samedi 12 mars 2011

à la banque


Nous avons tous un banquier. Le mien n'est pas méchant. C'est un idiot ordinaire. Son bureau désertique_ pas même un poster avec des palmiers_, moquetté de poils ras parfaitement aspirés, sent le propre et l'anti-moustique. 
En cette saison? Oui, on ne sait jamais. A moins que ce ne soit lui. C'est qu'il a la peau claire. 
Il dit tout le temps "je vous dis tout, pour que vous sachiez". Son truc, c'est la confiance. 
_"Paraphez"
Courtois: présente les pages du bon côté. Doué: sait lire à l'envers. 
Je glisserais bien, dans la foulée, FP. Mes vraies fausses initiales, comme ça, pour rigoler. 
_"Signez"
L'index au bon endroit. Exprès, je fais déborder mon pâté. 
Il  met un soin d'élève à trier, grouper, agrafer, ranger dans les chemises. Les siennes sont discrètes, rayées. Verticalement. Bleues ciel, évidemment. Il me tend, obséquieux, les copies, guettant ma reconnaissance: il m'a prêté au bon taux. J'éprouve un  plaisir sale à les fourrer, aussitôt, écrasées, dans mon sac à dos. Le petit sursaut, j'adore. Mon esprit de vengeance. Allez, ta pogne molle, comme ça j'y vais .

J'avais un joli chéquier. Le nouveau est vulgaire. J'avais une banque éthique. Je l'ai quittée. Pour le fric. Je n'en suis pas très fière. Mais vous savez comment c'est. L'éthique, il faut pouvoir se la payer: 
c'est mieux, mais c'est plus cher.

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