samedi 9 mars 2013

histoire par coeur


Votre histoire, je la connais par cœur. Je l'ai entendue des dizaines de fois.

Vous avez quitté votre mari.
Vous vous êtes connus jeunes. Adolescents. Vous êtes devenue adulte en même temps que lui. Il vous a épousée, vous avez fait plusieurs enfants. Tous deux vous en rêviez, vous vous êtes bien trouvés. C'est pour cette évidence que vous vous êtes rencontrés. La première fille est née, puis vous avez enchainé. Au quatrième il vous a dit: « Chérie, c'était convenu. C'est le dernier. » Il avait quelque chose à préserver.

On ne peut pas faire des gosses sans arrêt.

Un matin, votre vie est devenue insupportable. Vous en aviez assez de torchonner.

Vous n’avez rien trouvé d’autre. Partir, d'autres femmes l'ont bien fait, pourquoi pas vous? Vous avez annoncé, et il a encaissé, abasourdi. Vous l’avez accablé de reproches et il n’a pas cherché à se défendre. Vous lui avez lâché que vous n’en pouviez plus de tout faire. Qu’il ne pensait qu’à lui. Que vous n’existiez plus.
Votre mari vous aime, vous connaît comme personne. Avant vous, quand vous aviez parlé de cet homme, il avait compris. Un jour il vous a mise en garde : mais enfin, il te drague. Vous vous êtes étonnée. Vous ne l’auriez pas imaginé. La porte ouverte, l’idée a fait son chemin. C'était couru. Votre mari n'était plus si brillant. Evidemment. Mais ce n'est pas pour ce type, bien sûr, que vous êtes partie. Vous êtes partie parce que vous vous souhaitiez mieux.

Depuis, vous êtes perdue. Ce type, vous ne le voyez plus guère. Ce n'est pas ce que vous pensiez. Vous vous sentez démunie, ne ressentez aucun mieux. C'est pire. Vous vivez un enfer. De quoi aviez-vous envie? Devant vous, un gouffre noir . Vous n'avez connu que ça, la vie de famille.
Mère et épouse irréprochable. Votre mari vous aurait bien aidée, mais vous vouliez faire seule. Assurer . Contrôler . Au fur et à mesure, il vous a vue glisser. Ce qu'il aurait voulu, une fois les enfants faits, c'est du temps avec vous, mais vos enfants, vous ne souhaitiez pas les confier . Personne ne faisait mieux que vous. Il vous a assistée. Ce n’était jamais bien. Il s’en est arrangé. A force, pour l'essentiel, il vous a laissée faire. A la naissance du petit dernier, il a pris une femme de ménage, pour vous soulager. Vous faisiez son travail avant son arrivée. Vous auriez eu trop honte. C'était votre foyer. Votre idée de la réussite, et de l'épanouissement. Gérer travail, famille nombreuse, et intérieur parfait. Votre œuvre. Dévouée, jusqu'à l'écoeurement.

Vous n'aviez pas envisagé que l'on peut être aimée, estimée, respectée, sans être indispensable.

Vous êtes partie. Il ne vous a pas retenue. Il a respecté votre choix. Il était malheureux, et vous l’avez jugé indifférent. Il a accompagné votre recherche d'appartement. Quitte à ce que vous partiez, Il voulait être sûr que vous y soyez bien. Il a installé vos meubles et fixé vos miroirs. Depuis, chaque fois que vous exigez son aide, car vous pensez qu'il vous la doit, il est là. Il y a tout de même des choses que vous ne faisiez pas. Mais c'était différent. Moins souvent. Et bien moins important. Vous déversez vos griefs, et il se tait. S'il parlait, il aurait toujours tort. Il a laissé filer, et ne va pas le discuter. Il n’aime pas les disputes et sait que déverser, vous en avez besoin. Il écoute en silence. Vous êtes pleine de colère.

Votre liberté, vous ne savez pas quoi en faire. Quand vos gosses partent chez leur père, vous rongez votre frein .
Votre mari vous exaspère. A chaque visite, que vous avez sollicitée, vous tempêtez. Il reste calme. Sa tristesse, ce qui s'est arrêté, il en prend son parti. A vrai dire, il est bien obligé. Il faut bien continuer, et sans dommage pour les enfants. Quand ils reviennent, vous enragez de découvrir qu’il se débrouille très bien. Ils sont correctement nourris, et travaillent à l’école. Ils aiment encore être avec lui. C'est du travail. Mais il s'adapte. Tout semble tourner rond. Sans vous. Vous voulez qu'il en bave, comme vous vous en bavez . Qu’il paye votre départ.
Vous cherchez alors autre chose.

