dimanche 27 mars 2011

un nu orangé


Le troisième jour de mon veuvage, les appels s'enchaînaient. Il y en eu un que je n'attendais pas. 
"_Salut, c'est P, tu te souviens?
_Ah!
_Comment vas tu?
_...Bien".
L'homme, je ne l'avais pas revu depuis vingt ans.

Je l'avais rencontré autour d'une image, dont j'étais le modèle, bien peu identifable.
Je partageais alors ma vie avec un peintre, qui manquait trop de conviction. Pour preuve, il m'avait chargée, mollement, d'écouler sa mince production. Je n'ai pas de sens commercial. Parmi les dessins que j'étais censée vendre, il y avait celui-là, exposé dans un lieu banal, pas vraiment fait pour les artistes. C'était un marché du dimanche. Le petit format, au feutre, attirait l'oeil : il était chaud et gai.  
Il s'était approché. 
"_Je n'y connais rien en art, mais celui-là, il me plaît bien. Combien?".
Ce dessin, j'y étais très attachée. C'était mon préféré. J'en donnais aux badauds un prix exorbitant, faisant fi de la valeur du point, et de l' auteur, encore aujourd'hui, de la cote, grand absent. Mais à lui, je pus le céder.  Il m'était sympathique.
Il l'avait donc acquis, et nous avions longtemps discuté. Je l'avais invité chez nous, après, pour prendre un café. Il travaillait à l'usine, et poursuivait, en même temps, des études d'ingénieur. Il avait trente cinq ans. Il était sobrement habillé, portait une barbe brune, et suintait la curiosité. Très vite, on tissa l'amitié.
Nous nous retrouvions souvent, avec d'autres, pour boire des verres. Il avait peu d'à priori, apprenait vite, partageait bien, et se faisait, sur les choses, toujours en deux temps décalés, des opinions tranchées. En amateur, il photographiait. Il essaya, se penchant sur mon cas, de m'initier aux secrets du réflex, m'expliquant, patiemment, le pourquoi du temps d'ouverture, et comment faire avec la lumière. C'était trop compliqué, et je restai à l'automatique.
Il vivait à la Guillotière, dans un appartement... labyrinthique. Dix pièces sous combles, petites, avec cheminées, reliées par deux couloirs plusieurs fois coudés, droits, ou en biais. On n'en recomposait pas le plan, qui ne montrait aucune logique. Pour en sortir, il fallait chercher. Je l'enviais.
Un jour, il se trouva une copine, dont le frère était trisomique. Ensemble, nous fîmes un petit voyage. Un des plus drôles de ma vie. L'ado était subversif, et parla vite l'espagnol. A Barcenole, tout le monde s'appela Guignol. Qu'est-ce qu'on a ri. Les catalans aussi. Quand on sortait des restaurants, ils en grinçaient des dents.
Elle, métisse aux yeux fendus, apprenait le chinois. Elle préparait une thèse sur un auteur français, dont personne ne connait le nom. C'était une fille étrange, et à l'humour abscons. Quand je m'envolai pour Berlin,  elle le quitta pour le Japon.
A mon retour, j'étais perdue, et je n'avais plus rien. Il me sauva la mise. Diplôme en poche, il partait pour Paris, et sous-louait son appartement. Les conditions m'allaient : faible loyer, et une pièce à lui ménager. Il l'occuperait régulièrement, avec une japonaise poudrée, dont il était de quinze ans l'ainé. J'acceptai le marché, trop contente d'annexer ce lieu délirant.
Là-bas, des mois durant, je fis des fêtes à tout casser, pour me refaire un pied à terre. Mon logis avait du succès.
Nous nous croisions de temps en temps, mais n'avions plus rien à nous dire. Nos vies étaient trop différentes. Il travaillait beaucoup, moi peu, à la nécessité. Et puis, j'étais gênée. Ayant rasé sa barbe, il affichait un visage que je n'aurais pas soupçonné. Quelque chose était faux. J'en étais mal à l'aise, comme s'il m'avait longtemps trompée.
Ses passages se firent rares. Il dormait, avec sa poupée, dans la chambre noire. Je n'étais pas ménagère, mais là...les mots me manquent. Un effarant merdier. Je ne sais pas trop ce qu'ils y faisaient, mais j'entendais souvent des cris, comme si elle le battait.
Un jour, entrant pour y emprunter du papier,  je découvris, par terre, écrasé, à l'envers, dans son cadre, le dessin qu'il avait acheté. Le verre était cassé. J'étais blessée. Après tout, c'est moi qu'on foulait au pied. La fois suivante, entre deux portes, je lui exposai mon projet . Puisque il méprisait l'objet, et que moi j'y tenais, j'allais le récupérer. Bien sûr, je lui paierais.
Il me l'offrit... cinq fois son prix. Nous étions bel et bien fâchés.
Trois mois plus tard, il solda ses affaires lyonnaises, emportant l'oeuvre d'art, et je déménageai.

