dimanche 29 août 2010

ma cousine était fine...

...et délurée.
Au bord, du canal, aux mariniers, elle chantait, très fort, sur l'air de "Comme les Rois Mages", de Sheila:

Comme les Arabes, aux cabinets
suivaient des yeux les rouleaux de papier
Je te suivrais, ou tu iras j'irais
fidèle comme une ombre
jusqu'à destination....

j'avais honte, mais je gloussais.

Je vous propose de finir sa chanson, et je vous joins ,en bonus, 25 secondes d'une excellente musique.Comme nous sommes politiquement corrects, nous remplacerons Arabes par Bananes , qui est, musicalement,équivalent, et poétiquement plus chic. En plus de ça, assorti à mon profil de bloggeuse. Je vous laisse consulter les paroles d'origine. Laissez vous porter par l'actualité. Par exemple, on peut remplacer aventureux par Hortefeux.

PS: Il se trouve que ma cousine est, maintenant, en Amérique. Elle sort avec un Black, ça fait bien chier son père.



Découvrez la playlist rois mages avec Sheila

samedi 28 août 2010

sainte bernadette, sauvez-nous

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« Le premier qui voit les cheminées a gagné »
L'apparition au loin, de la cimenterie, débutait nos vacances de Pâques, d'été, ou d'automne. Nous allions chez mes grands parents, entre Nevers et La Charité. C'était un ancien bistrot, que j'aurais aimé connaître, planté au bord du canal de la Loire, avec, en face, son alter ego. De cette première vocation subsistaient deux portes battantes, qui nous évoquaient un saloon, séparant la cuisine de la salle du café. Au débouché du pont, à dix pas de l'écluse, la maison donnait sur la rue, et voisinait une station service. A l'opposé, en contre-bas du chemin de halage, une cour encaissée assurait aux enfants l'espace nécessaire et la sécurité. Côté canal, un gros tilleul donnait, en juillet, ses fleurs pour la tisane que consommait, chaque soir, ma grand-mère.
Elle parlait peu, et n'était pas marrante. Elle avait de l'ouvrage  un sens aigu. Aucun du temps perdu. Elle retouchait, reprisait, coupait, cousait pour le village. Nous retrouvions là-bas ma cousine, mon cousin, Parisiens et proches en âge.
Mon grand-père, ancien ouvrier de l'usine de ciment qui lui avait pris deux phalanges, profitait d'une retraite méritée. Il avait acheté, à une centaine de mètres, un grand garage à voûte métallique et, attenant, un terrain pour le jardin. Il y passait l'essentiel de son temps. Il réparait les voitures, les solex des adolescents, étudiait Paris-Turf et le Chasseur Français. Il entretenait, avec un soin professionnel, son immense potager, qui assurait, avec la pêche et la chasse, une autarcie presque parfaite. C'était son domaine réservé, ou venait rarement sa femme. Nous y étions, nous aussi, peu admis. Une fois, entrés sans lui, nous découvrîmes dans les tiroirs, mêlées aux outils, _mon cousin fut ravi_ des images de femmes dans des poses écartées. Notre grand mère nous envoyait, France et moi, le chercher, là-bas, à onze heures cinquante pétantes . S'il portait son tiercé, nous le trouvions au café, avec ses potes, et un petit ballon de blanc. Il rajustait alors son béret et nous suivait, nous demandant gentiment ce que nous avions fait. Par chance, s'il était plus tôt, il nous offrait un diabolo menthe.
Mon père, à peine arrivé, disparaissait avec son frère, pour pêcher dans la Loire, débusquer le chevreuil, la bécasse et le sanglier, ou ratisser la girolle. Au retour, jamais bredouilles, ils écaillaient, vidaient, dépeçaient, plumaient,  buclaient, équarrissaient, laissant aux femmes, classiquement, lavage et épluchage. Ma mère, placide, restait là, et se joignait en alternance, entretenant la conversation, à la cuisine et aux travaux couturiers. Ma tante, elle s'ennuyait. Elle sortait en voiture, et dépensait en babioles . Elle ramenait en souriant, pour sa fille et pour moi, de menus objets en verre soufflé, des petits sacs, des écharpes, des miroirs de poche pailletés. Mon oncle enrageait de cette futilité, et publiquement, au repas, en faisait tout un plat. Sa mère, en quelques mots efficaces, le soutenait, et elle, pendant qu'il l'humiliait, se taisait. On la trouvait trop dépensière.
Je le trouvais avare, et méchant. Il y eut une période ou le soir, il épiait, en silence, mes conversations avec ma cousine. Nous chuchotions prudemment. Parfois, il ouvrait brutalement la porte, avec un sourire qui me terrifiait. France, habituée, me disait « laisse faire ». Une fois, elle m'avait raconté que rentrant un peu tard de l'école, elle avait rencontré son père, qui lui avait dit: « Salope ! ». Elle avait dix ans. Elle me confiait que ses parents, sans cesse, se disputaient violemment. Qu'une fois, très en colère, il avait encore frappé sa mère, qui s'était cassé le bras en tombant. Il faut dire qu'elle buvait. Ce fut, pendant des années, notre secret. Je le haïssais.
Nos jeux étaient variés, mais peu recommandables. S'il pleuvait, nous jouions aux cartes. Le pouilleux massacreur déchaina, trop peu de temps, nos passions. Ma mère, découvrant un jour nos mains bleues, imposa son interdiction. A la fin de la partie, le perdant posait, stoïque, sa main sur la table. Les autres, chacun leur tour, énumérant les cartes restantes, infligeaient leur sanction. Cœur, une caresse, accompagnée d'un sourire niais. Carreau, un brutal coup de poing. Trèfle, un pincement féroce, grimaçant. Pique, l'index planté avec force . Il fallait des ongles. Mon frère les rongeait. Pendant ces joutes, de loin le plus solitaire, il remplissait, de ses élucubrations, l'almanach Vermot et les agendas offerts par Poliet et Chausson.
Il y eut aussi les lézards. Mon cousin , leste et expérimenté, savait les attraper. Il les plaquait au mur. Il inventa un jeu captivant. Chacun le nôtre, comme des petits chevaux, nous leur faisions passer des tests. D'abord, la baignade, dans le haut fût qui récupérait l'eau de pluie. Puis nous les réchauffions, les recouvrant de terre, en appuyant un peu. Ensuite, ils subissaient le test du labyrinthe, confectionné par nos soins. Ayant coupé leur queue par réflexe, et fatigués des premières épreuves, ils n'étaient guère agiles, et ne passaient plus les murets. Enfin, une fois bien entrainés, nous les propulsions dans l'espace, au moyen de boites de conserves catapultées . Ils récupéraient, au final, s'ils pouvaient, dans des chambres de décompression. Nous leurs parlions, les félicitant de leur résistance. Souvent ils mouraient, parfois non. Mon cousin fut, un jour, avec son poulain, un peu moins mort que vif, le plus créatif. Sans rien dire, il lui attacha une ficelle, et le jeta sur la route, réglant avec précision la longueur sur la trajectoire des pneus. Nous attendions, silencieux. Le fait accompli, il lança un rire diabolique qui me mit longtemps mal à l'aise.
Le clou, c'étaient les péniches, et l'éclusier. Nous regardions, du pont, leur passage. Vidage, ouverture des portes, entrée, lancée des cordes, amarrage. Profondeur insondable, ascenseur. Remplissage, montée, détachage des cordes, ouvertures des portes. Jamais un raté. Pourtant, avec les mariniers, l'éclusier éclusait.
Nous rêvions de la Loire, mais c'était interdit. Cette rivière capricieuse angoissait ma grand-mère. Il y avait eu des noyés, emportés loin par le courant. Les bancs de sable s'affaissaient, sous le poids des pêcheurs imprudents. La Loire les engloutissait. A cause des tourbillons, des barques chaviraient.
Tout au plus, le canal, mais pas pour se baigner: c'était sale. Nous adorions la pêche, dûment accompagnés. Mon père était patient, mais démêlait nos lignes en râlant. Nous gâchions les amorces, et parlions bien trop fort. En rigolant, Il râlait encore, et nous félicitait d'avoir si bien ferré, finalement. Le soir, c'était friture. Les têtes me dégoûtaient, je triais. Mon oncle se moquait. Je regardais sa femme, qui mangeait tout, voyant qu'elle se forçait.
Je ne comprenais pas comment deux frères, sortis d'un même moule, puissent être aussi différents. Mon père était pudique, mais gentil, aimant. Il y avait là un mystère qui me tourmenta longtemps.
Le dimanche à onze heures, il y avait la messe. Avant, séance de bigoudis. Ma grand-mère y tenait, coupant court à notre impatience: « Il faut souffrir pour être belle ». Dans l'église, nous réprimions nos fous rire quand les bigotes se mettaient à chanter. Le mieux, c'était quand même l'hostie. De temps en temps, nos parents absents, avec ma cousine, ma grand-mère nous envoyait nous confesser. Nous ne savions pas quoi dire. Pourtant, des trucs, il y en avait.
Après l'office, ma grand-mère rentrait. Pour nous, c'était la fête, chez la cousine Jeanne, qui offrait l'apéritif. Avec Gus, son mari aux oreilles gigantesques, ils vénéraient les enfants, et roulaient les R. Chaque fois, elle préparait un cake aux raisins, mouillés au rhum, dont je raffolais, comme toute la famille. Elle nous servait en riant sa crème de cassis. Leur nom, ils le portaient sans honte: Crotté. C'étaient eux, les anciens tenanciers du café.Leur fille serait toujours jeune. Son portrait, noir et blanc, posé sur un vaisselier aux napperons empesés, ne me semblait pas vrai. J'avais du mal à croire qu'ils puissent être aussi gais, étant marqués par le drame. 
Depuis, je sais.
Ma grand-mère aussi, faisait d'excellents desserts. Mais ils n'étaient pas bons. C'était toujours le même commentaire: "Pas mauvais". Le plaisir était-il coupable?
Quand les garçons étaient absents_ou étaient-ils... à la Loire?_on nous formait à la couture. Nous faisions les ourlets. Ma cousine s'appliquait. Ma grand-mère la jugeait minutieuse, douée, et regardait sa belle fille, qui ne savait pas tenir une aiguille. Elle nous confectionna, un jour, des pantalons écossais qui grattaient les cuisses. Le même imprimé, pour moi rouge, pour France, vert. En bas, des boutons dorés, et un gilet assorti. Je ne suis pas sûre qu'on s'en trouva fières.
Je me souviens des reliques de Bernadette de Nevers. Un jour, pour nous sortir, on décida de nous montrer ça. Sanctifiée, son corps était, disait-on, intact, dans une châsse de verre. J'avais peur. Ma cousine, le soir précédent, m'avait dit des choses sur les morts de l'Eglise. Régulièrement, leur sang, figé dans des flacons, se liquéfiait: c'était leur anniversaire. D'abord, on passa aux Dames de France, pour prendre du fil, et des fermetures Eclair. J'avais mal dormi. Il a fallu y aller. J'étais terrorisée. Mais finalement, elle était morte, mais bien conservée.

