samedi 4 février 2012

37 l'odeur du garage

J'appelais ce matin  l'odeur du garage qu'il ramenait, au terme d' heures dures, couché entre le châssis et la dalle de béton, le corps isolé du sol froid par une lame de carton . Il ramenait sous ses ongles un peu de cambouis, éliminé ensuite par un brossage soigneux, en disant: "il faut un agent mouillant". Avec lui, le savon n'était pas du savon. Il me faisait sourire, mais j'aimais son regard sur les choses, dont il reconnaissait  l'intelligence. Celle, intrinsèque, des choses de la nature, ou des objets patiemment fabriqués. Il n'en oubliait pas la pertinence, ni l' ingéniosité. Respect et gratitude. Cette conscience me plaisait. Grâce à lui, l'inerte ne l'est plus tout à fait. Mes heures seules et sans lui s'habillent d' échanges muets.

Depuis, je n'ai pas connu d'homme plus offensif. Pas de résignation. Compter avant tout  sur lui même pour obtenir ce qu'il voulait. Pas par fierté, il n'était pas obtus, et gardait de l'humilité. Elle lui servait à progresser.  Insatisfait, il ne cherchait aucun responsable. Et n'était pas victime.
Il voulait s'éprouver. Non qu'il ait prétendu tout maîtriser. Il préférait l'analyse, qui mène à l'action efficace. Les obstacles?  Des aléas. Les échecs? Des tremplins. Je l'ai vu fatigué, jamais découragé. 
Libre arbitre et lucidité. Qui me laissaient la place que j'avais choisi d'occuper. J'aurais pu, sans doute,  mieux la prendre. Je n'en avais pas la nécessité. J'en ai plus aujourd'hui. Je m'attache à cette liberté.
Mais il me manque.
Je cherche en vain depuis cette virilité là.
Puiser en moi les ressources, si elle ne se représentait pas.

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