"_Comment vas tu?
_...Bien."

Il fut concis.
_Je t'appelle parce que je regrette. J'ai été mesquin. J'y ai longtemps pensé. C'était une belle période, on rigolait bien, mais c'est de toi dont je me souviens. Ce dessin, c'est toi toute entière, comme tu étais. Il t'appartient. Je t'ai trouvée sur l'annuaire. Je vais te l'envoyer. En échange, tu m'écriras ce que tu as fait ".
Deux jours après, il était dans ma boite, lissé, et bien protégé. Entre la feuille et le polystyrène, une lettre avait été glissée. Elle parlait de vitalité.
Le papier s'est auréolé. Je n'ai pas pu écrire ce qui m'était arrivé. Alors donc, ce dessin, il me ressemblait? 

Deux ans plus tard, je l'ai fait encadrer, et je l'ai installé. Quand je rentre chez moi, je lui jette un coup d' oeil tranquille, et amusé.

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jeudi 24 mars 2011

R


Pseudo pas fini, photo de trois quart, un peu floue, annonce non remplie. Pas de sourire, et le regard évite l'objectif. Connexion quotidienne.

Je m'appelle R, j'ai quarante huit ans. Pour vider une bière, je mets moins d'une minute. Je ne suis pas frais. J'ai la gueule d'un type rongé. Je le sais. 
Je déteste qu'on me tire le portrait.
Mes yeux sont noirs. Quand je mets des chemises, il faut qu'elles soient cintrées. Je mâche du chewing-gum, je roule les mécaniques, je marche comme un kéké. Souvent, j'ai les pupilles dilatées.

Je cherche l'amour, désespérément. Pas une histoireUn amour différent. Pas question qu'on compte sur moi. Je préviens. Ce sera vain. Mais j'ai besoin qu'on m'attende. 

J'ai toujours raison. J'écoute et je retiens, mais je m'en fous. Je vais plus vite. Question de conscience, je vois venir. J'entends le sous-texte avant qu'on ne le pense.  Souvent, je déchaîne ma colère. La critique, de quel droit? Si on s'y aventure, gare. J'appuie où ça fait mal. 

Je suis salarié, au bas de la classe moyenne. Les journées passent. Mon boulot, c'est une fatalité. Une taule. Changer? Pas de ce côté là. Les types qui bossent avec moi, ce sont des bons gars. Mais je ne suis pas comme eux. Ils m'ont choisi, car on ne me la fait pas. Régulièrement, on veut nous baiser. Là haut, ils ne peuvent pas me blairer. Ils me redoutent. Je suis délégué syndical. Avec ça, je pourrais grimper. Plusieurs fois, on me l'a proposé. Je voudrais rester propre, et mon espoir n'est pas là. Ça n'aurait aucun sens. 
Le monde d'ici est mort.

Je suis un bouillon de culture. J'éponge en permanence. Musique, peinture, photo, cinoche, littérature. Tout. Quand nous étions deux, c'était ma contribution. Sexe et culture, rien d'autre. Elle aurait voulu plus. Elle a pris l'ascenseur social. Son idée du bonheur. J'aurais pu essayer, mais je ne l'ai pas fait. J'ai résisté. Vingt ans, et  elle m'a quitté. Je n'aime pas la vie normale.

