mercredi 22 décembre 2010

24


Depuis plus de trente ans, je n'ai jamais fêté Noël le 24 décembre. La dispersion de ma fratrie régit ce contre-temps auquel, dans une rébellion facile, je me suis attachée. C'est, j'adore le croire, une de nos distinctions.
J'aime aujourd'hui l'ambiance brouillonne de ces Noëls décalés. L'ouverture des cadeaux, sauvage, bruyante, désordonnée, l'excitation des enfants,le vautrage dans le canapé. Et par dessus tout,  l'absence de solennité. La mise en scène, je la subis dans une autre famille: celle que je n'ai pas choisie, _tout-comme-la-tienne me direz vous_, mais que je n'ai jamais vraiment adoptée. Ses protocoles me sont étrangers. J'assiste, chaque année, à la gratitude. Je n'y suis pas impliquée. Démontrée, elle violente mon intimité, dérange mes habitudes. D'ordinaire impudique, j'y suis mal à l'aise, contractée, sur mes gardes. Durant l'interminable ouverture, ou chacun scrute l'étrenné, j'aide, au fur et à mesure, au pliage des paquets, qui chez nous restent entassés, à peine froissés. Volumineux, mais oubliés. Là, papiers de soie, sachets étoilés, bolducs, cartonnages sophistiqués, emballent, l'air de rien, ma diversion. Compactant avec soin, j'attends, gênée, la fin des effusions.
Nous en avons pourtant, nous, des traditions. La plus marquée, et la plus consensuelle, consiste à railler, haut et fort, ce beau moment d'offrandes. Ma tribu, au fil des ans, déritualise Noël. Ce délitement me plait. Il m'arrange. Il colle, de plus en plus, à mon flou personnel ; il confirme, banalise, installe ma désinstallation. 

Le 24 est un jour ennemi. Une troisième fois, le 24, je serais seule. Mes enfants sont partis. Tout l'an durant, je réclame, à corps et à cris, mon autonomie. Comme un dû, je brandis mon temps amaigri, comme l'équipement de ma survie. Mais à l'approche de ce soir là, lentement, l'angoisse, sournoise, me colonise. Je panique, puis je rationalise. Enfin, j'essaie. On va m'appeler. Des amis, attentionnés, pointeront, c'est sûr, sans l'air d'y toucher, mon 24 dénudé. Pourquoi rester simple, quand on peut s'alambiquer? Non. Je méprise la grande communion. J'exclus les invitations, en suggérant, évasive, de faux projets, privés, et allez, j'me la pète, décontextualisés. J'agite mon indépendance, et ma liberté d'esprit. Le 24? C'est pour les cons. Ben voyons.
Tout mon orgueil est là. Je rêve d'un soir d'exception. Un soir distingué. Sans robe, sans sapin, sans papiers dorés. Un soir simple, mais peaufiné. Un 24, qui ne serait pas Noël. Un soir qu'un seul autre saurait.

Le soir de Framboise Parée. 

2 commentaires:

  1. Et bien non je ne t'appellerai pas le 24, j'ai d'autres trucs à faire, moi.
    Le 24 c'est la Famille !!! PinPon. Je m'y suis fait.
    Moi il y a un truc dont je suis fier c'est de ne plus fêter la télévision depuis bientôt 20 ans.
    J'espère que tu ne regarderas pas la télé le 24 au soir ! Ce serait con !
    Très grosse biz de Noelle, O.P

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  2. ah ben non pas la télé... le 24 yzont tous des gros nez.
    je préfère les grandes oreilles pointues

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