedi 21 septembre 2013

vendredi 20 septembre 2013

13 je suis parti parce que j'avais des trucs à faire


Ouin !

_" Pleure pas Madeleine.

Regarde, t'es toute trempée.
Allez.
Tu te noieras pas comme ça.
T'es costaude et tu t'en sortiras.
Tu suffoques!
Tu t'en sors toujours, spas ?

C'est bête ce qui t'arrive, mais c'est la vie.

Ma Madeleine. T'es ma Madeleine à moi.

Mah non je t'oublie pas.
Et tu sais bien, je suis pas un type pour toi.

Souviens-toi que t'es super.
J'aurais ptêtre pu rester, mais j'ai trop de trucs à faire".

Il actionna la bonde, rentra chez lui.

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jeudi 19 septembre 2013

12 je suis parti parce qu'elle ne m'écoutait pas



Elle ne voulait rien savoir. Je voulais y aller moi, parce que le temps n'attend pas. Elle avait de bonnes raisons, expliquait, disait non, ne partez pas, c'est idiot, ce sera une catastrophe. Mais elle expliquait mal. 
Je me suis foutu de ses raisons et j'ai pris ma bécane.
Et quand j'ai dû rentrer, elle m'a dit:

_"Reste encore un peu. S'il te plait."

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11 je suis parti parce qu'elle m'a menti


Je suis veilleur de nuit. A neuf heures, je l'embrasse et je file. Au matin, à six heures quand je rentre, elle est là dans les draps, endormie. Elle dort en chien de fusil. Je me glisse auprès d'elle, c'est chaud. Elle marmonne,
viens là, Mmmm...
On se câline un peu, puis son réveil sonne. Ma vie, du dimanche au jeudi. Le jeudi, au travail, on débriefe, sept, huit, ça traine, alors je rentre un peu plus tard. Ces jours là elle m'attend, toute pimpante, avec les croissants. Levée depuis plus longtemps. Elle est simple ma vie. La sienne aussi.

Aujourd'hui c'est jeudi. Le boss était malade, on n' a rien débriefé. Et quand je suis rentré, à six heures, notre chambre était vide. Tout de suite j'ai pensé à un drame, à ce qui arrive dans la nuit, quand on vous appelle, et qu'il faut partir, vite, en taxi. Qu'on ne peut prévenir personne. J'ai attendu jusqu'à neuf heures. J'avais peur.

Mais à neuf heures, elle est entrée, toute pimpante, avec les croissants.

_"Salut Chéri".

J'ai tout de suite compris.

_"T'étais où cette nuit ?

_Bah enfin! Ici !

_Tu me prends pour un con?

_Bah... Oui ".

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lundi 16 septembre 2013

10 je suis parti parce qu'elle faisait semblant


 au cinéma...





















 Je suis parti après la scène du restaurant.

9 je suis parti parce qu'elle se laissait aller


Elle était douce et languide, comme une colline paisible. Son calme me plaisait. J'ai l'esprit agité, elle me compensait bien. Jamais elle ne m'a tourmenté. Ma liberté était totale. La quiétude régnait au foyer.
Quand je rentrais à la maison, elle était là, silencieuse, allongée . Corps indolent, constance d'acier. J'aurais aimé, comme elle, n'être atteint par rien. Aucun événement, quel qu'il fût, n'altérait sa placidité. Les heures passaient semblables, dans un bonheur tranquille....

Mais il fut un moment où je dus constater qu'elle glissait, lentement, du calme au laisser aller. Je l'avais connue belle. Et sans pourtant  troubler notre sérénité,  elle changeait.

Lentement, mais sûrement.

A  ne jamais rien faire, elle se mit à gonfler. Son ventre d'abord. Puis son visage....Les yeux bouffis, ce n'est pas agréable...Inéluctablement, son corps se dégradait, sans qu'elle semble s'en inquiéter. Ces taches qui s'installaient, j'avais beau lui dire, rien n'y faisait.

Il y a des limites... Un jour ou l'autre, ces femmes là, on les quitte.
Pour moi, c'est quand les mouches sont arrivées.