J'ai acheté deux apparts, des affaires, pour avoir la paix, et un peu devant moi. Le mien, j'en suis locataire. Je n'y ai fait aucun frais. Cela ne m'intéresse pas.
Je ne voulais pas d'enfant. Elle a insisté. Mon fils a seize ans, je fais le mieux pour lui. C'est quand même un boulet. Une semaine sur deux, il traîne ici ses valises. Toujours plus grosses. Sept ans que je suis en analyse, je m'y connais. A croire qu'il met sa mère dedans. 

Mon père... j'ai vu ses couilles pendant toute mon enfance. Il les traînait comme si nous n'étions pas là. Le coup de soixante-huit. Maintenant, il est toujours pire. Ça me rendrait fou cet héritage. Je me débats. A  trente ans, on est déjà vieux. Même les jeunes les plus cons auront toujours raison. Ce sont eux qui savent. 
Parce qu'ils ont la vie devant eux.

C'est la nuit que je vis. Le soir, je sors avec mon pote. Parfois, on commence le jeudi. Ce type, j'ai beau lui dire, il fait n'importe quoi. Les meufs, le fric, y a rien qui va. On se tartine. D'abord l'alcool, après la beuh. Fort et beaucoup, jusqu'à pas d'heure. Quand je dévisse vraiment, je me fais peur. Je ne titube pas. La fin, l'aliénation... c'est ma tête qui bascule. C'est un truc mortifère. Mais j'ai besoin de cet état. A un moment, le cul, c'était pareil. Il en fallait toujours plus. Ça, je l'ai verrouillé. Je verrais.
Mon corps, je ne veux pas qu'il se dégrade. Jogging, machines, plusieurs fois par semaine. Le dimanche, quand je me suis bien défoncé, je cours deux heures au Gouffre de l'Enfer.

Je suis insatiable... peu de choses me transportent. Quand il neige, je voudrais être encore content . J'y suis indifférent. Parfois, des gens me plaisent. Je casse mes jouets sans pitié. Les gens brillants ne font jamais long feu.Ceux qui créent, je les envie, puis je détruis leurs procédés. Ils ne sont jamais ce que je voudrais. 
La musique et les livres... Quand je lis, je cherche la phrase qui me parlera. Bowles, Burroughs, Kerouac. 
Ceux qui sont partis au Sud, ou ailleurs. Là où on peut encore vivre.

Ce que j'espère? Partir aussi, un jour, dans un pays comme celui là. 
La paix, enfin.
Ce que j'aime ici? Les boites, quand la fête est au plus fort. Quand ceux qui ont bossé toute la semaine oublient, et sourient, parce qu'à cette heure, ils se foutent de tout.
Les caissières, et les coiffeuses.

mardi 22 mars 2011

tangerine dream


Sur la toile, on voyage. On peut visiter des villes, sans devoir prendre de billet. 
Mes choix sont orientés: je vais où l'on m'a raconté. Ce soir, au sud.


Aujourd'hui, il pleuvait.
A l'heure bleue, 
le détroit devient violacé. 
Dehors, on prend le thé.
Pour conter les péripéties, 
d'une aventure sans danger,
j'irais, j'irais bien goûter, 
les oranges amères de Tanger.


lundi 21 mars 2011

raining men


Quand on a perdu l'idéal, 
que l'homme qu'on aime s'est fait la malle
y aurait peut-être une solution, 
pour faire une reconstitution:

Pour satisfaire ses appétences, 
rassembler toutes les compétences,
ratisser large et pas d'mander
ce qu'un seul devrait vous donner.

Ce s'rait doucement immoral
mais après tout, où serait l' mal
à bousculer les conventions
en donnant dans la collection?

Y aurait qu'un blême et pas des moindres
qui trop vite viendrait à poindre
c'est qu' finalement, et c'est navrant,

ça compliquerait l'emploi du temps.

jeudi 17 mars 2011

Gamma, 55 minutes.

Le pseudo est joliment anonyme...mais chargé. Son véritable nom,_il le donnera plus tard_ italien,  voisine celui d'un apéritif de couleur rubis, à base de vin, d'herbes et d'épices macérés . Le nom ne colle pas. Cet homme là n'a rien de sucré.
L'annonce sur le site, brève et d'orthographe approximative, exprime, comme souvent, l'idée du supermarché. On ne sait pas si le ton est lourd, ou léger. La photo, un auto-portrait en noir et blanc, utilise le reflet. L'appareil, un modèle de qualité, apparaît en bas, au premier plan. Le visage, épais, évoque celui d'un boxeur. Pas de séduction. Les yeux sont plissés, la bouche est entrouverte, relevée, tendue vers l'action. De la main courte, forte, on remonte un corps trapu, qu'accuse la contre-plongée. La gueule est encore lisse, mais les traits sont marqués. 
Le cliché m' impressionne. Un pro, je dirais.
En annexe sont jointes d'autres photos. Bonnes. Il me semble en connaître certaines.
_"Dites moi, ces photos, d'où elles sortent?
_ De mon appareil.
_Allez...Elles ont été publiées?
_La plupart dans le Monde, certaines dans le monde entier.
_Ah ouais, je vois...Attendez... 
_Oui, j''ai travaillé pour cette agence là.  J'ai d'autres photos, allez sur mon site. Je prends pas le temps de m'en occuper."
Ça dépote. 2009, Grenoble, l'usine d'engins de chantiers. Les CRS devant l'entrée. Le PDG, dans son bureau, la tête dans ses mains. Les assemblées. Un délégué, au micro, main levée. Un Black écoute, concentré. Les Caterpillés.
_"On se voit quand vous voulez.
_Mercredi, j'ai à faire dans votre ville."


L'homme a cinquante ans. Quelques kilos en trop, mais alerte, des yeux verts. Jovial , un énorme Canon en bandoulière.

_"J'y ai été reporter pendant quatre ans. J'ai appris avec eux le sens de mon métier. J'ai commencé sur une compétition. Une course de voile. Mes photos étaient bonnes, malgré les conditions. C'était vraiment le bordel. Ils m'ont embauché. Un peu, que je connais Depardon. Après, j'ai fait Gdansk. La  photographie, c'est pour la mémoire collective. L'histoire des gens. Je suis parti quand ils ont commencé à faire du people. J'ai continué tout seul. Je shoote tout le temps."
On dirait bien qu'il est gourmand. Il consulte la carte, longuement. Mais demande un verre d'eau, et un fromage blanc.
_"Un peu moins depuis que je suis malade.  Hepatite C, choppée en 2003, à l'hôpital. Je faisais du rugby, mon genou me faisait mal. Transfusé, à la grande époque. O positif. Maintenant, c'est la suite. Cancer du foie. J'ai perdu mes tifs. C'est compliqué pour bouffer".
Je suis une femme solidaire. En riant, je commande un risotto, et une bière.
_"Ce qui m'ennuie, c'est les fêtes. On s'emmerde quand on boit pas. On attend, on ramène tout le monde, et voilà. Et puis, il y a la mobilité. Je ne peux pas voyager, j'attends une greffe. Ce sera sûrement un motard.
_Oui, c'est souvent il parait. Mon mec roulait.
_...
_Non, c'était pas la moto, et de toutes façons, pour toi, c'était trop tôt. Etre diminué, t'en as marre?
_ Je suis quand même très fatigué. Dès que je serais opéré, je me barre en Erythrée...
Au moment de Caterpillar, les syndicats se sont démerdés comme des cons. Là bas, en même temps, il y avait cinq boites dans le même cas. Ils auraient pu se fédérer. Même pas. Résultat, rien que là, six cent licenciés. Pour la séquestration, en face, ils ont touché soixante dix mille euros de dommages et intérêts. Merde, fallait faire un bouquin. On l'a fait...
Je vends bien aux journaux. J'expose régulièrement. Les collectionneurs spéculent sur ma tête.Ça me fait bien marrer...
Ma femme est comédienne, on a arrêté. C'est une matérialiste. Moi je m'en fous, ce que j'aime, c'est shooter. 
Dans mon studio, je travaille à la torche. Mon truc, c'est le sombre. Trop de lumière, ça tue l'image. Bon, faut tout retoucher. Ah, bordel, j'ai faim quand même. Que du froid, et pas de solide. Je ne peux rien manger.
_Ça va, t'es encore un peu gros".


On s'amuse bien, mais je dois bosser. Il consulte sa montre, et de sa manche sort un cathéter. Je trouve ça rigolo. J'y vais. Lui, en attendant son foie, part faire des photos.

lundi 14 mars 2011

L


Je m'appelle L., et j'ai quarante trois ans.
Je suis grand, élancé. Mes cheveux gris sont coupés courts. Plutôt rock et décontracté. D'apparence calme, avenante, je sais sourire. Je suis un homme assez doux. 

Mais je crois que je suis timide.

J'ai vécu vingt deux ans avec la même femme. Malgré toutes ces années, il me semble ne l'avoir jamais vraiment aimée. La première fois que j'ai voulu la quitter, elle m'a menacé d'aller se noyer. Alors je suis resté encore un peu. Mais après, je la trompais.
Auparavant nous occupions une très grande maison dans un petit village , organisée sur trois niveaux. Très actifs sur la commune. J'y ai organisé plusieurs festivals de rock. Ma femme élue, était hyperactive. Je ne l'ai jamais vue se poser calmement seule quelque part. Incapable d'être seule, en face d'elle même, son activité a toujours été une diversion.
Le divorce se passe très mal.
Elle prend un appartement à Lyon, c'est mieux. Nous avons récemment vendu la maison.
En quittant mon village, pour prendre mon indépendance, je me suis senti lâché par mes amis.
Nous étions perçus comme un couple uni. 

Mes enfants ont douze et quinze ans. J'ai déménagé en ville dans un appartement qui appartient à ma famille. Elle en assume actuellement les frais. Dans la situation présente, cela m'arrange.

Je sors d'une autre séparation et j'en souffre. Cette relation était éphémère et je le savais. Mais je ne m'en remets pas. Au moins j'aurai connu l'amour.

J'écoute beaucoup de musique... toutes sortes, même Patrick Bruel...j'assume. Je suis un inconditionnel des Stones . J'adore Londres. Au mois de juin, j'y retournerai. Je n'ai pas énormément voyagé.

La pluie de me dérange pas, mais je n'aime pas la forte chaleur.

J'ai changé de boulot plusieurs fois. Je travaille chez moi, à mon compte. Mon job consiste à trouver les meilleurs prix pour des travaux de reprographie.

Mais je voudrais aujourd'hui développer la photo. Je n'ai pas le bac, mais j'ai fait une école d'audio visuel. J'ai d'ailleurs participé, il y a longtemps, au tournage d'un film , à Moscou; le film était bon , selon moi, mais n'a pas eu une grande audience.

Très jeune j'ai fait une expérience qui marque la vie.
Interne, je sortais avec une fille. J'ai été surpris avec elle, au dortoir. je la rejoignais la nuit. Evidemment, j'ai été exclu. Mes parents m'ont jeté dehors, _mon père était exaspéré, j'avais fait pas mal de conneries_ je suis resté un an dans la rue. Hiver compris... SDF. J'ai passé beaucoup de temps à Perrache, puis j'ai été recueilli à Grenoble.
C'est ma mère, sous prétexte que mon frère avait besoin de moi, qui m'a fait revenir.
Aujourd'hui,  je photographie aussi les clochards.
Il m'arrive d'écrire, des poèmes ou des textes courts. J'ai entamé un récit, qui parle de cette expérience, mais je ne sais pas si je le terminerai.
Je fais des photos presque chaque jour, que je publie sur des réseaux sociaux. Par ailleurs, j'occupe mon temps entre mon travail, mes cours de photographie par correspondance, pour atteindre mes objectifs, et mes enfants. 
Le soir, je regarde la télévision. J'adore Master Chef, j'assume....j'aime cuisiner.
Je fume du tabac à rouler, et j'aime me détendre avec un pétard.

Je lis peu, pas de romans, mais plutôt des livres sur le développement personnel. J'avais engagé une thérapie, mais elle ne m'a rien apporté. On m'a seulement dit que j'avais un problème avec ma mère. Comme si je ne le savais pas.

Ma mère, on vient de lui découvrir une tumeur à la gorge, pour laquelle il serait simple d'intervenir, mais elle refuse de se soigner . Elle a toujours été égoiste.

Les femmes ... J'hésite entre la consommation _ les occasions sont multiples_ et l'envie d' un nouvel amourActuellement, mes relations humaines sont difficiles . Je me sens englué.

