jeudi 24 mai 2012

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Dugonmier se laissait aller. Pourtant....

Parti de rien, _il n'était pas bien né_, cancre à l'école, paresseux et un peu contrefait, l'ambitieux Dugonmier s'était bien débrouillé. Jeune, et surtout avisé, il avait monté son affaire.
C'était l'époque des grands progrès. Le mobilier disparaissait. On boudait les armoires normandes, les tables aux pieds tournés, les vaisseliers, les guéridons, les secrétaires, les buffets ouvragés. Dans les foyers, maintenant, la télévision suffisait. Dugonmier s'en félicitait. Durant dix belles années, il prospéra, s'imposant dans tout le pays. Chacun le respectait, Il incarnait la réussiteTrès vite, il fut reçu aux meilleures tables: on était fier de l'inviter. On lui donnait du Monsieur, son ventre grossissait. Pour ses deux mille emplois créés, il reçut la médaille du mérite. 

Il obtint même la femme qu'il convoitait.



Elle y trouva des avantages.



On l'admirait , il savourait. Lui, c'est la télé qu'il vénérait. 
Car sur chaque appareil trônait un Dugonmier. 

Notre homme faisait dans la dentelle, sans l'avoir inventée. Il n'avait conçu qu'une idée. Mais personne n'y avait pensé. Visionnaire et aventurier, Il avait posé un brevet. Il concernait non les modèles, mais la façon de les utiliser. Importée à bas prix de Bretagne, où de pauvres vieilles s'échinaient, il emballait, simplement, la matière première, et sur un très joli carton, apposait ce tampon:



et dessous, la mention:

SUBLIME VOTRE TELE
DugoN, DugoN, DugoNmier !

Son ascension fut formidable. Il s'était fait tout seul, et tenait sa revanche. Dugonmier triomphait , passait vivant à la postérité.

Pas tout à fait... Il fut victime d'un ingénieur borné, mesquin,  haineux, sournois... Confiant, il ne vit pas venir l' attaque. A l'avènement de l'écran plat, ses ventes chutèrent en flèche. D'abord, il licencia, un peu. Longtemps assise sur son succès, son acuité s'altérait. Il ne voulait pas y croire. Bah, c'était passager, à quoi bon s'inquiéter?
En dix mois, il fut terrassé. Les Napperons Dugonmier dûrent fermer. Harcelé par les créanciers, Dugonmier fut discrédité. On blâma son manque de ressources: il aurait dû sentir le vent tourner. D'abord furieux,_comment pouvait-il savoir?_ il se désespéra. Dans la rue, le croisant, au début, on haussa les épaules. On l'accusait d'avoir gâché sa chance. 
Soucieux de leur réputation, les notables l'abandonnèrent. Privé d'appuis, en un éclair, le pauvre Dugonmier connut la déchéance. Le bridge, c'était fini. En ville, on changeait de trottoir lorsqu'il apparaissait. Parfois, de loin, il était insulté: 


"DucoN ! DucoN ! T'as plus qu'à bouffer tes napperons!"

Bien pire que la faillite, c'était l' humiliation. Un jour des gosses, cruels, jetèrent des pierres sur  sa maison. Le plus méchant rasa le chat. Il ne sortit plus que la nuit. Isolé et meurtri, il tenta de trouver des alliés dans son ancien quartier. Il fréquenta des lieux moins réputés. Pour se refaire, il se mit au poker. Mais sa mémoire défaillait. Il jouait bien mal, et savait encore moins  tricher. Ses nouveaux compagnons n'en eurent aucune pitié. Dugonmier traînait son calvaire.
L'empire Dugonmier ruiné, Madame,  atteinte dans sa dignité, ne put que le quitter. Elle n'avait plus le choix. Pourtant, Dieu sait si elle l'aimait.




Il en fut bouleversé. Il perdit l'appétit, et peu à peu, se mit à boire. 

D'abord, de temps en temps. 


Puis souvent.


Et, par suite , régulièrement.


Il n'était plus qu'une ombre. Le dernier bar fermé, tard dans la nuit, il trainait son corps amaigri. Rentré chez lui, sur ses genoux, il prenait son chat grelottant, seule âme encore fidèle, et déplorait, tristement,  l'obsolescence des choses. Un jour ou l'autre, c'était fatal, tout disparaîtrait. Tout était feu de paille. 


A quoi bon être, si on ne durait pas?


Un soir, il fut plus saoul qu'un autre, et trébucha dans son jardin. L'herbe était tendre, il faisait doux. Il resta couché là, pleura un peu. Il fallait bien dormir. Mais son coeur était lourd, il ne pouvait s'alanguir. Il fixait tristement le ciel, ce ciel qui l'avait trahi. Il était plein d'étoiles. 
Et soudain, il comprit. La vie avait un sens, et tout se recomposait. Là haut, tout là haut, brillait une singulière comète.

Non, rien n'était obsolète.
                                                                       
                                         

                                          










Au matin, sa femme, qui passait devant la demeure dévastée, le trouva mort. Les yeux écarquillés, Dugonmier souriait.

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6 commentaires:

  1. Au matin, sa femme, qui passait, cœur serré, devant la demeure dévastée, le trouva mort. Les yeux écarquillés, Dugonmier souriait.Car il était content de sa nouvelle blague , dont sa femme avait horreur, Il avait dix ans dans sa tête. Il repris le chemin de l'usine dans sa belle voiture qu'il ne conduisait qu'en marche arrière , car il n'avait jamais pris le temps de lire le manuel d'utilisation. Plusieurs fois en route il s’arrêta afin de redonner à la nature ce qu'il avait bu la veille , il était persuadé que dans quelques années des champs de houblon s’élèveraient en mémoire de cette nuit passé le cul en l'air dans la pelouse .Les idées se percutaient dans son cerveau embrumé , lorsque l'une d'elle jaillie , ça y est il venait de sauver son entreprise , il allait pouvoir recycler ses napperons en un nouveau produit , avec d'énorme possibilité à l'export " le frisbee mou"

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  2. si je puis vous aider M.pmgl pour faire avancer les choses , on ne dit pas héhéhéhé , mais bébébébé ,afin moi je dis ça , je dis rien "RIEN"

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  3. Si je peux me permettre ,on ne dit pas "rien" ,mais bien .Moi je dis ça , je le dis bien!!!!

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  4. Aujourd'hui Meeusieur Dugomier est monté à la capital , il y avait le salon du frisbee , cela lui pris un certain temps , car il n'était point facile de se faire l'autoroute en marche arrière , une fois atteint la vitesse réglementaire 28kms/h ,les gens n’arrêtaient pas de lui faire des appels .Avec sa modestie il leurs répondait par un grand sourire et un geste style Hollande dans les champs Élysée , mais sans la pluie. Une fois arrivé il dépliât chaise et table de camping avec deux échantillons de son invention .Trois heures plus tard rien , nada lorsque un homme le sorti de ses rêves , c'était Benoit 16 qui était à la recherche d'une calotte (pas une baffe) mais une petite coiffe ronde recouvrant la tonsure des clercs, il était sauvé , il ne serait plus à découvert (pas les clercs , mais Dugomier)
    slogan
    Avec la calotte Dugomier
    La gifle devient charité

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