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dimanche 15 septembre 2013

8 je suis parti pour faire une pause


Je n'aime pas aller au bistrot seul. Mais c'est ce que j'avais fait. La veille, je n'avais pas dormi. Je ne savais pas comment lui demander. Pas doué pour ces choses là. J'avais peur qu'elle pleure,  qu'elle crie, qu'elle ne comprenne pas. Toute la nuit, j'avais répété, pour que ce soit bien clair. Alors avant de rentrer, deux verres, pour me mettre à l'aise, pour que ça coule tout seul. Quand je rentre le soir, depuis longtemps, elle ne me sourit plus. C'est de ma faute et j'y suis habitué.
Ce soir là, elle était maussade, comme souvent. Comme toujours, depuis deux ans.

_"Bonsoir Chérie, comment ça va?
_Tiens! ça t'intéresse?...Qu'est-ce-qui te prend? Tu sens bizarre.Tu picoles après le travail maintenant?
_Non...Enfin aujourd'hui..Oui...J'avais besoin de tamponner.
_Moi aussi j'ai tamponné: courses, lessive, repas".

Mal engagé.
"_...Ta journée?
_La rentrée commence mal si tu veux savoir. Pas de cantine, ils font la grève. Je ne sais pas comment je vais faire. Toi de toutes façons, tu ne seras pas là".

 Pas maussade. Exaspérée.
C'est sûr, ce n'était pas le moment. Mais j'étais prêt. Alors je me suis lancé.

_"Ecoute, il faut qu'on parle.
_Parler de quoi?
_De nous. De...l'organisation".

Organisation. Je ne pouvais pas choisir un mot plus con. 
_ "Ha! D'organisation! Tu vas rentrer à midi pour faire manger les gosses? Tu rencontres les profs principaux? Ou la bécasse du cours moyen? A moins que tu te décides enfin  à te rendre à la réunion de copro que je me tape depuis toujours?
_Attends, s'il te plait, c'est autre chose.
_Quoi? Tu couvres les livres cette fois?  Bonne nouvelle.
_Chérie je t'en prie. Tout ça j' y pense depuis longtemps. Ecoute...
_Le rouleau est sur mon bureau. Le scotch et les ciseaux, dans le tiroir du bas".

Soit je m'en tenais là, soit je poursuivais. Mais j'avais commencé. Alors droit au but.

_"Je sais que depuis longtemps tu penses que je ne m'occupe plus de toi. Plus des gosses non plus. Mais...Ce n'est pas tout à fait ça. 
_Tiens donc. Non, c'est pire.
_...Oui, je sais...écoute...ça fait quoi, quinze ans qu'on vit ensemble?
_Seize. Et Manon a quatorze ans, Louis douze,  Jeanne huit.
_Oui, seize, pardon. Tu as toujours mieux compté.
_Je n'ai pas besoin de compter, je le sais.
_Enfin seize ans, seize ans qu'on est mariés, et qu'on vit ensemble.
_Qu'on habite sous le même toit . Et alors?
_C'est de ça qu'il s'agit. Je crois...Qu'on s'est perdus de vue. On a beaucoup travaillé, on a eu les enfants, ils nous ont pris du temps...
_A moi surtout.
_Chérie...je voudrais juste....que tu me laisses parler.
_Allez. Déballe.

_Enfin ...Je voudrais que ça soit comme avant. Qu'on se retrouve".

Pour la première fois depuis mon arrivée, elle m'a regardé. Dans les yeux. J'ai pensé cette fois, je vais y arriver. Elle va m'écouter.
Mais non. 
_"Super. Magnifique. Qu'on se retrouve. T'as lu Psycho Magazine, spécial couple?"
Elle s'est mise à rire:   
_" On se retrouve où?"

Confondant. Pathétique. Crétin que j'étais. Et j'allais continuer.

_"Chérie...
_Arrête avec tes Chérie.
_D'abord on se donne du temps.
_Du temps? Du temps pourquoi? Tu prends un temps partiel?
_Arrête s'il te plait...
_Ou une femme de ménage peut-être, une  baby sitter, bien roulées?"

Nous y étions. 
Depuis deux ans, toutes nos conversations s'arrêtaient là. A la baby sitter.

_"C'était il y a deux ans, c'est fini, tu le sais.
_Je ne saurai plus jamais".
Elle avait su. Et ne me pardonnerai jamais.
_"Je voudrais...Je crois qu'il faut qu'on fasse ...Il faut qu'on fasse une pause . J'ai réfléchi. Je ne sais pas, quelques temps. Ce qu'il faut pour qu'on se retrouve nous mêmes, qu'on fasse le point... Après...On sera de nouveau heureux."

