jeudi 19 janvier 2012

36 j'ai peur

Presque quatre ans.
A l'approche du 23, j'ai toujours peur. 
Ce n'est pas un anniversaire, c'est pourtant le mot qu'on emploie. Les années précédentes, ce jour là tombait bien. La première fois était un vendredi. On avait fait craquer l'école. La demande était légitime. Nous n'avions rien fait de spécial, que rester entre nous. Tous quatre ensemble, tranquilles, regroupés dans mon lit. Croissants, musique et sucreries. Il faisait froid, nous étions à l'abri. Les deux années suivantes, samedi, dimanche, nous avons fait la fête. Remplir l'appartement. Les amis qui passent en désordre, les galettes. Du vin, des blagues, du bruit. Rien que de la douceur.
Cette fois c'est un lundi. Pas d'échappée possible un jour aussi banal.
J'ai peur. Je n'ai pas peur du souvenir, pas même de ce jour là. J'en recherche, avec soin, les détails, dans leurs moindres recoins. Chaque fois, il en apparaît d'autres. Hier, il m'est venu qu'allant le voir, à l'exception des voyants des machines, la pièce était éteinte. A quoi bon laisser la lumière. En rentrant, nous avions voulu prendre des packs de bière, pour mieux passer la nuit. Mais tout était fermé. Nous avions bu le vin qu'il nous restait. Trois bouteilles, sans ivresse, jusqu'au matin, dans l'attente du réveil des petits. Ça, je m'en souvenais. 
Il n'arrive rien les lundis. J'attends encore, malgré moi, stupidement, un retour. Une résurrection. Des retrouvailles. La joie des gosses qui ont grandi. Notre famille entière, à table. Il ne reviendra pas. Il y aura encore des jours vides. Des 23. Lundi, il ne sera pas plus mort que la veille, ni moins que le lendemain. J'ai peur quand même. Ce jour là bien plus que les autres, pour lui, rien ne changera. Me dire, une fois de plus: 
Tant pis, je continue sans lui.

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