jeudi 28 octobre 2010

première cuvée


Elle avait juste vingt ans, et elle vivait sans trop savoir, dans un milieu d'artistes, souvent bien plus diserts que doués. Apprenait la mondanité, errant avec un homme plus âgé, dont le travail consistait à dormir. Il veillait, au lit, dans un foyer éloigné, des adultes débiles et sur-médiqués. Il partait à  dix heures, pour rentrer vers les huit, maussade. Elle restait là le soir, avec sa cour qui pillait joyeusement ses réserves. Ses amis l'amusaient. Elle découvrait, à travers eux, la vie et toutes ses bizarreries .

L'un d'eux lui fut plus singulier. Il vivait isolé, dans une banlieue délaissée. Il travaillait beaucoup, et peignait puissamment. Les autres l'admiraient. Ils vénéraient son art, qui disaient-ils, lui suffisait. A chaque apparition, ils questionnaient son oeuvre en termes alambiqués, voulant en percer le mystère. Lui, n'avait rien en à dire, et s'en foutait. Il répondait, simplement, que c'était son boulot. Il était peu bavard. Ils l'appelaient Don Filippo, honorant sa noblesse, et son combat, « cervantesque », pour dominer la lumière. Il incarnait le dernier maudit, qui renonce à la chair, et aux plaisirs frelatés. Il vendait mal. Cette injustice les révoltait. Ils vomissaient ces hommes ingrats, vulgaires. Sa présence, à leur table, les rendait fiers. Lui seul peignait par nécessité. Ils décrivaient son épaisse matière, sa sûreté, sa pure brutalité. Il louaient, trinquant encore, sa grandeur d'âme, son sens du sacrifice, dédiés à la seule beauté. Il n'en faisait aucun sujet.
Son détachement se savourait. Il parlait peu mais percutait. Il était long, bien découplé, avec l'oeil net et clair. Il était rare, mais s'il passait, elle se taisait et l'écoutait. Sa parole était d'or, et son silence de fer.

Les agapes compensaient son couple, aussi douteux que déserté. Parfois, un ami restait. Pour quelques heures, elle l'hébergeait sans réserve, ni culpabilité. C'était gentil, mais une chose lui manquait. Pourtant, c'était pas faute d'essayer. Une chose qu'elle avait lue, sans jamais l'avoir rencontrée. Qu'on évoquait avec fierté. Qu'on décrivait dans des films. Considérée comme essentielle. Qui parfois nourrissait le crime. 
Quand son veilleur rentrait, elle dormait d'un sommeil lassé.

Un soir, Don Filippo passa seul. Il venait la chercher, pour lui montrer son atelier. D'abord, ils marchèrent longtemps sur les quais, en s'arrêtant pour boire des verres, avant le dernier bus. C'est à elle qu'il livra son secret. "Tu prends de la peinture et c'est fait. C'est après qu'il faut s'emmerder". C'était juillet. Il occupait un hangar vitré, plein nord. Aucun confort, juste une petite cuisinière, dans un réduit attenant. Sa chambre était en sous-sol. Elle s'ouvrait par une petite trappe, qui déployait une mince échelle. L'ancienne citerne de carburant.
La cuve était profonde, étroite, humide, glacée. Elle rendait ses relents, mais sut se faire oublier. C'était peut-être un ours, mais connaissant les femmes. 
Elle n'eut pas froid.

Elle le croisa encore quelques fois, en des lieux fréquentés, sans odeur, et bien moins étriqués. Il lui faisait un clin d'oeil, qui ramenait, comme une marée, son souvenir mazouté.



mardi 26 octobre 2010

souris grise

Eau limpide et glacée, nager, nager. Nager, nager encore, comme une souris grise. Nager les yeux fermés. Boire des tasses, et nager, et la souris s'épuise. Faire la planche un instant, et chercher l'horizon. Découvrir le bocal.


vendredi 22 octobre 2010

paradu


Manu t'est au paradu
le paradu, c'est plein de paras.



mercredi 20 octobre 2010

ascenseur

C'est bien de savoir ça:
La loi Leonetti  a instauré un droit au «laisser mourir», sans toutefois dépénaliser l’euthanasie.
Cette loi du 22 avril 2005 a créé les directives anticipées comme outils d’expression de la volonté du patient et accentué le rôle et la place de la personne de confiance (création de la loi du 4 mars 2002).
« Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d'état d'exprimer sa volonté. Ces directives anticipées indiquent les souhaits de la personne relatifs à sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l'arrêt de traitement. Elles sont révocables à tout moment...
Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté, ou de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Cette désignation est faîte par écrit. Elle est révocable à tout moment."