J'avais débobiné comme un benêt, honteux. Sale effet:

_"Et on fait quoi? On largue les gosses,  congé sabbatique, on bronze quinze jours à Palavas, et hop, on rentre, tout va bien?
_Non Chérie... 
_Voilà ce que j'en dis: 
Pas là-bas, pas la vase ! Ha ! " 

Elle avait passé le cran. Quand elle partait comme ça, dur de l'arrêter. Comme si elle devenait folle. Après, elle délirait. Hurlait de rire. Rugissait des insanités. A faire peur.
Garder le cap. Ne pas lâcher.

_"Un point, en tant qu' individus. Mais pour nous deux.
_Ne compte pas sur moi pour aller m'épancher avec toi chez un conseiller si c'est ce que tu veux dire. Si quelqu'un doit régler ses comptes , c'est toi. La pause ne sert à rien.
_Chérie... Un point chacun pour soi. Nous recentrer.J'ai pensé à...peut être m'installer ailleurs quelques temps, pas loin, pour ne pas perturber les enfants. Je pourrais venir les voir".

Pourtant, j'avais répété, mis les choses dans l'ordre. J'avais prévu ça autrement. Sûr que c'était mal sorti. Crétin.

_"C'est bon. Ne te fatigue pas. J'ai compris. Ne dis plus rien.
_Mais une pause! Juste une pause... S'il te plait.
_Ha ! Je la vois bien notre pause. Gros malin. Et quand tu viens, t'apportes du linge? Depuis quand tu te débrouilles?
_Chérie...
_Et il est où ton lupanar?
_C'est...Chez Luc. Il me laisserait son studio. Il part six mois pour Paris.
_Ben voyons. Chez Luc! Cet imbécile, à Paris. Il ne sait même pas prendre le métro ! Tu veux aller chez cet abruti?"

Luc est mon seul ami.

_"Oui. Nous en avons parlé aujourd'hui. C'est arrangé."

Temps d'arrêt. Celui qu'elle marque avant d'éclater, de claquer la porte en hurlant, pour  s'effondrer sur le lit, verrou tiré.

Mais au lieu de crier, cette fois, elle a soufflé:
_"Alors comme ça...c'est déjà  ficelé, avec lui?
_Oui, il serait d'accord.

Elle est restée un moment silencieuse, puis :

_" Donc tu es prêt."

Elle a marché dans la pièce, lentement, pour s'éloigner. J'ai attendu, longtemps je crois, plusieurs minutes. Elle marchait les mains jointes, sa manière de recomposer, quand tout devenait trop lourd, ou trop compliqué. Je savais qu'elle réfléchissait. Puis elle s'est arrêtée.
Elle m'a regardé de nouveau, et elle m'a souri. Elle avait balayé colère, rancoeur, causticité. Un vrai sourire. Celui que je ne connaissais plus. Ce sourire là, d'avant, si clair, si lumineux, qu'il me faisait baisser les yeux.

_"Chéri. Tu as raison. Je suis d'accord, moi aussi."

Miracle de la parole quand elle parle d'amour. J'avais réussi. Je l'avais émue. Elle pardonnait, et elle avait enfin compris. Je me suis avancé, et j'ai ouvert les bras. 

_"Mais restes -y".

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samedi 14 septembre 2013

7 Je suis parti et je ne sais pas quoi faire depuis


Je suis parti et je ne sais pas quoi faire depuis. C'est normal, vous allez me dire, quand on part, il faut de l'imagination . Mais ce n'est pas ça.  Je suis parti , et maintenant, j'ai vraiment l'air d'un con. Du con qui s'est tiré dans le pied.

Quand j'ai sonné à l'interphone elle m'a dit:

"T'avais qu'à prendre tes clés."

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jeudi 12 septembre 2013

samedi 7 septembre 2013

5 je suis parti pour vieillir moins vite


Ma femme  n'aimait qu'un seul anniversaire:
Le nôtre.

La première fois elle m'avait dit, toute émue:
_"Chéri, j'ai une surprise.
_Ah.
_Ne bouge pas".
Elle avait disparu , pleine de mystère, et puis, sortant de la cuisine:

_"A partir d'aujourd'hui, nous ne fêterons que celui là.
Souffle Chéri, souffle avec moi".

Au milieu du gâteau, une seule bougie.
Inscrit sur le glaçage blanc, juste un mot:



C'était vraiment joli.