Au midi de ma vie, j'ai des projets, mais j'ai des difficultés à tout démêler. C'est compliqué.
J'avance quand même.

samedi 12 mars 2011

à la banque


Nous avons tous un banquier. Le mien n'est pas méchant. C'est un idiot ordinaire. Son bureau désertique_ pas même un poster avec des palmiers_, moquetté de poils ras parfaitement aspirés, sent le propre et l'anti-moustique. 
En cette saison? Oui, on ne sait jamais. A moins que ce ne soit lui. C'est qu'il a la peau claire. 
Il dit tout le temps "je vous dis tout, pour que vous sachiez". Son truc, c'est la confiance. 
_"Paraphez"
Courtois: présente les pages du bon côté. Doué: sait lire à l'envers. 
Je glisserais bien, dans la foulée, FP. Mes vraies fausses initiales, comme ça, pour rigoler. 
_"Signez"
L'index au bon endroit. Exprès, je fais déborder mon pâté. 
Il  met un soin d'élève à trier, grouper, agrafer, ranger dans les chemises. Les siennes sont discrètes, rayées. Verticalement. Bleues ciel, évidemment. Il me tend, obséquieux, les copies, guettant ma reconnaissance: il m'a prêté au bon taux. J'éprouve un  plaisir sale à les fourrer, aussitôt, écrasées, dans mon sac à dos. Le petit sursaut, j'adore. Mon esprit de vengeance. Allez, ta pogne molle, comme ça j'y vais .

J'avais un joli chéquier. Le nouveau est vulgaire. J'avais une banque éthique. Je l'ai quittée. Pour le fric. Je n'en suis pas très fière. Mais vous savez comment c'est. L'éthique, il faut pouvoir se la payer: 
c'est mieux, mais c'est plus cher.

jeudi 10 mars 2011

O

Je m'appelle O., j'ai 46 ans. Ni beau, ni laid, mince, grisonnant. Je porte des lunettes. Mon élocution est lente. Je m'exprime avec précision. (Pince-sans-rire?)

Je cherche à reconstruire ma vie. J'ai divorcé en 2006. Il m'a fallu plus de deux ans pour me sentir mieux. Hygiène de vie correcte, je n'ai jamais fumé et je consomme peu d'alcool .Je suis tombé malade, j'avais une gêne dans la gorge, des difficultés à déglutir: j'ai eu peur. Nous avons tous un peu peur de ça, n'est-ce pas?
Pas de cancer, on m'a opéré, et me voilà. En peine forme en somme.
  
Je suis né dans le Berry. J'allais au lycée à Bourges, en train. C'est là que j'ai rencontré ma femme. Dans le train.
Nous avons eu deux enfants. Pendant le temps qui leur est consacré, _la garde alternée, un week-end sur deux_ je souhaite qu'ils se sentent bien. Eux-mêmes aspirent à retrouver un peu de la quiétude d'un foyer. Ma fille aînée de 21 ans termine ses études de commerce dans la banlieue parisienne. Après notre séparation, nous avons vécu deux ans tous les deux, comme une sorte de couple. Elle a beaucoup changé maintenant. Sa manière d'être, son look.
Mon fils a 17 ans, prépare un bac Pro et travaille peu. Il vit, en principe chez sa mère, mais a choisi l'internat. Il ne s'entend pas avec son beau père. J'ai du le récupérer aujourd'hui. Ce n'était pas prévu. Voilà pourquoi je suis en retard. Je dois le retrouver dans une heure. Il est un peu comme moi. Féminin. On ne sait pas encore quelle sera son orientation sexuelle. Difficile à dire. Il semble à l'aise avec cette question. Il fera comme il voudra.

J'ai rejoint la région Lyonnaise dans les années 90 pour des raisons professionnelles. Je suis cadre dirigeant. J'ai fait une école de de commerce, puis j'ai occupé tous les postes possibles. J'ai bourlingué de la gestion à la direction. Avant ma séparation, je gérais sept entreprises. Je n'ai plus les mêmes attentes dans mon travail, et j'occupe aujourd'hui une fonction moins exigeante. Moins stressante également. J'ai relativisé mon investissement professionnel.