Parmi les personnes qui m'avaient aidée dans mes difficultés, certaines le firent sans effort apparent, et avec une délicatesse particulière: sans que j'aie eu à exprimer mes besoins, elles ont trouvé ce qu'il fallait faire. Je leur ai dit à maintes reprises ma gratitude, en ajoutant à chaque fois que sans leur souhaiter aucun mal, j'espérais pouvoir un jour faire autant pour elles que ce qu'elles faisaient pour moi.
L'une d'elles a trouvé un moyen inattendu de me renvoyer l'ascenseur en me désignant dans le cadre de la loi Leonetti. J'ai signé la lettre avec beaucoup d'émotion. Tout d'abord, pour la confiance qu'elle a en moi. Je suis heureuse qu'elle m'ait choisie, même si je lui souhaite, comme à chacun, de finir tranquillement dans son sommeil, et le plus tard possible. Mais il y avait autre chose.
J'y ai beaucoup pensé depuis, et particulièrement ces derniers temps.
Le développement des soins palliatifs nous permettra, de plus en plus, de mourir sans douleur. Mais imposer aux autres sa propre dégradation semble une souffrance aussi difficile à vivre que la dégradation et la souffrance elles-mêmes. C'est l'idée qu'on se fait de la dignité, et de l'image qu'on voudrait avoir et laisser de soi. Pourquoi la souffrance et la dégradation entameraient-elles la dignité d'une personne? Qu'y a-il de misérable dans tout cela?
Aujourd'hui, de plus en plus de gens souscrivent des contrats obsèques pour éviter une tâche pénible à leurs enfants, ou pour alléger leurs frais. Au Canada, il est banal d'acheter et de mettre en place sa pierre tombale de son vivant. Mais la démarche effectuée dans le cadre de la loi Leonetti est bien différente du règlement anticipé des obsèques. Il s'agit bien de l'anticipation concrète des conditions précédant sa propre mort, qu' il faut pouvoir envisager .
Alors voilà l'autre chose qui m'a émue:
J'espère comme je l'ai dit que je n'aurais pas à signer cette lettre. Mais si c'était le cas, je n'aurai vraisemblablement aucun effort à faire; je signerai sans me torturer, puisque cette femme  a déjà décidé ce qu'elle se souhaite. Peut-être a-t-elle examiné la question de la dignité. Peut-être a-t-elle le souci d'épargner une souffrance inutile à ses proches. Mais ce n'est pas cela que j'ai voulu voir.  Celle qui m'a désignée a réfléchi avec beaucoup de sérénité. Elle semble ne pas avoir peur de sa mort, et y songe sans révolte, parce qu'elle a confiance dans sa vie. Elle sait qu'elle aura accompli tout ce qu'elle avait à accomplir, et qu'il ne lui sera pas nécessaire de tenter une ultime lutte:


Tu me débrancheras, 
car j'aurai eu une vie suffisamment belle.

mon rêve


Je visitais un chantier avec trois hommes, au sous-sol  d'un immeuble. La cage d'escalier était très délabrée et on craignait un effondrement. J'ai entendu un bruit étrange qui émanait d'un faisceau de gaines apparentes, j'ai eu peur, et quand je me suis retournée, l'un des hommes était à terre, sur le dos, et ne respirait plus. J'ai compris qu'il venait de subir un choc électrique. Je l'ai massé en hurlant aux deux autres qu'il fallait lui faire du bouche à bouche. Ils ne bougeaient pas, je massais son coeur en criant. L'un des deux m'a fait non de la tête, comme dans les films. J'ai continué à masser et j'étais désespérée.
Bien sûr, il ne faut pas prendre ce rêve au sens littéral.
Mais je n'ai pas trouvé ce qu'il pouvait signifier.

dimanche 17 octobre 2010

once upon a time

Un jour, un homme que j'estimais m'adressa des photos, avec un mail laconique. Je ne l'aimais pas encore. Le sujet des photos, c'était l'espace public. Le texte était concis: à chaque endroit photographié, un de mes vêtements disparaissait. J' étais, moi, sur la toile, ou j' exposais, en silence, mon idée de la nudité. Mais c'était différent.

Jusqu'alors j'étais, avec lui, méfiante, et pudique. Ces mots me rendirent folle. Et à partir de ce moment , je désirai, impatiemment, cet effeuillage.

Il fut total, et ravageur. Ce fut quand même, et vous en conviendrez, au début, une belle histoire.

jeudi 14 octobre 2010

vie tendre

Ce matin j'avais une réunion avec beaucoup de participants. L'enjeu était important. En arrivant, j'ai découvert avec surprise la présence d'un homme d'un peu moins que mon âge qui m'a toujours fait beaucoup d'effet. Je me suis dit que j'avais bien fait de venir. J'ai observé longtemps ses mains, très belles. Il portait une montre jaune. Je l'ai peut-être gêné, car il a fini par les mettre sous la table et cela m'a beaucoup amusée. J'ai dû me positionner très clairement pendant cette réunion et je l'ai fait sans difficulté. Vers  douze heures quinze, nous sommes sortis et il m'a remerciée avec le fondateur de son agence pour la fermeté et la limpidité de mon propos. J'en ai été très contente. Je me débats tellement avec d'autres pensées que je suis toujours surprise d'être encore efficace. Et c'est très flatteur d'être gratifée par un homme qu'on estime, et un petit peu plus.
J'ai trouvé trois messages sur mon téléphone. Le premier de mes amis qui s'inquiétaient beaucoup pour moi et tenaient à me voir à midi. On ne me voit pas beaucoup ces temps-ci. Le second d'un autre ami avec qui je croyais avoir rendez-vous pour la même heure, en pensant être déjà en retard. De lui, j'attendais, assez impatiemment, le récit de son dernier passage à Paris. Le troisième m'annonçait que mon ami qui était en soins palliatifs depuis plusieurs semaines avait été hospitalisé cette nuit en urgence et qu'il vivait peut-être ses dernières heures. J'ai paniqué. Je croyais m'être préparée à ce moment, pour lequel il me paraissait impensable de ne pas être là. J'ai répondu rapidement au second message et j'ai différé notre rendez-vous. C'était demain. Je suis allée ensuite rassurer les autres au restaurant sans savoir encore ce que j' allais faire. J'ai expliqué la situation en disant que je devais travailler cet après midi et que je ne supportais pas l'idée de ne pas pouvoir passer à l'hôpital. Mes amis n'ont pas su quoi dire. J'ai commandé un plat du jour. Mais je n'ai pas terminé mon repas. J'ai décidé de partir. En quittant le restaurant, j'ai prévenu mon partenaire de projet que je n'assisterais pas à la réunion suivante car ma présence n'y était pas indispensable. Il me suffisait de prendre un métro et je suis arrivée sur place vers treize heures quarante-cinq.

Là-bas, une fois le numéro de chambre obtenu, j'ai pris l'ascenseur et j'ai passé un bon moment devant la porte de la chambre, pour réchauffer mes mains, parce qu'il faisait très froid, et que je craignais que mon contact soit trop glacé. L'homme qui l'aime et qui s'occupe de lui, jour et nuit, depuis des mois, m'a ouvert la porte et nous nous sommes embrassés.
Depuis longtemps la fièvre ne le quitte plus. J'ai posé ma main sur la sienne et il l'a saisie. Je lui ai dit que j'étais heureuse de le voir. Le plateau repas était intact. Il était très fatigué mais il m'a reconnue assez vite. Il s'est adressé à moi et à la femme qui était là, et que je rencontrais pour la première fois: "il faut que vous  fassiez copines". J'ai répondu en riant que la dernière femme que j'avais rencontrée par son intermédiaire était vraiment très rock'n'roll. Il a confirmé "oui, rock'n'roll". Il parlait difficilement, et ses phases d'éveil étaient très brèves. Peu à peu ses phrases sont devenue des mots seuls qu'il confondait parfoisNous guettions tous les trois ses moments de conscience pour lui montrer que nous étions là, pour être sûrs qu'il n'avait besoin de rien, pour attraper son regard, lui sourire, lui parler. Sa respiration était irrégulière et sa lutte, malgré la pompe à morphine, secouait son corps. Au bout d'une heure son compagnon est parti fumer avec leur amie et je suis restée seule avec lui durant une vingtaine de minutes. Je n'ai pas cessé de le câliner. Son front était chaud. L'infirmier a apporté un goûter mais il était incapable de manger. Je l'ai aidé à boire du lait chocolaté dans une petite bouteille plastique, en soutenant sa tête pour ne pas qu'il se salisse. J'ai essuyé le pli de sa bouche avec un petit mouchoir. Il ouvrait légèrement les yeux pour me dire qu'il en voulait encore. Je n'ai jamais été aussi suspendue à quelqu'un. A son moindre souffle, frémissement, battement de paupières, sursaut de la main, plissement des lèvres. La dernière chose qu'il m'a dite est "plastique". Il avait très soif. J'ai câliné encore longtemps sa tête, sa main, et la base de son cou, cette caresse qui apaisait mes touts petits. Puis ses parents sont arrivés et il s'est de nouveau réveillé. Je suis partie pour les laisser ensemble, après l'avoir embrassé plusieurs fois. 
Ces instants d'aujourd'hui, cette heure et demie, resteront parmi les plus tendres de ma vie.

Il y aura une autre hémorragie, et il recevra une injection pour l'aider à se rendormir. Je suis descendue avec son copain et nous avons fumé ensemble et parlé un peu. Je lui ai dit au revoir, de me tenir au courant. Qu'il refera des projets, plus tard. Il m'a dit oui, je sais. Il y a vingt-jours, j'ai fait un enregistrement pirate d'une conversation que j'ai eue avec Manu, ou je lui posais des questions sur sa vie. Le son est mauvais, mais je lui offrirais. Je vais laisser mon portable allumé cette nuit, car Manu est encore là.

mercredi 13 octobre 2010

boomerang




c'est ça l'effet boomerang
bang bang

mardi 12 octobre 2010

liberté chérie

De ma jeunesse anarchiste, j'ai gardé le côté libertaire. Quand je me suis reproduite, j' ai trouvé les limites. Je suis devenue démocrate. On ne fait pas ce qu'on veut, pour ménager les autres. C'est vachement plus dur.

ça peut changer?

Je vous ai parlé de mon pote qu'a chuté. Victime de ses capacités. Pas de bol. Sept étages, ça fait mal. S'en est tiré, mais gueule cassée. Depuis, il est un peu cinglé. Régulièrement, il disparaît. Faut dire, une gueule pareille, ça vous isole. Des types brillants comme lui, j'en ai pas vu souvent. Le lot des surintelligents. C'est mon ami, je tiens à lui. Mais c'est un peu compliqué. C'est dur de progresser avec un type dont la mémoire s'est arrêtée. Ca tourne en boucle, et j'ai du mal à supporter.
Un soir, avec d'autres, on s'est un peu échauffés. Y avait à boire, et à manger. Des quantités. Ca rigolait, ça discutait. Il était là, largué, à piccoler. J'étais sa bouée. J'ai la charité limitée. Je pouvais pas le laisser, mais je voulais que ça avance. Il triturait encore le passé, et ça m'a énervée:
_"Ecoute, j'en ai assez. Tu radotes. Si tu veux raccrocher, faut que tu fasses un effort. Nos exploits, c'en étaient pas. C'était facile. Tout le monde a fait ça."
Y a eu un putain de silence. Nafout, j'ai continué.
"_Tu me fais chier. Je viens te voir et je te trimballe, c'est pas pour que tu prennes l'air. Tu peux faire ça tout seul. Des gens, t'en vois pas beaucoup défiler. Tu fixes pas la nouveauté. Avant, ça t'intéressait. Le vieux jus, c'est daubé. Tu pourrais au moins, d'une semaine sur l'autre, faire un petit effort."
Il avait l'air embêté, mais j'étais bien remontée.
"_Y s'est passé des tas de trucs depuis. Imprime un peu l' actualité. Tu sais même pas ce que je fais. C'est pas brillant mais c'est maintenant. Infoutu de demander. Mets toi à jour, et on verra si on peut discuter". J'y étais pas allée léger.
_"T'es dure. Mon cerveau, j'en ai plus que la moitié.
_Et ben mets le vieux dans l'hémisphère creux. Et remplis celui que t'as vidé."
Il a rempli son verre, et je me suis tournée de l'autre côté. J'ai pris une bière.
"_Dis donc, t'y vas pas avec le dos de la cuiller.
_Ben quoi, c'est pas vrai?"
J'ai fait encore un peu la star, et puis j'en ai eu marre, je suis rentrée. J'étais pas fière. Bien salope de l'avoir autant secoué. C'est vrai, qu'est-ce-qu'il y pouvait. Et moi, j'était mieux?
Cinq jours après, je l'ai rappelé. J'avais deux heures pour un café. Je voulais m'excuser. Il faisait beau, et on a commandé. Après deux trois banalités, il m'a dit:

"_Sur quoi tu bosses en ce moment?"

J'étais séchée. J'ai convié des potes, et on est restés manger.
Tout peut changer ?

lundi 11 octobre 2010

au cabinet

C'est demain, alors j'anticipe.
Portera-t-il une cravate? Ce serait mieux, c'est plus sérieux. Dans le cabinet, pourvu qu'il n'ait pas collé d'arts premiers. Parce que les deux fois, quand j'avais essayé, psy psy, il y en avait. Ca m'agace, le genre l'essence de l'homme, ça me connait. 
On sert la pince ou pas? C'est quoi l'usage?
Les deux premières fois, j'y suis allée comme ça, pour voir. Là, non. Alors cette fois, je vais pas le prendre pour un con. J'espère qu'il posera des questions, sinon rembobiner, j'en ai pour des plombes. J'imagine:
_"Qu'est-ce-qui vous amène?
_Houla, attendez attendez. je vais pas vous servir mon plat de nouilles sans savoir ce que ça va me coûter."
Mon nom, il l'a déjà noté. Prénom? Framboise. Age, 47, j'ai encore de la marge. Trois gosses. Et oui, je bosse.
_"Mariée?"
Ca y est, ça commence. Je le savais. Non, ça, je ne vais pas le dire, parce que sinon, il faudra commencer par là. Ca me casse les pieds de revenir là-dessus. C'est, comme qui dirait, de l'acquis. Et puis, il n'est pas perdu, je sais très bien ou il est, et c'était pas mon mari. Qu'est-ce-qu'il faut dire? Mon pote? Il faudrait dire Machin pour être juste. C'est bien plus précis. Mais Machin, ça ne lui dira rien. Je ne vais pas dire l'homme de ma vie, c'est trop restrictif pour la suite. Si je dis ça, autant ne pas venir.


_"Qu'est-ce-qui vous amène?
_Je viens pour les autres types.
_Hein?
_bon d'accord je viens pour moi".


dimanche 10 octobre 2010

qui c'est qui conduit?

Un vol plané, moteur coupé. Le silence, le soleil, le ciel limpide. Ca  y est, tout est tranquille.

On roule, et d'un coup, c'est beau, c'est haut. J'y pense. Et je me demande qui conduit. C'est Thelma ou Louise? merde, c'est Louise. C'est Louise que je préfère. Pourtant, Louise, elle réfléchit.
Plus tard, je fais le fais le tour du rond point,exprès, trois fois de suite; ça fait rire les gosses et c'est bien.

cortex

J'ai choisi la plupart des images de ce blog parmi une multitude, avec une grande rapidité, pour leur beauté ou leur justesse. L'hippocampe* qu'on trouve quelques billets plus bas m'a fait une impression si forte, à la limite de la peur, que j'ai voulu explorer ce choix. 






Il est certain que j'ai trouvé immédiatement, dans l'expression de cette figure, non pas une ressemblance, mais une attitude, une façon, qui collait parfaitement à l'homme qui motivait ce texte. Puis j'ai constaté que l'objet est d'abord, avant un hippocampe, une pièce d'échec. La conclusion pourrait être facile. J'ai consulté ensuite les caractéristiques biologiques de cette espèce aquatique, qui pourraient également donner lieu à des constructions sans intérêt. Ensuite, j'ai découvert que l'hippocampe est autre chose qu'un animal.


L'hippocampe est une structure paire, qui auparavant faisait partie du cortex ; appartenant au système limbique (groupement de cellules cérébrales qui contrôlent les émotions), et située à la face interne du lobe temporal au-dessus de la cinquième circonvolution (replis du cortex) temporale. Il se compose: du subiculum, de la corne d'Ammon et de la substance grise du gyrus denté. Il joue un rôle important dans la mémoire déclarative , la navigation spatiale et l'orientation dans l'espace grâce notamment aux cellules de lieu et aux "grid cells". L'hippocampe est aussi connu pour son activité de neurogenèse. La mémoire déclarative, aussi appelée parfois mémoire explicite, concerne le stockage et la récupération de données qu'un individu peut faire émerger consciemment puis exprimer par le langage. Elle est responsable de la mémorisation de toutes les informations sous forme verbale, c'est-à-dire celles que l'on peut exprimer avec notre langage. Elle est complémentaire de la mémoire procédurale qui permet l'acquisition et l'utilisation de compétences motrices, telles que faire du vélo ou pratiquer un sport. Il existe deux types de mémoire déclarative: 

La mémoire sémantique,mémoire des faits et des concepts théoriques qui n'a pas de lien avec le temps et l'espace (exemple: savoir qu'une pomme est un "fruit").

La mémoire épisodique, mémoire grâce à laquelle on se souvient des événements vécus avec leur contexte (date, lieu, état émotionnel). 
Selon une étude faite en 2006 par une équipe de l'INSERM dirigée par Francis Eustache et Pascale Piolono, l'hippocampe serait en fait le siège de la mémoire épisodique à long terme, c’est-à-dire l'ensemble des évènements de l'existence dont le souvenir a été conservé. L'hippocampe ne serait donc pas une simple machine à fabriquer des souvenirs stockés ensuite ailleurs, mais bien le siège de ces souvenirs et ceci tout au long de la vie. Cette étude a été faite sur des femmes volontaires, dont le mari avait fourni, pour chacune d'entre elles, cinq souvenirs précis, étalés de l'enfance jusqu'à une période récente. Lorsque les chercheurs ont réactivé ces souvenirs par des indices, ils ont observé que l'hippocampe de ces femmes s'active et d'autant plus fortement que ces souvenirs étaient précis (détails, couleurs, odeurs). 
On se heurte ensuite à un enchaînement typique de Wikipédia.
Néanmoins, l'activation de l'hippocampe au cours de cette tâche traduit très probablement que cette structure cérébrale joue un rôle dans les processus de rappel, c'est-à-dire de récupération de la trace mémorielle. Cela ne signifie absolument pas que l'hippocampe est le siège de la mémoire à long terme. Il est d'ailleurs connu depuis quelques années qu'avec le temps, cette trace quitte l'hippocampe pour siéger dans le néocortex (Bontempi et al., 1999).


