dimanche 26 septembre 2010

raconte moi ta vie

Je voudrais pouvoir y aller deux fois par semaine. La fois précédente, ça n'allait vraiment pas. Il fallait mettre un tablier et des gants. Il y avait sur sa tablette une petite bouteille que sa mère lui avait ramené de Lourdes. Il m'avait dit qu'elle lui avait reproché de ne pas l'avoir bue. On avait ri car j'avais répondu que beaucoup trop de gens mettent les mains là dedans, et qu'il récolterait une bonne chiasse, dans le meilleur des cas. La dernière fois, à l'hôpital, il était parti, mais il n'y a pas eu de miracle.

On l'a installé chez lui, dans le salon de son appartement, et il préfère être là. J'ai apporté des petits gâteaux et il choisit celui à la framboise, ça m'amuse. Le télévision diffuse un documentaire sur les crocodiles. Il me dit qu'elle est allumée en permanence, mais qu'il n'écoute pas toujours.
Deux portes fenêtres donnent sur une petite cour plantée, à l'usage de l'ensemble des habitants de l'immeuble. C'est le début de l'après midi, mais les rideaux sont tirés, et la pièce est sombre. Je voudrais faire entrer le soleil. Les haies sont taillées trop bas. L'intimité dans les logements à rez de chaussée, c'est délicat. Il s'inquiète du bassin au pied de son lit, et je réponds que ce n'est pas là que se loge sa dignité. Il me dit je déprime, mais je ne voudrais pas que ça se voie. Je lui dis que c'est normal d'avoir peur. Parlant de l'achat de mon appartement, il m'explique qu'aucune assurance ne lui consentirait un prêt. Qu'il aurait pu mentir avant mais là, ce n'est plus possible. Un recueil de poêmes de Francis Ponge est rangé à côté de lui. Je regrette de ne pouvoir en parler car je n'ai pas lu cet auteur. Je lui raconte ce que font mes enfants. Je lui demande s'il s'entend bien avec le personnel médical qui le visite trois à quatre fois fois par jour. Oui, ils sont formés pour ça. Il préfère tout de même deux femmes_ils sont quatre_ et trouve que l'infirmier lui dit parfois les choses un peu trop brutalement, qu'il aimerait qu'il mette plus de formes. En rentrant, je me demande ce que je vais lui dire la prochaine fois, parce que je n'aurais peut-être pas beaucoup de nouveau dans trois jours.

S'il veut bien, je lui demanderais de me raconter sa vie à lui, en entier.

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