Celui d'hier était moins réussi. Pour la callygraphie, à la base du gâteau, ma femme avait opté pour un coulis. L'inscription soulignait une génoise. Les lettres étaient à peine lisibles, et dans le creux du plat, pourtant à peine trentenaire, notre vieux Nous, tremblottant dans la crème anglaise, s'effrangeait lamentablement.

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vendredi 6 septembre 2013

4 je suis resté pour le confort


La production n'a pas suivi, ils viennent d'appeler. Le projet est abandonné. Le second volet d'interviews sur les hommes qui partent, ceux qui restent, s'est terminé il y a à peine un quart d'heure. L'équipe, découragée, range le matériel.
Le réalisateur glisse dans sa sacoche le dernier dossier. Sur sa couverture, on peut lire "Pantouflards"
Il se tourne vers le cameraman et soupire :

_"Ouf. Fini. Pas si mal. Il était nul ce projet.
Qu'est ce qu'on s'est fait chier, hein, Eric, avec le dernier type."

Le cameraman, dépité:


_"Ça tu peux le dire. Mortel. Mais au moins, celui là, il ne sortait pas du champ".

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jeudi 5 septembre 2013

3 je suis parti pour me faire des tonnes de meufs


Il faudrait enchaîner plus vite, avancer. Sur le parvis, des hommes, des femmes passent et repassent. Le temps est magnifique, mais sur la place, bien trop d'animation. L'équipe regrette le choix du café. Plein sud, la terrasse encombrée a compliqué l'installation. La mise au point a été longue, pour une courte séquence. Sur tout le temps passé, à peine cinq minutes de prise. L'interview est désordonnée, chaotique. Jamais ils n' ont connu moins coopératif. Il est déjà midi, et le réalisateur perd patience. En face de lui, l'homme qu'il tente d' interroger s' agite,  toujours  plus dissipé. Ce qui l'entoure le mobilise bien plus que les questions posées.
  
_"Vous pourriez déplacer de nouveau votre chaise un peu vers la gauche s'il vous plaît, qu'on vous garde centré, dans le champ de la caméra? Oui, c'est bon comme ça. Votre verre, un peu plus au milieu de la table."
En aparté, au cameraman:
" Eric s'il te plaît, tu peux me repasser le dossier...à force je perds mon fil . Oui, celui là, le jaune, "Compulsifs"Merci ". 
Soupir.
_"Parfait. Bon, on avait à peu près fini sur votre épouse...Monsieur? On reprend: 
En conclusion vous disiez:" je ne peux pas m'empêcher". Que voulez vous dire? 
_Pardon?
_Vous disiez que vous ne pouvez pas faire autrement.  Vous pouvez expliquer?
_ Ah, oui, excusez-moi. Et bien non je ne peux pas. Vous ne vous rendez pas compte". 
L'homme s'est encore retourné sur une femme. Il va falloir couper . Fichu pour le plan séquence.
_"Par exemple, elle là, qui descend les escaliers. Le genre asperge, les jambes qui tricotent. Je l'ai vue tout à l'heure, elle sortait du musée. Super plan les expos. En plus, faut pas croire, on apprend des trucs. Bon, des fois c'est limite. Mais dans ce cas, on se concentre et ça passe. Et bien celle là, si je voulais..."
Une autre femme sort de la boutique d'en face. Elle est pressée.  
_"Mince alors ! Cours pas comme ça ma belle. Saint Raph, Grande Motte? Marque des bretelles... Une vraie ronde qui s'aime. Ah l'été... C'est beau! ...Bien bronzée... Y reste du blanc? Ha ha ha!!!  Mmmmm, le moelleux.... 
_Vous disiez que...
_On dit qu'y en faut pour tous les goûts. Moi j'aime tout. 
Là, voyez , devant la vitrine. Oui, oui...achète-toi des chaussures mon Chou...C'est drôle, les compensées, quand la mode est revenue, j'ai eu du mal. Mais finalement,  ça galbe aussi. Différemment, mais ça galbe."

 L'interviewé scrute devant,  à droite, à gauche. Sans cesse, il enlève, remet ses lunettes , les ajuste pour voir plus loin.

