samedi 4 septembre 2010

pandi, panda, pendu



Quand on dort peu, on ne vit pas mieux. Des insomniaques, il y en a plusieurs types. On peut, en les regardant bien, faire des catégories.
J'en connais quelques uns.






D'abord, les voluptueux, que les cieux étoilés maquillent de cernes bleues .
Ceux qui pour compenser, se perdent en excès, et gonflent leurs paupières, ce sont les alcooliques. D'autres, seuls dans leur draps, sèment des voies lactées ; les pauvres, privés, n'ont pas le regard frais.
Les pandas négatifs, qui portent sous leurs yeux de sombres auréoles, ce sont les dépressifs.
Il reste les anxieux, qui tissent sans fin dans l'ombre les fils de leurs histoires, et au matin se vident ; s'ils ont le regard vif, leur oeil est souvent creux. J'en fais partie.

Un jour, lassée de ma double vie, j'allai voir un médecin, pour enfin, dormir. Rompu à cet exercice, il se mit vite à l'analyse, en quête d' évènement déclencheur. Sans crainte du paradoxe, j'évoquai, sans chercher, une plage de deux heures d'un unique soir, ou je n'aurais pas dû m'assoupir: j'aurais dû être ailleurs. La cause identifiée, il n'y avait rien à faire, à part les somnifères. Sujette à l'addiction, je refusai, sauf en cas d'exception, toutes ses propositions. Le débat était clos. Me saluant, il me dit que tout de même, de ces nuits blanches, il faudrait tenir un registre. Je payai ma consultation, et quittai le généraliste.
Deux jours après, dans un petit carnet, je commençais mes bâtonnets. Un par nuit. Le temps passait, je continuais. Au fur et à mesure, et sur un pas de quatre, je tirais, sur ces traits, des lignes horizontales. J'obtenais des clôtures.
Je m'ennuyais.
Au bout de quelques mois, n'aimant pas m'enfermer, je supprimai les lices, et mis mes nuits en perspective. J'augmentais mes formats, et composais, patiemment. Mes tuteurs, ménageant des allées, formaient des alignements. Croisés, ils dessinaient des parcelles, qu'en trames régulières, je remplissais. Et un matin à marée basse, je découvris , sur ma page, un  vaste champ mytilicole. C'était beau, mais... 
Je ne pouvais plus compter, j'en eus vite plein les bottes.
Un jour, à l'école, attendant l'ouverture des portes, je laissai trainer mes oreilles. Une étudiante , flemmarde et un peu bête, sur un ton dramatique, décrivait ses charrettes. Elle se sentait menacée. Les nuits blanches répétées, disait-elle, réduisaient l'espérance de vie. On s'enterrait soi-même, chaque nuit manquée était un coup de pelle. Quelle idiotie. Je me moquai bien d'elle. Ne dormant pas,  il était évident, logique, qu'on vivait plus longtemps. Entre mort et sommeil, elle pouvait bien choisir: les lundis, pour mon cours, elle n'avait qu'à venir, mais il lui fallait un réveil.
Oubliant sa bêtise, j'eus le soir même, marquée par l'actualité, une nouvelle insomnie. Au fil de mes heures de veille, de plus en plus agitée, je m'identifiais aux futurs condamnés, que l'on avait à peine jugés. En plein délire, à l'aube, de victime, je passai à bourreau, et en toute innocence, fatiguée des bouchots, je me mis aux potences. C'était un jeu paisible, inspiré de l'enfance. En premier lieu le socle, le poteau, l'équerre  et la corde, pour former le gibet. Cinq traits. Puis le pendu. La tête, _un petit cercle_, puis en segments, le tronc, les bras  les jambes. Et ainsi de suite. Mes affreux périssaient, mais compter en base  onze, ce n'est pas si pratique. La structure était bonne, mais le corps faisait six. Si j'omettais la tête, c'était la guillotine. Si j'omettais la corde, le pendu s'en allait.
La nuit porte conseil. On peut, sans coup férir , pendre un manchot, ou un unijambiste : limpide, base dix. Rajoutant des kikis, j'ai varié les plaisirs, d'une série à l'autre, miroitant les dessins, enlevant bras ou jambes, jouant l'asymétrie.
J'en ai occis cinquante, et ça fait cinq cent nuits.

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2 commentaires:

  1. Le pendu est libre, et plutot dangereux, tu le verras ici: http://alanbecker.deviantart.com/art/Animator-vs-Animation-II-50891749

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  2. bonjour! j ai reussi a aller sur votre blog ;cela m a l air a premiere vue tres interessant! du coup j ai deja gagne ca!!!!! je vais donc ces jours ci vous lire;ce qui est evident c est qu ici je me sens mieux;beaucoup mieux que sur m;je me sens comme a la maison c est a dire dans un endroit de verite;je suis sud enhaut a bientot ps comme je vais etre publie ici j ai pense que m allait mieux que le nom du site en entier

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