samedi 29 décembre 2012

neuville




jeudi 27 décembre 2012

albigny



mardi 25 décembre 2012

Chiens (10,85 €)


candidaté chez dissonances
thème: "le mal"
Non retenu .


Paraît que nous sommes des chiens. Pas tout à fait. Nous devenons des chiens.
Plus tard, nous crevons comme des chiens.
Pour moi, ça s'est passé comme ça.

Avant, j'étais gentille.
Avant il était beau.
Ce soir là j'ai eu mal.

Aboyer?
J'ai acheté un chien.

Détester en silence, c'est pas assez.
Maintenant, c'est faire mal que je  voudrais.
J'étais pas douée, mais à force, j'ai trouvé.

Pensé à une belle pendaison, qui les ferait longtemps cauchemarder. Toute leur vie ils me verraient, kiki sanglé, les yeux qui sortent et la langue bleue. Y diraient, comme on m'a dit,
_ Y avait rien à faire.
Mais en eux mêmes, ils sauraient bien. Ils en rêveraient la nuit, de mes godasses qui se balancent. De la perceuse bien rangée, en évidence, avec marqué:

« Merci. Je peux me débrouiller.
Après tout ce temps, je lis et je comprends les modes d'emploi.
Vous pouvez être fiers de moi. »

J'écris ça en lettres dorées.

Ils en rêveront, du ticket de caisse de chez Leroy Merlin:
_Corde torsadée: six euros quatre-vingt-quinze
Avec la fiche technique. Usage: ligature.
_Crochet pour suspension: trois euros quatre-vingt-dix
_Total: dix euros quatre-vingt-cinq centimes.
Et à côté, la monnaie, dans des belles enveloppes adressées:

Bonne année.

Ils en auront du kitsch: celui qu'ils adorent, celui des histoires qui finissent bien. Celui du mérite, des veuves qui s'épanouissent comme des fleurs, après en avoir tant bavé. C'est tellement mieux, les gens qu'en bavent. Ça vous redonne le goût du vrai.
Alors, comme j'ai le sens de la beauté, celui qui m'a portée depuis, ce sera une belle mise en scène. Avec les pièces jaunes, y aura des cadeaux pour tout le monde. Emballés soigneusement et frisés au bolduc.

Des étrennes, pour ceux qui m'ont baisée vite fait. J'étais si émouvante avec mes yeux cernés, et mon rouge à lèvres de femme digne, qu'y pouvaient pas rester.
Des paquets, pour ceux qui ne l'ont pas fait, tellement ils crevaient de trouille. Fallait les rassurer. Menteurs. Radins. On me la joue pas avec les faux semblants et le prouve-moi-que-tout-est-possible, celui qu'ils brandissaient avant de pisser froid, et de se carapater, l' amour coincé entre leurs couilles pendantes. 
Ils sont contents de m'avoir rencontrée, et l'ont dit en partant. Je te jure, t'es une fille bien, j'ai adoré. De l'amour, t'en auras. Tu vas y arriver. 

 Ils vont payer. Ils auront mal.

Leur faire croire que c'est de leur faute. Un par un, ils y peuvent rien. Mais groupés, c'est des assassins. C'est la même chose l'hiver, quand les clodos meurent. Les passants n'auront fait que passer. Sans regarder. Je suis pas un clodo, et je vais crever quand même. Trop tôt. C'était pas faute de m'accrocher. Je veux qu'ils payent, sans rien pouvoir débourser. Ils payeront par une vie à se faire des ulcères, à traîner les psychiatres et les confessionnaux. Sous l'escabeau, ni godet, ni chapeau. Y'aura pas moyen qu'y s'amendent. Vengeance. Je m'offre une belle mort d' hystéro.
Avant qu'ils me rendent dingue, j'étais une femme équilibrée. Gaie, forte, belle, intelligente, y en a même qui disaient raffinée. Les esthètes, c'est les pires. C'est beau, une petite veuve. Bande de fumiers. Je me pendrai bien maquillée, bien épilée, bien récurée. Robe à paillettes, une vraie saucisse de fête. Et parfumée.
Bah ouais, avant qu'on me trouve, j'aurai sans doute un peu traîné.
Y sauront juste à cause du chien, qu'arrête pas d'aboyer.

