mardi 12 octobre 2010

ça peut changer?

Je vous ai parlé de mon pote qu'a chuté. Victime de ses capacités. Pas de bol. Sept étages, ça fait mal. S'en est tiré, mais gueule cassée. Depuis, il est un peu cinglé. Régulièrement, il disparaît. Faut dire, une gueule pareille, ça vous isole. Des types brillants comme lui, j'en ai pas vu souvent. Le lot des surintelligents. C'est mon ami, je tiens à lui. Mais c'est un peu compliqué. C'est dur de progresser avec un type dont la mémoire s'est arrêtée. Ca tourne en boucle, et j'ai du mal à supporter.
Un soir, avec d'autres, on s'est un peu échauffés. Y avait à boire, et à manger. Des quantités. Ca rigolait, ça discutait. Il était là, largué, à piccoler. J'étais sa bouée. J'ai la charité limitée. Je pouvais pas le laisser, mais je voulais que ça avance. Il triturait encore le passé, et ça m'a énervée:
_"Ecoute, j'en ai assez. Tu radotes. Si tu veux raccrocher, faut que tu fasses un effort. Nos exploits, c'en étaient pas. C'était facile. Tout le monde a fait ça."
Y a eu un putain de silence. Nafout, j'ai continué.
"_Tu me fais chier. Je viens te voir et je te trimballe, c'est pas pour que tu prennes l'air. Tu peux faire ça tout seul. Des gens, t'en vois pas beaucoup défiler. Tu fixes pas la nouveauté. Avant, ça t'intéressait. Le vieux jus, c'est daubé. Tu pourrais au moins, d'une semaine sur l'autre, faire un petit effort."
Il avait l'air embêté, mais j'étais bien remontée.
"_Y s'est passé des tas de trucs depuis. Imprime un peu l' actualité. Tu sais même pas ce que je fais. C'est pas brillant mais c'est maintenant. Infoutu de demander. Mets toi à jour, et on verra si on peut discuter". J'y étais pas allée léger.
_"T'es dure. Mon cerveau, j'en ai plus que la moitié.
_Et ben mets le vieux dans l'hémisphère creux. Et remplis celui que t'as vidé."
Il a rempli son verre, et je me suis tournée de l'autre côté. J'ai pris une bière.
"_Dis donc, t'y vas pas avec le dos de la cuiller.
_Ben quoi, c'est pas vrai?"
J'ai fait encore un peu la star, et puis j'en ai eu marre, je suis rentrée. J'étais pas fière. Bien salope de l'avoir autant secoué. C'est vrai, qu'est-ce-qu'il y pouvait. Et moi, j'était mieux?
Cinq jours après, je l'ai rappelé. J'avais deux heures pour un café. Je voulais m'excuser. Il faisait beau, et on a commandé. Après deux trois banalités, il m'a dit:

"_Sur quoi tu bosses en ce moment?"

J'étais séchée. J'ai convié des potes, et on est restés manger.
Tout peut changer ?

1 commentaire:

  1. On t'appelle la killeuse de cérébrolésés ?!
    O.P

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