_"Et elle...elle a quelque chose, y a pas... Sapée comme un sac mais souple....Pas si sac que ça. C'est sûr, la jupe au dessous du genou, ça coupe la jambe. Avec les gourdes, c'est trop facile, mais y a un côté gratifiant: elles remercient. Les ingénues, c'est différent. Farouches au début, et quand elles partent, elles vous marcheraient dessus. J'adore. Oui, elle c'est plutôt une gourde. Mais elle a un petit côté...comment on dit...Enfin une gourde, mais un poil plus fûtée. Vous trouvez pas? Oui, je sais, vous allez me dire, l'ingénue, la gourde, c'est des clichés. Faites-vous tous les clichés, c'est déjà pas mal. Parce que même les clichés voyez vous, y en a pas un pareil !
_Oh moi, vous savez...
_ Apprenez à regarder bon sang! 
_Mais...J'y viens  justement. Vous pourriez vous contenter de... Les regarder ?
_Juste les regarder? Mais enfin, impossible! Une fois qu'on les a vues, on ne peut pas s'arrêter! C'est comme si je vous demandais...Je sais pas moi, de regarder votre bière! Ah merde, mes clopes.... Juste les regarder! Ha! Elle est bonne celle là!...Et moi au fait, pourquoi j'ai pas eu de maquilleuse?
_Petit budjet.
_Moi qu'ai accepté d'être dans votre doc pour ça . Pfff. "
Pour ramasser ses cigarettes, l'homme se penche, et en  tirant sa chaise, décroche le micro agrafé à son col. 
_"Eric, ça va?
Grognement étouffé:
_Faudra".
Le cameraman  ramasse l' objet tombé sur le sol, avant que l'énergumène ne l' ait écrasé du pied,  l'ajuste pour la cinquième fois.

_"On peut y aller?... Ok. Monsieur, s'il vous plait, on reprend:
Mais dites moi... ça ne dure jamais longtemps?
_Longtemps? Quoi longtemps? Comment voulez-vous que je fasse? Y en a trop! Sinon, je les rate! Vous par exemple, là vous ne savez pas ce que vous loupez! Mais dans dix ans, hein, dans dix ans. Vous regretterez dans dix ans . Ptêtre même avant.
_Mais vous ne pourrez jamais les avoir toutes!
_Ah, m'en parlez pas, ça m'angoisse cette idée. C'est l'enfer. L'enfer je vous dis, l'enfer."
Il remet ses lunettes, et tout à coup, se redresse, et  fixe son regard  tout au fond de la place. 

_"Nooon ! Aaaah ! Alors là ! La vache ! En cinquante ans, une diablesse pareille,  j'ai jamais vu ça !"
_ S'il vous plait, vous pouvez essayer de me regarder, et vous remettre comme vous étiez?"

Mais l'homme s'est levé. Il suit d'un regard inquiet une jeune femme, qui traverse la rue d'en face. Et soudain, bousculant la table, les chaises, le pied de la caméra, il quitte la terrasse:

_"Mademoiselle! Mademoiselle! Attendez !

_Putain j'y crois pas !! Le con ! Il nous a plantés !
_ Un vrai cinglé.Je suis sidéré....
_Ouais...Moi non plus j'ai jamais vu ça...Regarde....Merde alors... La fille s'est arrêtée....Eric !! Vite, vite, Filme, vas y, Filme !! "

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lundi 2 septembre 2013

2 je suis parti après une analyse


Je ne voyais pas vraiment que je me sentais mal. Je partageais sa vie depuis trente ans. Nous nous étions connus jeunes. Dans un couple, on ne peut pas sans cesse tout réinventer. Au bout d' un moment, oui, la routine. Mais pas de quoi s'inquiéter.

Je ne me rendais pas compte. Mais elle l'avait senti, ma femme me connaît bien.  Depuis un an, c'est vrai que je flottais un peu. Que le week-end, je n'avais le goût de rien. Qu'au travail, je manquais d'entrain. Que je ne lisais plus. Que je n'avais pas faim. Que le soir, avec elle, je bandais moins. Mais je ne m'en souciais pas.
 _"Je suis un peu fatigué, ça reviendra." 
Ma femme m'a toujours compris, et ça, elle le comprenait aussi. 

Pour tout, ma femme trouvait des solutions. 
"_Chéri, prends des vacances. Tu n'as jamais fait ça, on a eu tort. On laisse l'agence, elle peut tourner sans nous. Il faut que tu décroches. Accorde-toi au moins deux mois. Tu es au bout du rouleau.Guillaume a terminé son doctorat, il se débrouille, il a son appartement. J'ai réservé . On s' arrête, et on part au Tréport. Rien de tel que la Manche pour se ressourcer. Je vais te gâter. Je t'accompagne. Ne te soucie de rien. Je m'occupe de tout.
_C'est peut-être une idée."

Mais là bas, tout fut pire. Je devenais vraiment mélancolique.  Elle souhaitait qu'on en parle, mais je n'avais rien à en dire. Dès le matin, elle se mettait au fourneaux, cuisinait mes plats préférés. A peine goûtées, je laissais mes assiettes. Si elle voulait marcher avec moi, sitôt sortis, mes forces m'abandonnaient. Elle insistait un peu, vantait les vertus de la mer, de son air vivifiant, puis se rendait et concluait :
_" Ce n'est pas grave, on reste, viens-là et repose-toi, je prendrai mon livre".
Au bout de trois semaines,  en dépit des efforts que ma femme déployait, rien n'était changé. Nous sommes rentrés.
Pourtant, elle était toujours là , rien que pour moi.

Tout le temps là.

 Un soir comme tous les soirs, où les yeux vides, le corps atone, je traînais devant la cheminée, sans que me vienne l'idée d'y allumer un feu,  elle vint s'asseoir.
_"Chéri.
_Oui?
_ Normalement, les vacances font du bien, mais tu vas de plus en plus mal.
_Peut-être que simplement....
_ N'essaie pas de me rassurer. Chéri, si nous n'agissons pas,  tu vas sombrer. 
_Je sais ce que tu penses...tu te trompes. C'est juste que...
_Ecoute-moi. Je le sens.C'est profond.
_Mais non. Je suis fatigué. Juste une mauvaise passe.
_Chéri, s'il te plait, vois les choses en face. Tu fais une dépression. Rappelle toi de René: il parlait tout comme toi, tout devait s'arranger. Il a plongé.
_René buvait.
_Mais c'était un ensemble, et il s'est soigné. Il va très bien maintenant.
_ René... Chérie, après, sa femme l'a quitté.
_Mais, moi, c'est différent: 
Je t'aime!

_... C'est vrai.
_ Mais nous sommes tous les deux si proches, que je ne peux pas t'aider. Cette fois il faut te prendre en main. Chéri, je t'en prie, si tu le fais,  ne le fais pas pour moi. Ne l'oublie pas....
_...Si je fais quoi?
_Ne le prends pas mal... Tu as besoin d'une... Enfin, possiblement...Peut-être juste d' une thérapie".

Le mot était lâché. Je m'étais dit qu'en effet, il fallait qu'elle m'aime. Parfois, cela requestionne tout. Mais elle n'avait pas peur.
_"Si tu le dis".

J'avais un fils aussi brillant qu' indépendant. Grâce aux investissements de ma femme, une entreprise  équilibrée. Une belle et grande maison... Et jour et nuit, elle était là pour moi.
J'avais à peu près tout, et ça ne m'allait pas. Une dépression?
Alors comme ça,  cette chose qui n'allait pas était logée à l'intérieur. Ma femme avait toujours raison. D'une manière ou d'une autre, ça ne pouvait pas durer. Je devais m'en débarrasser.

J'ai accepté l'idée. Je me suis documenté. La dépression, on en sortait.  Mais parfois c'était long. Dans tous les cas coûteux.
Il fallait bien parler d'argent. Ma  femme  n'y vit aucun obstacle, aucun inconvénient.
_"Tu fais ce qu'il faut, on ne lésine pas sur ces choses là. 
_Il parait que ça dure longtemps, cela peut être un gros budget, et sur le compte commun, nous n'avons pas tant de réserves. Pour moi, quand on a démarré, tu avais beaucoup sacrifié. Je ne veux pas te léser.
_Chéri. Tu sais bien ce dont j'ai hérité. L'argent, ça sert aussi à ça.
_Chérie, c'est ton argent...Pour moi, tout de même, c'est du superflu.
_On parle de toi, pas d'une voiture! Je te connais par coeur. Pour ne pas que tu sois gêné, je t'ai fait un virement sur ton compte personnel. Pense au bonheur, oublie ce qu'il coûte.Tu pourras gérer ça en toute indépendance, et sans arrière-pensées.  
_Merci , merci Chérie, mais tout de même....
_Sois patient. Oui, cela pourrait prendre du temps. Peut-être six mois. Ou même une, deux, les années qu'il faudra. Du temps pour toi.
_Deux ans tu crois?
_Qu'importe! Libère-toi du poids qui te mine. 
_...As tu songé aussi à ça?... tu sais bien qu'on raconte tout à ces gens là.
_Oui, bien sûr, c'est leur métier de faire parler ! Mais cible bien ton thérapeute, ne te trompes pas. Allez Chéri, détends toi... laisse-toi bichonner.
_Homme, femme, ça ne te dérange pas?
_Chéri, enfin! Bien sûr que non ! Moi,  jalouse? Que tu es bête! Les histoires de divan! Ce qui compte, c'est que tu puisses t'abandonner. Pour moi, ce ne sera ni lui, ni elle. Ce ne sont que des professionnels."
Elle avait l'air si sûre:
_"Je te laisse faire. Trouve simplement la bonne personne. Pour la choisir, prends plusieurs rendez-vous. Donne-toi du temps pour te déterminer. Et dès maintenant, pour que tu sois plus tranquille, je reprends à l'agence.
_Sans moi ?
_Oui, sans toi! Ne sois pas ridicule Chéri, accepte, un peu, de ne pas être indispensable!
_Bien sûr, je le sais bien...Je suis stupide...Pardonne moi, Chérie, tu es si... avisée..."