Dix euros quatre-vingt-cinq centimes, le prix de ma vie de merde et de mon impuissance. Le solde de ma solitude crassepouille, de mes efforts démesurés. Du marathon pour surnager. Le prix d'une taie d'oreiller, gluante de morve au réveil, quand j'ai encore chialé. Des bras, pitié. Moi, aimer, je savais. C'est eux qui m'ont fait oublier.
Sur mon bureau bien rangé, la perceuse empruntée au connard du dessus, qu'aura longtemps hésité avant de me la refiler, desfois que je la bousille. Et le bolduc de Noël, qui scintillera sous l'escabeau couché. Un entrechat, un petit coup de pied.
Neuf-euros-quinze à se partager. Leur héritage empoisonné. Je les emmerde.

Avant, écrire pour eux mon oraison funèbre. Je vais quand même pas leur laisser. Un vrai foutage de gueule. Leur filer la nausée. Vomir leurs formules creuses, débiles, sans oublier la note d'espoir, avant d'aller s'en jeter un, mines compassées, une fois que j'aurais fini de cramer. Je la ferai à la première personne. Ça commencera comme ça: Chers enfoirés. Un petit mot pour chacun, avec, sous forme littéraire, sa petite lâcheté. En aparté, une dédicace pour le dernier, celui qui m'aura décidée. C'est vrai, ça mérite d'être souligné. Sur Internet, j'ai commandé les fleurs, des chrysanthèmes. A gerber. J'ai tout prévu pour les faire chier. Le petit blanc, ils auront pas à le payer.
Même pas la bière, pour les plus émotionnés. Histoire qu'y puissent toujours rien donner. Enfin, y aura le chien à récupérer.

C'est pas comme ça que ça va se passer. J' me pendrai pas. Y se déplaceraient même pas, y feraient que qu'ils ont toujours fait. Y diraient quoi, c'est une bécasse. On a bien le droit d'être un salaud de temps en temps. Ça fait pas d'hécatombes.
Ça se passera autrement. J'irai dans un hôtel, avec mon chien, et le mode d'emploi. Y a un bouquin pour ça, je l'ai acheté. Loin, un endroit où on me connait pas. Y aura pas de différence. Avant de bouffer la bonne dose, je boirai un petit coup. Parce que ça fait quand même peur ces trucs là.
Quand on me trouvera, on dira encore une qu'avait si mal, qu'elle croyait qu'elle avait pas le choix. Pour vivre, faut un peu d'imagination. Une bécasse, quoi. Une qui préfère avoir mal en vrai, plutôt qu'être aimée en fiction.

Mais même ça c'est trop con. La mort, ça vient tout seul. Y suffit de patienter.

En attendant, j'ai acheté un nouveau chien. J'aime bien changer. 
Lui aussi, il me trouve gentille.
Je ferai ce qu'on m'a appris.
D'abord, je lui couperai les couilles. Après, je lui casserai les pattes.
Lentement. Chaque jour, un petit coup .
Je lui ferai voir une écuelle pleine, avant de lui enlever.

Il apprendra: à force, il se pendra au bout d'une corde.
Je le jetterai dans la fosse, avec ma collection.
Après tout, c'est qu'un chien.
Je dirai qu'il était méchant. Qu'il arrêtait pas d'aboyer.

lundi 24 décembre 2012

champagne



mardi 18 décembre 2012

mardi 11 décembre 2012

tas n°4



samedi 8 décembre 2012

Ça aurait pu être moi. (vie de Georges)



Georges avait attendu. Elle était arrivée. C' était quelqu'un de bien.

Un soir d'hiver, il se décida. Il fallait bien une première fois. Elle viendrait pour dîner. Les enfants seraient là. Il leur avait parlé avec sincérité. Affranchis, ils avaient peu questionné. Pourtant, tout confiant qu'il était dans l'amour de ses gosses, Georges n'était pas dupe, et s'attendait à des difficultés. Avant de la présenter , prudent, il dressa, pour les ménager, autant que pour la protéger, la liste des dangers possibles.
Il s'était renseigné. Souvent, la seconde pouvait arriver, malgré toute sa finesse et sa bonne volonté, comme un chat dans un vaisselier. Il le savait, elle pourrait être maladroite. Trop anxieuse, faire une erreur fatale. Câliner des enfants peu enclins à l'accueil d'une rivale. Leur offrir des présents que vexés, ils détruiraient, ou n'ouvriraient jamais. Apporter, mal inspirée par un hasard pipé, un dessert que leur deuil avait, pour longtemps, enfermé au musée.
Mais il la connaissait, et lui faisait confiance. Car quand bien même. Si elle commettait un impair, avec eux , il saurait quoi faire.
Maintenant, il se sentait prêt.

Elle était délicate. En arrivant, elle salua avec douceur, mais sobriété. On mangea sans cérémonial. A table, d'abord un peu méfiants, les enfants quittèrent leur réserve. Ils parlèrent librement, et le repas fut gai, et convivial. 
En vérité, ça leur était égal. Leur père avait choisi , mais chacun resterait chez lui. Des affres, tant redoutés, de la recomposition familiale, ils se savaient dispensés. Le devoir accompli, ils regagnèrent leur chambre.

Georges était soulagé. Un cap était franchi.

Il se méfiait plus de lui-même. Au fond de lui, Georges savait que ce n'est pas facile.
Qu'à plus de quarante ans, aimer réclame plus d'efforts. Qu'il faut parfois déjouer les pièges qu'à soi-même on se tend. Et que longtemps après, dans les draps du fantôme, on trébuche encore. Qu' on est encore soumis au façonnage de l'autre, même mort.
Georges réfléchissait. Elle était là pour lui. Il saurait la garder. L'amour ne se passe pas d' intelligence. Georges en avait conscience. Pour la chérir il devrait, contre lui, être vigilant. Et pour elle, s'armer d'indulgence.
Il avait fait son inventaire, avait évoqué tous les risques. Tout s'était bien passé. Georges se détendait. Maintenant, il déroulait des scènes cocasses. Briserait-elle, en voulant le ranger, le vase que sa morte adorait? Oserait-elle tirer, de la bibliothèque, le seul ouvrage qu'on ne pouvait feuilleter? Laverait-elle, pour participer, la tasse, dont la poussière accumulée emprisonnait les restes du dernier café ? Choisirait-elle la seule serviette qui depuis, sous la pile, n'avait jamais bougé? Mais quoi. Il lui dirait. Tout cela serait drôle. 

La soirée commençait. Tout étonné, il retrouva des gestes simples, dont la banalité, partagée, s'éclairait d'une couleur qu'il avait, trop longtemps, oubliée. Ensemble, ils rangèrent un peu. Il ne voulait rien presser. Sur la commode, il prit un livre, et s'installa dans un fauteuil. Elle était là, chez lui. Debout, elle attendait. Il lui dit:
_"Chérie, je t'en prie. Sers toi. Prends ce que tu veux. Tu sais,  je n'ai aucun secret, tu peux tout regarder."
 Il sentait que cette femme, si calme, envers et contre tout ce qu'elle avait  traversé, cherchait dans cette intimité, de son oeil aiguisé, les traces d'une demi vie. Des années qui, sans qu'elle l'y eut forcé, s'étaient peu à peu dévoilées. Sa vie à elle était bien différente. Elle marchait dans la pièce, et en silence, observait. Georges se réjouissait. Ils inventeraient la suite. Car depuis qu'ils s'étaient rencontrés, près de lui, évitant les écueils , elle naviguait avec grâce.  Il l'aimait, l'admirait, l'estimait.

Elle fit bien pire que tout ce qu'il avait imaginé.

Au fond de la pièce principale, lorsqu'ils avaient déménagé, Georges avait disposé, dans un angle un peu protégé, quelques photos , en ligne verticale. D'abord, sa femme et lui. Puis chaque enfant, en ordre d'apparition, dans les bras de sa mère, souriant, s'éveillant, s'endormant. La série finissait, heureuse, en famille réunie. Ni lui ni eux ne s'y arrêtaient plus. Pourtant les images restaient là, définitives.

Elle s'approcha, et s'attarda sur chaque cliché. Elle était de profil, et souriait. Georges la regardait; c'était simple, et si sain. Après un long moment, elle se tourna vers lui. Elle rosissait comme il aimait. Ses yeux brillaient . Elle les plongea dans les siens, et dit:

_« C'est drôle...
_    Oui, ma chérie...

_    Ça aurait pu être moi. »


 KO debout .


Une fraction de seconde. En un souffle, il murmura:

_« Je comprends ».

En le disant, glacé, il se sentit si mal qu' aussitôt, par réflexe, il voulut déglutir. Mais sa bouche était sèche. Les mots ne passaient pas.
Elle était trop émue.Ces images de bonheur... Elle pensa qu'en effet, il comprenait. Elle ferma les paupières. En elle, elle poursuivait. Elle mesurait le temps perdu. Dix, vingt, trente, quarante...tant d'années sans amour... Qui l'avaient menée jusqu'à lui. Ce n'était pas du temps perdu.

Au même instant, Georges flanchait, et tentait de se rassembler. Sans succès.
_« Viens, je voudrais me coucher. »
Désemparé, il ne trouva rien d'autre: il l'entraîna dans la chambre, s'allongea. Il se laissa caresser. Georges ne disait rien, ne sentait rien. Car Georges s'en foutait. Il était bien trop loin. Elle pensa, à l'étape qu'il venait de franchir, qu'il était vraiment fatigué, et qu'il s'abandonnait. Elle se cala sur son épaule.
Georges luttait, comprimait. Assez vite, elle sombra, apaisée. Dès qu'il en fut certain, il s'écarta. 