Que faire de tout ça? Comment trier? J'ai au moins appris un peu. Il reste, quelques soient les liens à dénouer pour m'expliquer le malaise que m'a procuré cette image, que cet hippocampe résonne encore d'une singulière poésie, qui s'est enrichie de l'imbrication de tous ses sens possibles. Cela vaut toutes les introspections.



*mauvais cheval 2 octobre 2010









samedi 9 octobre 2010

dans la peau de...



...framboise parée

Il y a quelques semaines, j'étais très fatiguée. Au réveil, un matin, alors que mes filles venaient de partir pour l'école, j'ai trouvé sur le petit meuble des toilettes un curieux objet. C'était une boite en fer blanc d'une vingtaine de centimètres de long, par huit à neuf de large, arrondie aux extrémités, avec, sur le dessus, une inscription emboutie. J'ai oublié ce qui était écrit. Des petites ficelles, un peu usées, étaient nouées sur les deux charnières des cotés. J'ai ouvert la boite qui contenait un paquet de Marlboro légères, entamé aux deux tiers. J'avais repris le tabac depuis quelques jours mais je n'utilise pas d'étui. Ce n'était pas, d'ailleurs, un étui dédié à cet usage, car l'objet était bien plus grand que son contenu. Je me suis étonnée de cette trouvaille et je l'ai rangée, sans sortir le paquet, dans mes affaires, avant de me préparer, et  de rejoindre rapidement mon travail. Le soir, j'ai questionné mes enfants au sujet de cet objet. Leur surprise m'a suffi et je n'ai pas discuté plus avant car je sais qu'ils ne fument pas. J'ai envisagé ensuite qu'il avait pu être oublié par le père d'un ami de ma petite, qui était venu chercher son fils la veille, mais cette homme fume des cigarettes roulées. Lorsque j'ai voulu retrouver la boite, elle avait disparu. Je suis peu ordonnée et il m'arrive de laisser des choses à des endroits incongrus. J'ai donc fouillé méthodiquement la totalité de ma chambre, sans succès, et j'ai fini par me résoudre à une nouvelle disparition temporaire, car je suis accoutumée aux petits problèmes que me posent parfois mon désordre. Deux jours après, j'ai renouvelé ma recherche sans plus de résultat, et j'ai fini par comprendre que cette boite n'a jamais existé. Il s'agit sans doute de la persistance d'un rêve au delà de la phase de réveil, mais j'aimerais pouvoir me souvenir du contenu de l'inscription qui figurait sur cet objet.

Ce matin, j'ai trouvé un cafard mort sur le sol de la cuisine. Des campagnes régulières de désinsectisation sont menées dans mon immeuble, mais les vide-ordure ne sont pas encore condamnés. Je l'ai jeté et j'ai noté qu'il faudrait appeler la régie pour qu'elle programme une nouvelle intervention. Deux heures plus tard j'ai fouillé la poubelle pour m'assurer que j'avais bien trouvé puis jeté cet insecte et qu'il n'était pas le produit d'une hallucination du même genre que la boite. L'insecte mort était bien en place. Pourquoi avoir voulu vérifier? 
Tout simplement parce que je ne me fais plus confiance, bien que je remplisse la totalité de mes obligations quotidiennes, avec ni plus ni moins de soin que n'importe qui.

J'ai ensuite pris ma voiture et j'ai sonné à un portail. J'ai dit à l'homme qui m'a ouvert que je ne souhaitais pas entrer. Je l'ai informé de ma  décision de consulter un psychiatre. J'ai expliqué que les difficultés que je traverse ne sont sûrement pas, comme il le pense sans doute aussi, à l'échelle de leur évènement déclencheur, et que c'est précisément cela qui justifie un suivi thérapeutique. J'ai éliminé la question de sa culpabilité vis à vis de mon état, car il m' en a souvent parlé, en précisant que je ne vois pas pourquoi on devrait être puni de ce qu'on n'a pas pu faire. Que même ce qu 'il n'avait pas voulu faire ne pouvait justifier qu'il s'en sente coupable. J'ai évoqué mes difficultés à accepter la réalité tel qu'elle est. Les échecs successifs de mes tentatives de rationalisation pour lutter contre mon mal-être. Puis j'ai fermé la porte qu'il ne parvenait toujours pas, depuis trois mois, à clore, pour des raisons qui me resteront inconnues. Son entrebâillement était pour moi une complication et une source de souffrance supplémentaires. Je regrette déjà de l'avoir fait. J'ai verrouillé cette porte contre mon gré, et je ne sais pas encore si cela me sera salutaire.  Il m'a dit soigne-toi bien quand je suis partie.
Je voudrais croire à sa bienveillance.

jeudi 7 octobre 2010

mes stats

Dimanche, j'étais zinzin, mais il y avait pire. Je n'ai pas vu le médecin. Etant arrivée seule, je n'étais pas si grave. Je vous l'ai dit plus bas: quand on sait patienter, l'attente suffit pour thérapie. Les urgences psychiatriques... c'est la cour des miracles. A mon retour, un peu guérie, j'ai pondu mon billet. Aux dingos, qui m'avaient soignée, j'ai fait mon ex-voto. C'était encourageant, mais ça n'a pas suffi. J'avais encore à dire, et j'étais fatiguée. Je me sentais bien seule, et quand même un peu folle.  J'ai eu une autre idée. 
Tout en haut de ma toile, un oeil a clignoté. Il disait Allez, clique. J'ai consulté mes statistiques.
Pour chercher qui me lit. Avec le web, on peut tout voir... Je n'ai pas trop su qui... mais un peu ou ils crèchent. Mon esprit de conquête s'est trouvé satisfait. Des gens me lisent aux Amériques ! J'ai des fidèles en Israel. C'est peut-être un peu loin, mais j'ai des Canadiens. J'en connais au moins un*: ayant rempli son Quizz, pour lui je suis The One. J'ai séduit des Lettons. Je sais que j'ai dit ons, je pourrais bien dire onnes. Il est des heures tardives où elles sont aussi bonnes.  Mais on ne se refait pas, mes anonymes sont mâles. Les Français, ils dominent, mais c'est un peu banal. Les Germains, c'est pas mal, mais ce sont nos cousins. Les Russes, ils sont rustiques, mais bien plus exotiques. Jeanne d'Arc, tu n'es pas cuite: j'ai soumis les Anglais. Hong Kong a lu le Gong, et au Japon, je colonise. Le Tyrol me méprise, mais je ne suis pas très cuir. L'Australie? Elle m'ignore. Mais j'ai conquis des îles. Même la Nouvelle-Calédonie. J'ai des adeptes aux antipodes.
Un Hollandais semblait acharné. Je suis une fan d' armoires à glace. J'ai voulu le rejoindre. Ne pouvant prendre un zingue, j'ai appelé ma copine, vite fait, sur le gaz.C'est une fidèle lectrice. Son moteur est au Pays Bas. Le Big Brother est un gros naze. 

Ah oui, et puis...J'ai cherché les mots clés de ceux qui m'ont trouvée. Il y a Pet, Bocal... Normal. Il y a aussi...


veuve à poil. 


*10 putes.com, le blog perso poussé à son paroxysme.

mercredi 6 octobre 2010

c'est trop injuste

Il y a longtemps,  un homme que j'ai quitté m'a harcelée chaque soir au téléphone pendant quatre mois. Il a pratiqué suffisamment de lobbying pour que je n'aie plus aucun ami à mon retour ici. Il m'a réclamé les cadeaux qu'il m'avait faits (je lui ai rendus), a jeté une partie de mes affaires, dont l'ensemble de ma comptabilité, qui représentait deux ans d'activité. J'en ai déduit que je l'avais mal quitté. Voilà comment j'ai toujours fait: quand j'ai dû arrêter une histoire, j'ai dit  je ne te désire plus,  je ne t'aime plus, ou bien  je ne peux plus car cela s'est également présenté . Je n'ai jamais proposé l' amitié, n'étant pas sûre de l'honorer, même si, parfois, c'est arrivé. Et je n'ai jamais dit tu n'es pas ci, ou tu es cela, parce que je trouve ça... trop injuste.

et vous, vous faites comment?

GONZO!!


"Mais qu'est-ce-que tu foutais aux urgences psychiatriques?" Euh...ben je faisais du gonzo-journalisme.
Le journalisme gonzo (en anglais gonzo journalism) est une méthode d'investigation journalistique axée sur l'ultra-subjectivité, inventée par Bill Cardoso et popularisée par Hunter S. Thompson qui, pour écrire Hell's Angels: The Strange and Terrible Saga of the Outlaw Motorcycle Gangs , s'était intégré dans un groupe de Hell's Angels, était devenu motard et avait adopté leurs conditions de vie pendant plusieurs mois.
Le parti pris par le journaliste gonzo est d'informer le plus possible son lecteur sur la nature et l'intensité des facteurs « déformant » son point de vue. Ainsi il peut, en faisant appel à son sens critique, recomposer ensuite une image vraisemblable de la réalité. Décrire les ondulations d'un miroir aide à retrouver la forme réelle du reflet anamorphosé qu'il projette. (ça, j'ai pas compris :-) Il s'agit, pour l'auteur, d'assumer jusqu'au bout la subjectivité de son propos.


GONZO!

mardi 5 octobre 2010

31 quand j'étais

Quand j'étais fatiguée, et que je m' inquiétais,
il disait tu es belle, il faut te reposer. 
Quand j'étais casse-pieds, il disait tu l'es, 
mais seulement quand je l'étais. 
Quand c'était compliqué, il tentait d'expliquer.
Quand j'étais triste, il disait que se passe-t-il? 
Quand c'était difficile, tu vas y arriver. 
Quand je lui parlais, il me répondait.
Quand c'était impossible, il disait moi non plus, je ne l'aurais pas fait. 
Quand je réussissais, il disait  je le savais. 

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lundi 4 octobre 2010

vie en rose

Que faire un beau  dimanche après midi ? Allez, les urgences psychiatriques.
Nom, prénom, date de naissance, adresse. Il écrit Provence, je rectifie, je cligne: votre accent fait le i ? Il sourit. Situation de famille. Qu'est-ce-qui vous amène?


Il faudra patienter. La salle est claire. Plantes vertes, banquettes, cabine téléphonique, affiche sur le préservatif. En face, mal accrochée, une croûte orangée, avec un homme enturbanné. Nous sommes nombreux. Chez le dentiste, on se tait, la roulette grince à côté; on feuillette des revues, poisseuses et écornées. Mais pas ici. C'est très animé. Je ne vais pas m'ennuyer.

Sur le grand canapé, un  couple et une adolescente, très maigre, qu'on vient vite chercher. L'homme  se met à parler. Ses yeux sont vifs et bleus, et son crâne est rasé. Il est doux. Il rassure sa compagne. Belle, mais fatiguée.
_C'est de ma faute, j'aurais dû le voir.
_Dis toi que c'est une chance. Elle ne veut pas grandir. C'est toujours la même chose. A chaque fois qu'elle passe une étape, c'est pareil. Il faut qu'elle apprenne. Elle a fait ça pour la sixième, après pour le stage, et maintenant c'est le bac. Elle laisse toujours tout tomber. Elle a peur qu'on la laisse si elle réussissait. On va d'abord lui donner des médicaments pour l'apaiser. Elle dort à l'hôpital ce soir, ils ont trouvé une place, c'est bien. Ensuite, elle aura un suivi adapté. Sinon, elle recommencera. Elle abandonnera son premier travail au bout d'une semaine, son mari au bout de trois. Ce qu'elle veut, c'est rester chez toi. C'est maintenant qu'elle doit s'occuper d'elle. Après, ce sera trop tard. Elle sera toujours comme ça, mais là, elle saura faire avec.
_Je m'inquiète.
_Non. Maintenant tu sais ce qu'elle a. Ils savent quoi faire. Laisse-les, ils lui parlent. Ce sont des professionnels. On revient tout à l'heure, mais là, on s'en va.


En vis à vis, une femme âgée, avec un homme, assis, en robe de chambre. Son fils. Il a le regard fixe, les mains sur les genoux. Elle me demande ou est le tramway. C'est facile, et  tout près.


Une mère accompagne sa fille, la vingtaine, qui erre dans la pièce,  les yeux fermés. Elle cherche, du bras, son équilibre. On la retient, mais elle se cabre. On la câline, on l'assied. On l'emmène.
_On l'a calmée, elle va s'endormir, vous pourrez rentrer. On fait la fiche, et on vous appelle un taxi. C'est la première fois?
_Oui.


On sonne. Deux femmes, semi-clochardes, arrivent avec des paquets, se vautrent. Elles ont l'air habituées. La vieille, énorme, porte un ensemble rose, dans un tissu fleuri, mou, éculé. La seconde est plus jeune, marquée, et pleure beaucoup. Ses bottes sont délacées, tombent sur ses chevilles. Sans cesse, elle roule, sort pour fumer, sonne, entre, roule, demande l'ouverture des portes, fume, sonne.
L'homme commence à pleurer. La grosse dame interroge.
_C'est votre fils?
_Oui, il est comme ça depuis ce matin. Il se met à gémir, puis à hululer. La grosse dame:
_Vous savez, c'est plus dur de quitter un fils qu'une fille. Mais là,  faudrait couper le cordon, non?
Il se lève, la mère le calme :
_Arrête j'te dis, ça suffit. Il pleure, à gros sanglots. Elle lui tapote la cuisse:
_Tu dois être un peu dépressif.
_Il a besoin d'amour. C'est plus dur de quitter un fils qu'une fille. Moi je le sais.Alors je vous le dis.


Monsieur, venez, on va vous aider.


Sonnette. Un homme entre à grand bruit, pantalon déchiré. Sans doute un abonné. Il ferait peur la nuit. Passant derrière l'accueil, il lance, gentil :
_Bonjour mes petits fils, mes trésors, ça va bien aujourd'hui mes petits chéris? Mes coeurs, mes petits agneaux, je vous aime fort. Il entre dans le service, on l'attrape.
_Je vous aime! PAPA! PAPA!! L'infirmier:
_ Chut, moins fort.
_Je vous aime! Je vous aime, I love you!
_Allez, sors!
_Salut! 
Plus tard, on entend dans la rue:
PAPA! PAPA!


La dame en rose soupire. 
_Y a du monde aujourd'hui. On aurait dû venir demain. Moi, dans dix minutes, je dors. 
Viens, on s'en fume une. Elle sortent, grillent, sonnent, reviennent.
A sa voisine, qui roule, et pleure encore:
_Quand on était SDF, avec Jean, on faisait que les grands hôtels. Tu comprends, depuis l'apparition, moi je cherchais. Je le connaissais avant qu'il soit né et avant qu'il soit mort. Quand je l'ai revu, je ne l'ai pas cru, et je lui ai demandé ses papiers. Une apparition comme ça, ça n'arrive qu'une fois. Toi, t'étais petite, tu t'en souviens pas, mais moi, je le connaissais.
Moi je vais te dire pourquoi les gens sont là. Ce qui leur faut, c'est de l'amour, y a que ça.
L'autre femme se redresse. Elle a l'air énervée.
_Pourquoi Pascal a voulu s'occuper de mes cheveux l'autre jour? C'est bizarre tu trouves pas? Pourquoi il a fait ça?
Laquelle des deux vient consulter?
_Ah, me parle pas de ce singe! C'est un taré! Un singe! Affreux! Ma mère était folle, alors! Un déséquilibré! Je supporte plus ces gens là! Mais toi, franchement, je sais pas comment tu fais. Si j'avais un truc comme toi dans mon ventre, ça fait longtemps que je l'aurais fait enlever. Comment tu peux supporter ça? C'est vraiment gros ce truc, comment tu fais? Un singe, voilà ce que c'est. D'ailleurs, toi, quand t' étais petite, tu regardais la Panthère rose. Tu faisais que ça, être devant la télé. Tu la connaissais, la panthère rose?
_Oui, je la connaissais, je la regardais tout le temps. 
_Mais tu l'avais vue ou avant?
_Je la regardais, c'est tout.
_Oui mais avant?
_Je me rappelle plus. J'ai quitté la panthère rose pour un gorille.


_Bonjour mes trésors! ça va mes petits agneaux?
PAPA!! PAPA!!


Il y a encore du monde,  je vais devoir y aller: un seul toubib. Mais je me sens  mieux qu'à l'arrivée. Je vous jure que c'est vrai. C'est beau la vie en rose.


*mon préféré, c'est le fils à papa


samedi 2 octobre 2010

mauvais cheval


J'ai débuté ma vie amoureuse à  17 ans. J'ai quitté, on m'a quittée à plusieurs reprises sans que j'en garde des traces douloureuses. Je conserve de bons souvenirs de ces premiers pas.

A dix neuf ans, je m' installais dans l'atelier d' un homme de dix ans mon aîné, sans avoir eu, à aucun moment, l'envie du définitif. Il me peignait, cela me plaisait. Mondain et oisif, il me sortait, disait-il, de mon milieu, se targuant, fier, devant ses amis, de me faire à sa main. Cela me plaisait moins. En son absence, je posais autrement, et avec d'autres. Lorsque j' eus la certitude de perdre mon temps, je le laissai... pour m'installer, sans délai, dans un nouveau couple.
Il était fin, attentionné, et il m'aimait. Il  voulait m'épouser. Je me suis débinée. A 27 ans, je m'envolai pour l'étranger. Je ne voulais pas vivre avec un homme qui ne voyait en moi que ce qui l'arrangeait. Je compris, assez vite,  qu'il n'y pouvait rien. Qu'il ne voyait que ce que je lui donnais à voir, pour lui faire plaisir et être sûre d'être aimée. C'était trop tard. Il me fallait d'abord vivre seule, et me construire en liberté. Je me fis la promesse de ne plus jamais tricher, quitte à ce que l'on me quitte. Mon isolement,, nouveau, fut aussi riche que difficile. La solitude  débarrassa ma frilositéLà bas, j'eus une histoire passionnelle, mais éphémère, qui solda définitivement  le couple moribond que j'avais décidé de fuir. Ce fut une bonne chose.
Une ombre tout de même : après que l'homme de cette passion m'ait quittée, alors qu'il était à 6000 kilomètres à vol d'oiseau, avant de rejoindre mon travail, je l'attendis trois mois durant, chaque matin au café Bleibtreu, au pied de la Station Savignyplatz. Avec à l'heure de partir, la parfaite conscience de l'absurdité de cette habitude. Je dus lutter contre moi-même, pour en finir avec ce rituel sordide.

Deux ans après mon retour, je rencontrais l'homme avec qui j'ai passé quatorze années de ma vie, jusqu'à ce qu'il meure, un mercredi soir, d'un infarctus massif. 


Aujourd'hui, sa mort a fixé la certitude d'avoir aimé, et d'avoir été aimée comme je ne l'aurais pas espéré, et  exclu toute dégradation possible de notre lien. 
Pendant les premiers mois de mon deuil, j'ai parfois pensé à l'expérience berlinoise, qui m'a peut-être aidée à déjouer les pièges du déni, de la complaisance et des petits arrangements avec la perte. J'ai combattu, et je m'estime aujourd'hui capable de vivre avec la réalité quotidienne de cette mort. 

Trente mois plus tard, je me suis sentie prête à rencontrer un autre homme et c'est arrivé. J'ai abandonné ma réserve au bout de quelques semaines, avec pour projet de me consacrer à lui sans restriction, sans avoir à cesser d'aimer celui qui, pour toujours, a disparu. J'ai décidé, malgré les difficultés, d' inscrire cet homme dans la continuité de ma vie, sans pour autant me projeter à long terme avec lui, parce que la précarité s'est définitivement inscrite en moi. La construction me paraissait d'autant possible qu'il m'était très étranger, et qu'il n'y avait aucune chance de tenter de reproduire avec lui ce que la mort m'avait pris. Il ne m'a pas suivie.

Cette rupture suit-elle de trop près ce que j'ai dû affronter avant pour me permettre une résistance efficace? Ma vitalité, mes enfants, mes obligations quotidiennes, l'intensité de mon travail, et la possibilité d'un recours à mes proches ne suffisent pas pour contourner les assauts de détresse, ni pour m'armer dans ce sevrage forcé. Je vis très mal cette  séparation et je ne parviens pas à trouver les moyens de m'affranchir. Pourtant, la relecture des sept mois que je viens de vivre aboutit à une si implacable conclusion, qu'elle devrait me permettre de rebondir sans souffrir.  Je n'encaisse pas sa brutalité.  
Je refuse de prendre mon mal à la lettre et je veux que cette expérience me serve. Pour autant, il m'est difficile de penser ma manière d'être actrice de cette rupture. Qu'est devenue ma lucidité? Il m'est insupportable de m'être attachée à un homme qui, dès le départ, ne m'a jamais envisagée, ce qui signifie que j'aurais, de manière volontaire, misé sur le mauvais cheval. Cela reviendrait à dire que les évènements auxquels j'ai fait face m'ont rendue inapte. Que je me serais battue pour rien. Je refuse cette éventualité. A qui me fier,  si je ne peux plus me fier à moi-même?
Après l'avoir sauvée in extremis de la corbeille de mon ordinateur, (j'avais, l'espace d'un instant, décidé que j'étais capable de faire table rase, et qu'il n'y aurait pas plus d'explication à cet échec que l'échec lui même), j'ai mis bout à bout l'ensemble de notre correspondance. Elle fait état d'un véritable élan, puis d'un point de basculement vers l'irréversible, puis d'une longue période d'aveuglement conscient, qui me renvoie douloureusement à l' inutile attente matinale au café Bleibtreu. Il est clair pourtant que cet homme, je ne l'aimais pas. Mais aujourd'hui, je voudrais, bien inutilement, que cet homme me regarde et me dise:

TU AS PARIE SUR LE MAUVAIS CHEVAL, 

MAIS TU NE POUVAIS PAS LE SAVOIR.



vendredi 1 octobre 2010

add sense

Ce soir, je n'ai pas d'histoire à vous raconter.

800. Chaque jour, ce mois de septembre, 26,66 personnes sont passées ici. Combien en réalité? pour le savoir, pas moyen. Vous ne venez pas tous les jours, alors, pour moi, c'est énorme. 
Je n'aimerais pas être à la place de la 0,66ème personne, parce que cela doit être très inconfortable de ne pas être entier. 0.66, je vous félicite, il faut vraiment le vouloir. Etes-vous de ceux qui cliquent de la bouche ou du pied?  
En juin, un seul billet. Autant dire, la plage. Juin, c'était bien, après, ça c'est gâté. Septembre, vingt deux, et encore. Vingt cinq brouillons non postés: la fange du blog, l' égout, le trop plein. Je suis honnête, mais j'esthétise: je trie, j'enlève le purin.
Il existe un gadjet nommé Adsense, qui permet d'ajouter de la publicité sur un blog. Tu cliques, je prends le fric. On pourrait comprendre add sense.
Je sais, mes billets, ils ne sont pas très gais. Alors non, je ne vais pas attendre 4000 pour vous remercier d'accepter cet échange de bons procédés, et on va rester sur la gratuité. 


*mon compteur compte le nombre de visiteurs en 24 heures, mais ce n'est pas la peine de venir plusieurs fois par jour, car il ne vous compte qu'une fois. Tricheurs!!