Il a gardé l’appartement conjugal. Vous en avez encore les clés et il trouve ça normal. Vous n'êtes pas encore divorcés. Vous passez sans l'avoir appelé. Vous sonnez pour prendre les gosses. Il ouvre, et tout est propre et ordonné. Il vous faut un os à ronger. Vous êtes toujours chez vous. Vous entrez dans la chambre. Il en a déplacé les meubles. La photo de votre mariage, il l'a décrochée. Déjà.Comment peut-il oser. Vous êtes furieuse et vous pleurez. Trente ans de vie. Il dit doucement chérie, c’est toi qui est partie. A cet instant, vous le détestez.
Lui, s'il l'a fait si vite, c'était pour s'habituer. Mais c'est de sa faute, si vous souffrez.
Vous ne trouvez rien d'autre à faire que de vous torturer. Et vous faites ce qu'il faut, pour corser les difficultés. Comme si c'était nécessaire, pas assez compliqué. Il n'a pas votre votre emploi du temps. Vous le prévenez au dernier moment. Il n'a qu'à se débrouiller pour prendre les enfants. C'est quand ça vous arrange. Et si possible, quand cela peut le déranger. Desfois qu'il ait des idées. Vous êtes odieuse. Tant que vous-même, vous vous insupportez. Il ne vous en veut pas. Il vous connaît par cœur.

Vous ne vous contrôlez plus. Il faut de la dévastation. Pour votre guerre, de bonnes raisons. En rajouter. Sans vous, lorsqu'il est seul, vous voulez savoir ce qu'il fait. En son absence, vous débarquez, et vous fouillez dans ses affaires. Ce qu'il pourrait bien faire, vous ne pouvez pas le supporter, et pourtant vous cherchez. Vous vous rendez au bon endroit. Savoir combien de temps il mettra. Vous allez vous faire mal, mais c'est plus fort que vous. Vous vous approchez de la table de nuit. Vous ouvrez le tiroir en tremblant. Il n’a pas mis longtemps. Vous courez vers la porte et fuyez en pleurant.
Vous vous rendez malade.

Etre seul, quand on ne l'a jamais été, c'est difficile à affronter. Lui non plus, il n'a pas appris. Très vite, il a fallu de la chaleur. Vous pensez à cette femme qui vous a pris votre mari. Sûr qu'elle est divorcée. Elle n'a rien fait pour lui et occupe votre lit. Combien sont-elles, une ou plusieurs. Ces femmes là, vous les connaissez. Elles sont si faciles à trouver. Elle portent des jupes honteusement courtes, il faut voir comme elles mettent le paquet. A leur âge.

Pour lui aussi, c'est l'inconnu. Il explore prudemment. Il n'est pas déprimé, et pourtant, quelques heures par semaine, il se sent mieux. Ils mangent, puis vont au lit. Ou le contraire. Il montre des photos. Il raconte....
_" Voilà, c'est ce que nous voulions, c'était bien, je ne peux pas regretter. Mais ça a mal tourné... Je n'ai pas fait ce qu'il fallait ".
Elle s'en amuse et dit:
_C'est sûr que pour le type, t'aurais dû la fermer. Toi aussi tu vois bien, tu t'es tiré dans le pied. Et le premier".
Il lui pince la fesse droite, et dit : 
_" Toi au moins, t'aurais pas peur de bousculer. 
Maintenant, je ne sais pas encore comment, mais je veux faire autrement "
_Faut le temps, et puis vouloir chercher".
Il raconte, écoute aussi. Il entend d'autres choses, d'autres souhaits. Elle ne repasse pas ses chemises et n'y aurait jamais pensé. Elle est coquette, mais arrive mal coiffée. Il râle, pour rigoler. Car quand elle vient, elle n'est là que pour lui. Et elle se sent choyée.

 Il n’a aucun projet, comment en aurait il ? C'est trop nouveau, et pas grand chose, après une demi-vie. Ce qu'il veut, c'est que cela soit gai. Des emmerdes, il en a bien assez.
Vous êtes partie, mais dès le début il lui a dit: vous êtes encore sa femme. Dès le début, elle l'a très bien compris. A prendre ou à laisser. Alors quand il décline un rendez vous, une sortie, elle fait quand même, sans lui.  Il ne triche pas, c'est déjà ça.
  
Ces femmes là savent ce qui leur va, de quoi elles ont envie. Et si elles quittent un homme, elles partent pour elles, et pas contre lui.
Ce n'est pas toujours drôle. S'écouter a un prix. Vous allez vous y mettre . Vous apprendrez aussi.

Et si ça se trouve, un jour, vous porterez des minis.

Partager



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire