samedi 9 octobre 2010

dans la peau de...



...framboise parée

Il y a quelques semaines, j'étais très fatiguée. Au réveil, un matin, alors que mes filles venaient de partir pour l'école, j'ai trouvé sur le petit meuble des toilettes un curieux objet. C'était une boite en fer blanc d'une vingtaine de centimètres de long, par huit à neuf de large, arrondie aux extrémités, avec, sur le dessus, une inscription emboutie. J'ai oublié ce qui était écrit. Des petites ficelles, un peu usées, étaient nouées sur les deux charnières des cotés. J'ai ouvert la boite qui contenait un paquet de Marlboro légères, entamé aux deux tiers. J'avais repris le tabac depuis quelques jours mais je n'utilise pas d'étui. Ce n'était pas, d'ailleurs, un étui dédié à cet usage, car l'objet était bien plus grand que son contenu. Je me suis étonnée de cette trouvaille et je l'ai rangée, sans sortir le paquet, dans mes affaires, avant de me préparer, et  de rejoindre rapidement mon travail. Le soir, j'ai questionné mes enfants au sujet de cet objet. Leur surprise m'a suffi et je n'ai pas discuté plus avant car je sais qu'ils ne fument pas. J'ai envisagé ensuite qu'il avait pu être oublié par le père d'un ami de ma petite, qui était venu chercher son fils la veille, mais cette homme fume des cigarettes roulées. Lorsque j'ai voulu retrouver la boite, elle avait disparu. Je suis peu ordonnée et il m'arrive de laisser des choses à des endroits incongrus. J'ai donc fouillé méthodiquement la totalité de ma chambre, sans succès, et j'ai fini par me résoudre à une nouvelle disparition temporaire, car je suis accoutumée aux petits problèmes que me posent parfois mon désordre. Deux jours après, j'ai renouvelé ma recherche sans plus de résultat, et j'ai fini par comprendre que cette boite n'a jamais existé. Il s'agit sans doute de la persistance d'un rêve au delà de la phase de réveil, mais j'aimerais pouvoir me souvenir du contenu de l'inscription qui figurait sur cet objet.

Ce matin, j'ai trouvé un cafard mort sur le sol de la cuisine. Des campagnes régulières de désinsectisation sont menées dans mon immeuble, mais les vide-ordure ne sont pas encore condamnés. Je l'ai jeté et j'ai noté qu'il faudrait appeler la régie pour qu'elle programme une nouvelle intervention. Deux heures plus tard j'ai fouillé la poubelle pour m'assurer que j'avais bien trouvé puis jeté cet insecte et qu'il n'était pas le produit d'une hallucination du même genre que la boite. L'insecte mort était bien en place. Pourquoi avoir voulu vérifier? 
Tout simplement parce que je ne me fais plus confiance, bien que je remplisse la totalité de mes obligations quotidiennes, avec ni plus ni moins de soin que n'importe qui.

J'ai ensuite pris ma voiture et j'ai sonné à un portail. J'ai dit à l'homme qui m'a ouvert que je ne souhaitais pas entrer. Je l'ai informé de ma  décision de consulter un psychiatre. J'ai expliqué que les difficultés que je traverse ne sont sûrement pas, comme il le pense sans doute aussi, à l'échelle de leur évènement déclencheur, et que c'est précisément cela qui justifie un suivi thérapeutique. J'ai éliminé la question de sa culpabilité vis à vis de mon état, car il m' en a souvent parlé, en précisant que je ne vois pas pourquoi on devrait être puni de ce qu'on n'a pas pu faire. Que même ce qu 'il n'avait pas voulu faire ne pouvait justifier qu'il s'en sente coupable. J'ai évoqué mes difficultés à accepter la réalité tel qu'elle est. Les échecs successifs de mes tentatives de rationalisation pour lutter contre mon mal-être. Puis j'ai fermé la porte qu'il ne parvenait toujours pas, depuis trois mois, à clore, pour des raisons qui me resteront inconnues. Son entrebâillement était pour moi une complication et une source de souffrance supplémentaires. Je regrette déjà de l'avoir fait. J'ai verrouillé cette porte contre mon gré, et je ne sais pas encore si cela me sera salutaire.  Il m'a dit soigne-toi bien quand je suis partie.
Je voudrais croire à sa bienveillance.

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