samedi 6 août 2011

conte nul et inhospitalier


Trois ans, même un peu plus, qu'elle n'était pas malade. Pas même un petit rhume, ou une angine. Elle savait bien pourquoi: la maladie banale est ce que l'on s'accorde quand on peut lâcher prise. Rien n'indiquait que cela puisse changer, sans un lit favorable, pour glisser, doucement, vers un climat plus éthéré. Parfois, elle le souhaitait, rêvant d'une infirmière attentionnée, levant les stores à sept heures avec un:
« Alors ma petite dame? Thé ou café ce matin? »
Pourtant fière de ce corps, devenu infaillible, sans qu'elle ait dû y travailler, elle appelait, en effet, de temps à autre, un désagrément. Pas suffisant pour la mettre en danger, mais assez influent pour permettre, l'air de rien, de mesurer le dévouement de ses appuis, dans le cas d'une pause forcée. Rien de tel n'était arrivé.

Elle ne pouvait depuis longtemps plus rien invoquer d'autre, que ce que l'on savait: sa solitude de femme privée d'amant.
De nouvelles confidences paraissaient donc exclues, en l'absence de nouvel évènement. Une catastrophe pouvait s'envisager, pour réveiller les endormis, mais avait peu de chance d'apporter plus que des ennuis. L' impuissance des amis la faisait frissonner, autant que leurs mines compassées, si elle faisait état, de nouveau, de ses dégâts collatéraux. Une vie active, un métier, luxe tant convoité, et des enfants en pleine santé, nourrissaient de l'envie, ôtant toute crédibilité aux nuits humides, et aux réveils désespérés qui revenaient, quoi qu'elle fasse, en cinglante régularité. Elle n'allait pas s'y aventurer, puisque au grand jour, elle affichait, et sans efforts éprouvés, sa pleine vitalité.

Evidemment, pensant aux cathéters, aux sondes, aux prélèvements, et même aux repas d'hôpital, ses désirs d'abandon se dissipaient. Que fallait-il contracter, pour être un peu malade, en jouir des avantages, sans subir les inconvénients? Elle menait des enquêtes absurdes, pour constater, chaque fois, qu'aucun virus ne se targuait d' inocuité. Devenir folle était une possibilité. On pouvait se trouver cinglée, nécessiter une prise en charge, sans perdre ses cheveux, brûler sous les rayons, ou subir des ponctions. Elle se méfiait pourtant des effets, bien difficiles à maitriser, sur son image, et de la forme du résultat escompté.

Que faire? Les solutions, définitives, qui la traversaient, posaient des problèmes d'éthique, de responsabilité, parfois même de technique. A force d'être triturées, toute leur complexité décourageait. Elle les trouvait vite ridicules: mettant fin à ses maux, elle en sèmerait fatalement d'autres, sans rien sentir de mieux. Ces maux, de certains, semblaient bien supportés. Elle n'avait pas de honte, mais cherchait une carence, peut-être génétique, contre laquelle on ne pourrait lutter, pour expliquer son incapacité.  Aucun laboratoire ne s'y intérressait. L'absence de dépistage, et de protocole adéquat, pour lui trouver un remède, en faisait une fatalité.

Non, rien, décidément, n'allait conduire à l'hôpital, et soigner, enfin, ce qui la minait. Alors, bêtement, n'y trouvant pas de solution, elle poursuivit ce qu'elle faisait, et ce que chacun fait: sans crainte de déception, les choses, dans l'ordre simple de leur présentation. Foutant la paix au hasard, qui s'irrite d'être trop forcé.

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4 commentaires:

  1. 1/ excellent
    2/ message reçu
    3/ :-)
    F (plus A :-()

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  2. Un texte envoutant mais terriblement désespérant.
    Est-ce là , la recette du bonheur ?
    Avancer machinalement en subissant son destin ?
    Je ne veux y croire.

    Fabien

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  3. non, pas machinalement. pas en subissant.
    rien de tel n'est dit dans ce texte.
    En faisant.
    simplement, quand on est seul, il faut bien faire sans.
    En attendant.FP.

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  4. Un petit Mantra, entre chaque chose simple, pourquoi pas ! J'expérimente...
    O.P

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