Trop près, elle lui donnerait la nausée. Oui, Georges comprenait. Il ne pourrait pas s'endormir. D'abord, il put tenir sa tête en laisse. Mais sa colère montait. Il connaissait bien trop ses déchaînements. Et dans l'obscurité, alors qu'il avait cru, et grâce à elle, en être libéré, il laissa imploser, en lui, sa bombe à retardement.
Qu'importe ce qu'il redevenait.
Car elle, pour qui se prenait-elle? Elle s'attaquait à la seule chose que Georges ne pourrait jamais discuter. Elle venait à peine d'arriver, et s'arrogeait déjà des droits sur son passé. Tout ça était à lui, et à ses gosses. Georges tenta de se calmer. Mais plus il y pensait, et plus la phrase le torturait. Au bout d'une heure, il ne pouvait plus rien contrôler.

Ça. Comment pouvait-elle oser. Elle n'était pas ça. Sa femme. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu' elle était.
Ça aurait pu. Non, ça n'aurait pas pu. C'était quoi, ce conditionnel? Ainsi, elle convoquait le hasard, comme s'il avait mal distribué. Comme s'il avait pu se tromper. Inverser. Il n'y avait plus aucun hasard. Tout cela était vrai. Il n' y avait rien à contester. 
Il avait tout envisagé. Maladresses, erreurs, clichés. Il aurait pu tout contourner. Il les avait anticipés. Mais pas une telle ingérence. Pas une telle grossièreté. Elle disait ça comme ça, sûre d'elle. Non. Elle n'en savait rien. Lui, il en était sûr. A lui, à eux. Ça aurait pu. Mon cul. Ben ouais ma vieille, vingt ans durant. T'existais pas, j'en avais rien à foutre. T'existes toujours pas. Ni avant, ni pendant, ni maintenant.
Les minutes s'écoulaient, et Georges lâchait, toujours plus grandes, les vannes de sa fureur. Il se pétrissait le ventre. Il s'en retournait les tripes. Fallait des preuves? Elle se permettait d'en douter. Jalouse. Bécasse. 
Etre elle. Non mais. De quoi j'me mêle? Et les enfants bordel, elle aurait pu les faire peut-être? Ils s'en foutent de toi. Ils te trouvent moche avec ton sac à main. Si ça se trouve, après bouffer, ils sont allés ricaner. En plus, putain, pour te virer, faudra attendre jusqu'à demain.
Sa révolte faisait si mal, qu'il aurait voulu la vomir.

Radasse.T'auras jamais ce que j'ai. T'en as jamais été capable. Foutu pour toi. C'est fait. Personne ne peut le prendre. Tu peux bien secouer ton cul raffiné, ta tragédie, et tartiner tes conneries. Gnagnagna.  Tu ressembles à rien, et t'auras jamais rien. Pour supposer un truc pareil, y a bien que toi.
Enflure. Minable. Traînée. Connasse.
Soutenant le négationnisme, en plein musée de l'Holocauste, elle n'aurait pas fait pire.

Saloperie.Dégueulasse.

Il s'acharnait. Georges souffrait comme un damné. S'il avait pu, il l'aurait jetée à coups de pieds, en pleine nuit. A poil, dans l'escalier.
Mais les enfants dormaient.

Au lever du soleil, il était épuisé. Elle se réveillait tôt. Encore heureux qu'elle devait bosser.

Tu dégageras sans café.

Il se leva, quitta la chambre. Il n"était pas encore vidé. Son crâne était douloureux, son corps, rompu. Il dût passer sa tête sous l'eau glacée. Il essuya son visage. En sortant de la salle de bains, il n'était toujours pas calmé. D'un geste sec, Il ouvrit les rideaux. A gauche de la baie vitrée, il se planta, tout droit, devant les photos. Georges n'en pouvait plus. De toutes manières, c'était foutu.
Elle était encore endormie. Et maintenant, que pouvait-il faire? Non, il n'avait pas encore tout dit. Tout était si amer. Pour mettre une fin à son enfer, cracher la bile qui lui restait, dans son cerveau ruiné, il ressassait encore ses mots:

_"Ça aurait pu être moi."

Alors tout haut, froidement, Georges lui répondit:

« Toi?

 Chérie...

Même pas en rêve. »


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mardi 4 décembre 2012

samedi 1 décembre 2012