dimanche 25 mars 2012

38 autodafé


Ce matin, je suis allée au bureau de tabac, pour acheter des timbres.
Voyons.Ce matin, je suis allée, comme chaque dimanche matin, au bureau de tabac, prendre des cigarettes. Quand j'avais recommencé, le second été, j'avais tellement honte que je disais à mes enfants: 
_"Je vais chercher des timbres".
Ou bien:
_"J'ai des choses à photocopier"
Ou encore:
_"J'ai oublié un truc dans la voiture".
Quelle que soit la température, je m'asseyais sur un banc de la place, et je grillais. J'en profitais pour larmoyer un peu derrière mes lunettes de soleil, en regardant passer les pères avec leur baguette, leur journal, et leurs gosses.
Depuis longtemps, il est devenu inutile de leur mentir. Il se sont habitués, ne me font plus de reproches. Leur peur de voir, à son tour, leur mère disparaître, les a quitté peu à peu. Tant mieux.
Après mon achat, j'ai grenouillé au rayon livres. Pour un tabac de quartier, il est assez fourni. Habituellement, je ne m'enquiers que de son coté droit. Le verso ne propose que des merdes. Cette fois, j'ai fait le tour et j'ai repéré une parution chez Stock . Je me suis mise à trembler. J'ai saisi le livre et je l'ai rapidement feuilleté. L'auteur s'appelle Fournier. Le titre est court: "Veuf". J'ai quitté la boutique avec la peur au ventre, et j'ai rejoint le banc le plus isolé. J'ai fumé là, comme je l'avais si souvent fait.
Je me suis dit: je l'achète et je le brûle cet après-midi. Une proche m'a raconté, il y a quelques mois, qu'elle avait brûlé un livre sur son balcon. Que c'était long, et compliqué. Que les livres ne brûlent pas si facilement, à cause de leur densité. Qu'ils dégagent des fumées toxiques. Cette confidence m'avait marquée. Ma cigarette terminée, j'ai regagné le rayon, et j'ai lu un peu plus. J'ai regardé le prix, 15,50€.
Mais la colère a remplacé la peur quand j'ai trouvé:
_"C'est bien triste, cette année, on n' ira pas faire les soldes ensemble" .
Trop cher pour le cramer. 
J'ai ricané en me disant qu'en quatorze ans,  nous n'avions jamais fait les soldes ensemble. Grand bien nous fasse! L'un comme l'autre, on détestait ça.
Jalouse? Ce type, lui, dit ce que tu as dit, que tu connais par coeur, il le dit mieux, et il le vend, voilà pourquoi tu es jalouse ? Il y avait un peu de ça, on me volait mon truc à moi. Mais j'ai creusé. Brûler, sans l'avoir lu,  le livre d'un homme que je ne connaissais pas ? Pourquoi?

Je ne l"ai pas acheté. J'ai juste lu, un peu. J'en ai eu la nausée. La colère est passée.  Ecoeurée de ces soldes, de la vie engluée.

Il fait beau, et je vais faire des photos. Sans pathos.

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9 commentaires:

  1. J'aime tellement vos textes que j'envisageais les imprimer les faire relier. Si vous faites une édition , j'y souscrirai volontier. Celui ci est particulièrement émouvant.

    Fabien

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  2. merci, mais je m'en tiens au net...
    pour l'impression, voir en bas du blog...
    je ne donne pas mon autorisation.
    bonne journée!

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  3. je suis le mode d'emploi...je lis dans le désordre...par fragments et ça fait un manteau d'arlequin qui vous va bien...et je me perds avec plaisir dans ce labyrinthe

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  4. et pour que vous ne me confondiez pas avec tous ces admirateurs anonymes...je vous propose ce pseudonyme...dedalus...de Joyce of course..

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  5. ah non dans le tissu arlequin, y a des couleurs qui ne me vont pas du tout.
    non mais.

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  6. Ne faites vous pas un peu votre coquette? Il est vrai que ce manteau rapiécé est largement soldé.
    dedalus

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  7. alors c'est décidé, cette année je change d'imprimé.

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  8. essayez le tatouage...c'est indélébile, permanent et rentable à terme...plus de frais vestimentaires...à condition que le motif reste indémodable...
    dedalus vous habille pour la vie

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    1. Bidulus, allez vous cesser de vous mêler de ma garde robe?

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