samedi 5 janvier 2013

l'hiver de Georges (vie de Georges)


L’hiver stagnait dans un flou miteux ; ni vraiment froid, ni vraiment beau, ni tout à fait pluvieux. C'était , en somme , un hiver de nazes.


Les vacances de Georges ne furent pas reposantes. D' ordinaire, à cette période, Georges se réjouissait d'une fin pas si bête, et d'un nouveau début : ouvert, et inconnu, l'avenir serait forcément mieux.

Cette fois pour Georges, l'année se terminait trop mal, et n'avançait rien de radieux.
La boutique subissait la crise et les commandes tardaient. Jusque là, malgré les annonces alarmantes, la situation l’avait motivé, quand d’autres se décourageaient. On les aura se disait-il. L'idée de la précarité, en général, le stimulait. C'était facile: Georges n'avait pas connu la faim et la nuit, même dans ses insomnies, il était à l'abri.
Mais la veille des congés, Georges sortit de l'entretien annuel avec un goût amer. Sûr d'avoir accompli un travail honorable, il s'était aveuglé sur les cibles. On ne lui fit savoir, il était à côté. S'il n'avait plus douté, depuis longtemps, de son utilité, Georges se savait remplaçable. Ou pire. A fortiori si le travail manquait.
Il rentra convaincu qu'il perdrait son emploi. Un de ses socles s'affaissait. Que ferait-il alors? Que ferait-il quand cette activité, lors des matins trop vides, lui redonnait des forces? Que pourrait-il faire d'autre que ce que, dans les registres de l’utile, il savait faire le mieux? Peu à peu, ses doutes se muèrent en colère. Il eut besoin de plusieurs jours pour l'apaiser. Fatigué, son recul s'étiolait. Il manqua d'imagination. Au lieu de s'échapper pour sortir du marasme, le soir même, à peine les vacances amorcées, il se remit au travail, chez lui, pour s’acquitter d’une tâche qui maintenant l’écoeurait. D'abord dans la panique. Georges doutait, perdait du temps, recommençait. Il remplissait les cendriers, travaillait sans méthode, déchirait, entassait le papier, sans voir aucune piste émerger. Les choses n'étaient, peut-être, pas aussi compliquées, mais cette fois, il craignait d'échouer. Georges, enfermé dans sa chambre, noyé dans l’anxiété, ne réussissait rien, et ses gosses se plaignaient. Ils frappaient à sa porte, voulaient sortir, discuter, et même, régulièrement, manger. Pour eux, il s'acquittait du minimum,  mauvaise grâce affichée. Georges gâcha ainsi les premiers jours qu’il leur devait, pour aboutir à leur révolte, quand la fumée migra jusqu'à leurs chambres, jusqu'ici épargnées.
C'était vital. Il avait peur, mais décida qu'en janvier, rien ne pourrait lui être reproché. Il partiraient trois jours, puis après ce repos, il reprendrait cette fois avec rigueur, et sans dégâts pour les enfants, qui eux, n'avaient commis aucune erreur.
A la pause de Noël, la douceur familiale accorda une pointe de distance, mais au retour, il retrouva son anxiété.
Cette fois il ne l'écouta pas. Son sac à peine défait, il se remit en selle pour pouvoir, dans la minute de la rentrée, poser sur un bureau le travail terminé. Il  tria les ébauches entassées, ordonna toutes ses notes, synthétisa les plus intelligibles, les recopia. Il retourna chercher des livres, apprit des choses qu'il ne connaissait pas, en tira des outils . A force d'insister, il reprit du plaisir et boucla son dossier.

Une victoire sur l'angoisse, pas sur l’adversité. Que réservait janvier? 


3 commentaires: