jeudi 24 mars 2011

R


Pseudo pas fini, photo de trois quart, un peu floue, annonce non remplie. Pas de sourire, et le regard évite l'objectif. Connexion quotidienne.

Je m'appelle R, j'ai quarante huit ans. Pour vider une bière, je mets moins d'une minute. Je ne suis pas frais. J'ai la gueule d'un type rongé. Je le sais. 
Je déteste qu'on me tire le portrait.
Mes yeux sont noirs. Quand je mets des chemises, il faut qu'elles soient cintrées. Je mâche du chewing-gum, je roule les mécaniques, je marche comme un kéké. Souvent, j'ai les pupilles dilatées.

Je cherche l'amour, désespérément. Pas une histoireUn amour différent. Pas question qu'on compte sur moi. Je préviens. Ce sera vain. Mais j'ai besoin qu'on m'attende. 

J'ai toujours raison. J'écoute et je retiens, mais je m'en fous. Je vais plus vite. Question de conscience, je vois venir. J'entends le sous-texte avant qu'on ne le pense.  Souvent, je déchaîne ma colère. La critique, de quel droit? Si on s'y aventure, gare. J'appuie où ça fait mal. 

Je suis salarié, au bas de la classe moyenne. Les journées passent. Mon boulot, c'est une fatalité. Une taule. Changer? Pas de ce côté là. Les types qui bossent avec moi, ce sont des bons gars. Mais je ne suis pas comme eux. Ils m'ont choisi, car on ne me la fait pas. Régulièrement, on veut nous baiser. Là haut, ils ne peuvent pas me blairer. Ils me redoutent. Je suis délégué syndical. Avec ça, je pourrais grimper. Plusieurs fois, on me l'a proposé. Je voudrais rester propre, et mon espoir n'est pas là. Ça n'aurait aucun sens. 
Le monde d'ici est mort.

Je suis un bouillon de culture. J'éponge en permanence. Musique, peinture, photo, cinoche, littérature. Tout. Quand nous étions deux, c'était ma contribution. Sexe et culture, rien d'autre. Elle aurait voulu plus. Elle a pris l'ascenseur social. Son idée du bonheur. J'aurais pu essayer, mais je ne l'ai pas fait. J'ai résisté. Vingt ans, et  elle m'a quitté. Je n'aime pas la vie normale.

J'ai acheté deux apparts, des affaires, pour avoir la paix, et un peu devant moi. Le mien, j'en suis locataire. Je n'y ai fait aucun frais. Cela ne m'intéresse pas.
Je ne voulais pas d'enfant. Elle a insisté. Mon fils a seize ans, je fais le mieux pour lui. C'est quand même un boulet. Une semaine sur deux, il traîne ici ses valises. Toujours plus grosses. Sept ans que je suis en analyse, je m'y connais. A croire qu'il met sa mère dedans. 

Mon père... j'ai vu ses couilles pendant toute mon enfance. Il les traînait comme si nous n'étions pas là. Le coup de soixante-huit. Maintenant, il est toujours pire. Ça me rendrait fou cet héritage. Je me débats. A  trente ans, on est déjà vieux. Même les jeunes les plus cons auront toujours raison. Ce sont eux qui savent. 
Parce qu'ils ont la vie devant eux.

C'est la nuit que je vis. Le soir, je sors avec mon pote. Parfois, on commence le jeudi. Ce type, j'ai beau lui dire, il fait n'importe quoi. Les meufs, le fric, y a rien qui va. On se tartine. D'abord l'alcool, après la beuh. Fort et beaucoup, jusqu'à pas d'heure. Quand je dévisse vraiment, je me fais peur. Je ne titube pas. La fin, l'aliénation... c'est ma tête qui bascule. C'est un truc mortifère. Mais j'ai besoin de cet état. A un moment, le cul, c'était pareil. Il en fallait toujours plus. Ça, je l'ai verrouillé. Je verrais.
Mon corps, je ne veux pas qu'il se dégrade. Jogging, machines, plusieurs fois par semaine. Le dimanche, quand je me suis bien défoncé, je cours deux heures au Gouffre de l'Enfer.

Je suis insatiable... peu de choses me transportent. Quand il neige, je voudrais être encore content . J'y suis indifférent. Parfois, des gens me plaisent. Je casse mes jouets sans pitié. Les gens brillants ne font jamais long feu.Ceux qui créent, je les envie, puis je détruis leurs procédés. Ils ne sont jamais ce que je voudrais. 
La musique et les livres... Quand je lis, je cherche la phrase qui me parlera. Bowles, Burroughs, Kerouac. 
Ceux qui sont partis au Sud, ou ailleurs. Là où on peut encore vivre.

Ce que j'espère? Partir aussi, un jour, dans un pays comme celui là. 
La paix, enfin.
Ce que j'aime ici? Les boites, quand la fête est au plus fort. Quand ceux qui ont bossé toute la semaine oublient, et sourient, parce qu'à cette heure, ils se foutent de tout.
Les caissières, et les coiffeuses.

5 commentaires:

  1. c'est pas vrai ! le revoici le revoilà !! ??
    figure émergente de la vraie vie alias meetic ?
    FA

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  2. Si j'étais une femme je ne sais pas si il m'intéresserait. Mais voilà je ne suis pas une femme...
    Soeur Framboise ça fait Tilt ou Bong chez toi ?!
    O.P

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  3. et mes tocs, ils font du velib'?

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