Avisée, elle l'était. Bien plus que je n'aurais pu souhaiter. Ma femme avait tout préparé.
Elle me remit une liste.Tous compétents, et tous recommandés. Elle avait consigné le téléphone, et l'adresse de chaque cabinet. En face des noms figuraient en colonnes leur qualification, et leur  orientation. 
Le lendemain matin, elle partit travailler pendant que démuni j'envisageai, mollement, la manière dont j'allais bien pouvoir trier. Psychologue? Psychothérapeute? Psychanalyste? Mais alors freudien, ou lacanien? J'étudiai longtemps la question, sans parvenir à un choix. Voyons...
Pour réfléchir, épuisé que j'étais, un café me semblait nécessaire. Mais en ville, au soleil, en terrasse...

Le calcaire de la place brillait en plein midi. De la lumière, enfin. Assis sous les prunus en fleurs, un  homme lançait des miettes, souriant aux oiseaux. Accroupi au bord du bassin, un gosse démêlait la ficelle de son petit bateau. Sur les marches, tout au bout du parvis, quelques jeunes filles fumaient, alanguies. Le printemps décollait.
Ce jour là, je n'appelai aucun cabinet. Comment trier?

Du temps, de l 'argent pour flâner. Le soir, au pub, je me décidai pour une femme. Le lendemain, j'en trouverais une autre, à la sortie du ciné. Plus tard, au bar du musée... Après, je pourrais commencer à comparer.

Je ne suis plus jamais rentré .

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dimanche 1 septembre 2013

1 Je suis parti sans savoir pourquoi.



Je bossais pas souvent, juste comme ça venait. Des petits boulots.

Je l'avais rencontrée à l'agence d'intérim. Bizarre, mais belle gonzesse. Pour ce genre de fille, on dit désinvolte. Elle avait tant l'air de s'en foutre. Elle matait les annonces en mâchant du chewing-gum. Je me suis approché, j'ai regardé avec elle.
J'ai dit comme ça:
_"Tu cherches quoi?
_Ben du taf pardi.
_Ça tombe bien moi aussi.
_C'est malin.Y a rien.
_Tu lis même pas.
_Que des trucs de nazes.
_J'en suis un. On est fait pour s'entendre.
_Ha ! On s'emmerde ici.Tu me payes un verre?"

On en a pris plein. Après on a eu faim.

_"Viens, je te fais des pâtes".

Il était petit son appart. Mais pas mal. On était un peu chauds, et puis y avait rien d'autre à faire. Je suis resté chez elle. Elle était cool. J'ai juste pris des fringues et quelques trucs dans ma colloc. J'ai jamais eu besoin de beaucoup d'affaires.

On restait dans son lit,  elle mettait du Gainsbourg et on fumait des clopes, on discutait un peu. Après, on regardait des films, et les journées passaient comme ça, tranquillement. On se couchait tard, on se réveillait tard. On se marrait bien, c'était peinard. Elle me faisait  penser à Jane Birkin, elle avait la même voix,. Elle passait les chansons en boucle,  et elle bougeait, debout, lentement. 

Un matin, vers onze heures, elle a refait du café, et elle a remis Nicotine. Je ne sais pas trop pourquoi, je suis allé faire un tour. J'avais la chanson dans la tête:

Il est parti chercher des cigarettes,
En fait, il est parti.

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