Je déteste la vulgarité. Ce n'est pas l' apanage des femmes. Elle réside dans l'attitude plus que dans l'apparence. Le manque d'écoute, le non respect de l'autre sont vulgaires. 
Depuis ma séparation, j'ai eu plusieurs histoires avec le site de rencontres. Ces personnes n'étaient sans doute pas prêtes. On veut souvent aller trop vite après. J'entretiens encore des amitiés. L'une de ces femmes avait beaucoup de difficultés. Elle a pris beaucoup de mes forces, mais je pense l'avoir beaucoup aidée. Depuis, elle a rencontré un homme et a eu un enfant qu'elle n'espérait plus.
Mes derniers films marquants? "Incendies". Ce film parle sans doute plus aux femmes. "Black Swain" m'a éprouvé. J'ai souffert avec Nathalie Portman. Je suis un homme d'empathie.

Ma mère est catalane. Voilà pourquoi, sans doute, je me passe difficilement de la mer. Et vous? Il y a des vagues sur vos photos. Plusieurs années durant, j'ai pratiqué la voile. J'ai possédé un bateau.

Les femmes déplorent mon manque d'enthousiasme. Je suis tout simplement calme. Pas blasé. Mes exaltations ne sont pas visibles, il faut me connaître pour les déceler. J'ai commencé le saxophone; mes progrès me procurent du plaisir et, peut-être, de l'excitation. La compétition ne m'intéresse pas, mais j'ai besoin, régulièrement, de défis. Confronté à une personne brillante, j'ai besoin de savoir si je pourrais faire mieux. Cette inclination explique ma carrière. Là dessus, ma femme ne m'a pas suivi.

Bigard est vulgaire, lui aussi. Mon humour n'est pas toujours compris.

Ma femme était très sportive. Mon activité physique restait régulière, mais modérée. Je suis en pleine santé. Elle a collectionné les ennuis. Infarctus il y a cinq ans. Sa maladie est orpheline. Elle va très bien maintenant.

Elle m'a quitté pour l'ambulancier.

dimanche 6 mars 2011

paris vert























A Paris les poubelles sont plus belles.















samedi 5 mars 2011

drôle de pseudo (encore l'ennui)


Une photo, pas d'annonce, et un drôle de pseudo:



T . I . P . O . U . R . A . S



Il y a de l'anagramme là-dessous. J'essaie.



_Le pouritas est un plat latino-canadien qu'on peut situer entre la poutine (grasse) et le chausson à la viande épicée (donc de très mauvaise qualité). La pâte en est épaisse. Il faut, pour la cuisson, former une cheminée à son extrémité. Après consommation, le dégazage est long. On dit souvent que le métissage, même culinaire,  va rarement vers le mieux. C'est dommage.


_Le rouspati , tout aussi délicat, a l'heureux avantage des plats roboratifs: il colmate. 

_Le parousti évoque une certaine fraîcheur, mais lointaine.

_Un  tas pourri prendrait deux r. Misère.

_Un rat pourri en aurait trois, et se passerait de l's. 

_l'Astripou est un fongi-parasiticide qui fut longtemps prescrit aux gosses des ZEP, avant d'être définitivement interdit à la vente par le Ministère de la Santé: son efficacité était, pour ainsi dire, radicale.

_Raspouti, c'est pas fini!    (pour le noeud, cliquer ici):



_Partis où évoque une quête, mais laquelle?

_Tipouras, ou tipouras pas? Décidément, ça sent le défi. 

_Paris out. Grosse fatigue

mercredi 2 mars 2011

que faites vous?

Hier soir, je m'ennuyais.

_J'ai tapé ennui sur Wiki:
temporalité vide.
Le temps s'arrête quand on s'ennuie.
Voilà donc le secret des stars qui ne vieillissent pas:
elles s'emmerdent.

_J'ai envoyé un mail méthodique à une galerie de portraits. 
"Que faites vous quand vous vous ennuyez?"
Le premier m'a répondu: "je dors".
L'évidence m'a comblée.
Tous les autres m'ont dit: "je ne m'ennuie jamais."
Menteurs.Ca m'étonnerait.
L'ennui serait une honte, une insulte à la vie?

_J'ai songé à mon taulier. Vous me croirez si vous voulez.
Mon taulier, lorsqu'il s'ennuie, grossit des culs sur photoshop.

L'ennui est si fertile, pourquoi s'en priver?