mercredi 20 octobre 2010

ascenseur

C'est bien de savoir ça:
La loi Leonetti  a instauré un droit au «laisser mourir», sans toutefois dépénaliser l’euthanasie.
Cette loi du 22 avril 2005 a créé les directives anticipées comme outils d’expression de la volonté du patient et accentué le rôle et la place de la personne de confiance (création de la loi du 4 mars 2002).
« Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d'état d'exprimer sa volonté. Ces directives anticipées indiquent les souhaits de la personne relatifs à sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l'arrêt de traitement. Elles sont révocables à tout moment...
Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté, ou de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Cette désignation est faîte par écrit. Elle est révocable à tout moment."

Parmi les personnes qui m'avaient aidée dans mes difficultés, certaines le firent sans effort apparent, et avec une délicatesse particulière: sans que j'aie eu à exprimer mes besoins, elles ont trouvé ce qu'il fallait faire. Je leur ai dit à maintes reprises ma gratitude, en ajoutant à chaque fois que sans leur souhaiter aucun mal, j'espérais pouvoir un jour faire autant pour elles que ce qu'elles faisaient pour moi.
L'une d'elles a trouvé un moyen inattendu de me renvoyer l'ascenseur en me désignant dans le cadre de la loi Leonetti. J'ai signé la lettre avec beaucoup d'émotion. Tout d'abord, pour la confiance qu'elle a en moi. Je suis heureuse qu'elle m'ait choisie, même si je lui souhaite, comme à chacun, de finir tranquillement dans son sommeil, et le plus tard possible. Mais il y avait autre chose.
J'y ai beaucoup pensé depuis, et particulièrement ces derniers temps.
Le développement des soins palliatifs nous permettra, de plus en plus, de mourir sans douleur. Mais imposer aux autres sa propre dégradation semble une souffrance aussi difficile à vivre que la dégradation et la souffrance elles-mêmes. C'est l'idée qu'on se fait de la dignité, et de l'image qu'on voudrait avoir et laisser de soi. Pourquoi la souffrance et la dégradation entameraient-elles la dignité d'une personne? Qu'y a-il de misérable dans tout cela?
Aujourd'hui, de plus en plus de gens souscrivent des contrats obsèques pour éviter une tâche pénible à leurs enfants, ou pour alléger leurs frais. Au Canada, il est banal d'acheter et de mettre en place sa pierre tombale de son vivant. Mais la démarche effectuée dans le cadre de la loi Leonetti est bien différente du règlement anticipé des obsèques. Il s'agit bien de l'anticipation concrète des conditions précédant sa propre mort, qu' il faut pouvoir envisager .
Alors voilà l'autre chose qui m'a émue:
J'espère comme je l'ai dit que je n'aurais pas à signer cette lettre. Mais si c'était le cas, je n'aurai vraisemblablement aucun effort à faire; je signerai sans me torturer, puisque cette femme  a déjà décidé ce qu'elle se souhaite. Peut-être a-t-elle examiné la question de la dignité. Peut-être a-t-elle le souci d'épargner une souffrance inutile à ses proches. Mais ce n'est pas cela que j'ai voulu voir.  Celle qui m'a désignée a réfléchi avec beaucoup de sérénité. Elle semble ne pas avoir peur de sa mort, et y songe sans révolte, parce qu'elle a confiance dans sa vie. Elle sait qu'elle aura accompli tout ce qu'elle avait à accomplir, et qu'il ne lui sera pas nécessaire de tenter une ultime lutte:


Tu me débrancheras, 
car j'aurai eu une vie suffisamment belle.

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