dimanche 13 février 2011

B


Je m'appelle B, j'ai 44 ans et je suis célibataire. Je travaille dans le stockage et l'archivage des données informatiques pour les entreprises.

Je déteste le café froid, et beaucoup d'autres choses.

Je suis né à Strasbourg, par césarienne. A ma naissance, je pesais 3, 9kg. Dans les jours qui ont suivi, tout s'est déroulé normalement.
J'ai vécu fidèlement avec la même femme pendant 20 ans. Aujourd'hui, nous ne communiquons plus qu'au travers de nos avocats. Rencontrés à 17 ans, mariés à 21, nous avons eu trois enfants. Notre première fille est née lorsque j'en avais 24. Ils sont grands maintenant. Seule ma fille de 14 ans est toujours contente de me voir. Les autres se débrouillent très bien sans moi.Nous avons vécu successivement à Strasbourg, puis Cannes, puis Lyon. A Cannes, j'ai été le plus heureux.

J'aime le soleil.

Nous avions résolu que nous devions toujours être là pour les enfants et de ne pas déléguer leur éducation, et arrêté que celui qui avait les meilleures possibilités professionnelles travaillerait, pendant que l'autre resterait à la maison, pour s'occuper d'eux. J'ai suivi de très près toute leur enfance, et je n'ai pas d'états d'âme à n'avoir pas demandé la garde alternée à notre divorce.
A partir d'un certain stade, notre situation s'est dégradée et j'ai décidé de rompre. Au moment ou je prenais ma décision, ma femme a fait un infarctus. Je me suis dit que j'allais m'occuper d'elle, la soigner, et que nous allions pouvoir repartir comme avant. Cela n'a pas fonctionné. Normalement, un évènement comme celui là change le regard sur la vie. Le sien n'a pas bougé. Finalement, elle était bête, et elle est restée bête. Elle a d'ailleurs eu une autre attaque plus tard, qui n'a pas non plus modifié sa vision des choses.  Je l'ai donc quittée, elle est repartie à Strasbourg, et je suis resté à Lyon dans notre grand appartement. J'ai traversé alors une période débridée ou j'enchaînais nuits alcoolisées et sexe, via les rendez-vous Meetic. Voilà comment je me suis soigné. 
Après notre séparation, j'ai organisé quelques temps une colocation dans notre appartement dont je ne pouvais plus payer le loyer, avec d'autres adultes actifs en situations particulières.
J'ai ensuite vécu avec une autre femme pendant 2 ans. une femme jalouse. Je suis un homme fidèle. La première fois, elle m'a fait une violente scène à l'issue d'un film, parce que je trouvais que l'actrice était belle. J'ai dû ensuite éviter tous les films avec cette actrice. Cela n'a pas suffi. Au bout d'un certain temps, lorsque nous marchions dans la rue et que nous croisions une femme, je devais baisser les yeux pour ne pas rencontrer son regard, pour éviter une scène. J'ai dû la quitter: Ce n'est pas possible de ne pas être soi-même. Elle n'a jamais compris que je la quitte pour ça.
Plus tard, je suis resté cinq mois avec une autre femme . Nous avons rompu récemment.

Je suis un homme très calme. Un contemplatif. Je n'accorde pas d'importance à ma carrière. Bien plus à mon confort de vie. J'ai joué très longtemps et intensivement au foot-ball dans des clubs. J'avais quatre ans à mes débuts. Voilà ce que je voulais faire. Mes parents n'ont pas pris ça au sérieux. Ce n'était pas un métier. J'ai passé un CAP de cuisine, et j'ai travaillé quelques temps dans un restaurant étoilé de Strasbourg. Aujourd'hui, le foot n'est plus qu'un loisir ponctuel et informel. Je vis assez seul et je n'ai pas de réseau amical. Je n'en ressens pas la nécessité. Je me fous du reste. J'écoute de la musique, je regarde des films, mais je sors peu.

Je vais régulièrement à Strasbourg pour voir ma plus jeune fille. C'est plus simple, car ici, elle s'ennuie.Ma mère est là-bas aussi.
Mon père?  L'année dernière, ma mère lui a trouvé une petite boule au coté droit. La biopsie a révélé un cancer dont le stade de développement ne laissait aucun espoir. A peine un an avec une chimiothérapie,  puis trois mois sans... il a refusé tout traitement. Un matin, il s'est levé sans bruit et a posé ses lunettes sur la table. Il a écrit son nom, son prénom, son adresse et a mis le  papier dans sa poche. Il est sorti et s'est jeté sous un train. Le trafic ferroviaire est resté bloqué deux heures à cause de lui. C'était à la fin du mois d'avril.
Ma mère a enduré des mois très difficiles, mais depuis elle va beaucoup mieux. Elle va même très bien. Si bien, qu'il lui est difficile d' afficher son nouveau bonheur. Par crainte de choquer, elle se force parfois à paraître malheureuse.
Il y a peu de temps, elle m'a demandé de venir la voir avec ma soeur, qui a quatre ans de moins que moi, pour s'expliquer. Mon père l'avait toujours trompée. Nous l'ignorions. Un queutard. Il séduisait à tort et à travers. Ma mère souffrait, mais elle l'aimait. Je me souviens aujourd'hui. Un bal . Mon père avait dansé toute la nuit avec une autre femme, et n'avait invité ma mère qu'une seule fois. Régulièrement, ils disparaissaient derrière un rideau.
Quand j'ai demandé à ma mère comment elle avait pu supporter tout cela pendant quarante quatre ans, elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas; mais qu' elle aimait trop sa manière de la toucher.
Mon père ne laissait rien passer sur la ligne de conduite que nous avions à tenir. Il nous a toujours menti.

J'écoute les disques que j'aime en boucle, et ensuite, je ne les aime plus. J'ai même réussi à m'écoeurer d'un album de Bashung que j'adore. Je déteste ça aussi.

Aujourd'hui, j'avais rendez vous avec une femme qui marche trop vite.


est-ce-que je déteste ça?

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