Ma grand-mère était gentille, mais comment dire? Austère. Ma mère nous raconta que jeune, pourtant, elle dansait au bal avec mon grand-père. 
Sur les tables. Encore un mystère.


va te faire foutre

Il y a trois jours, en sortant du supermarché, un homme m'aborde en me disant que je n'ai rien à craindre de lui. Pendant que je charge, avec difficulté, mes courses dans le coffre (j'ai pris un sac de retour au bled, il est plein et beaucoup trop lourd), il me présente une pétition contre le viol des femmes en Afrique. Je commence à remplir, et il me demande une cotisation. Je n'ai pas mon chéquier, et je lui fais mes excuses. Il m'indique alors qu'un distributeur est disponible à l'intérieur du magasin. J'objecte que je ne donne pas de liquide dans ces condititions, et que j'ai pour habitude de payer par chèque, de vérifier ensuite chez moi si l'association existe pour éventuellement annuler mon paiement. Il me dit d'aller me faire foutre. 
Je lui réponds que j'aimerais bien, mais que je dois aller ranger mes courses.

mardi 24 août 2010

Do it yourself

 
Toujours pas de bras

Une nuit, j’ai fabriqué des prothèses. Leur matière est imparfaite, leur calage, pas assez minutieux. La mise au point  fut longue, et compliquée. On n’imite pas le vrai. Il a fallu choisir.Le poids, surtout à droite, m’a posé des problèmes. Inertes, trop lourds. J’avais mal à l’épaule. On ne pose pas son bras comme ça sur une femme, ou bien c’est pour rire. En marche,  trop lâches, ou trop serrés. Inconvénient majeur, ils n’avaient pas d’odeur. Le taux d’humidité, comment doser ? Le bonjour du matin, avant un peu engourdi, et d’une moiteur tiède, me couvrait d’un linge englué, comme celui d’un zombie. L’étreinte, à l'arrivée du train, pas assez vive, un peu trop appuyée : au début, j’avais  du mal à respirer. Il faut dire que je ne partais jamais, avant, ou si peu : j’ai du inventer. Le retour du travail fut plus aisé : assez systématique, deux pressions symétriques, faciles à régler.  Mais debout, de face, les mains sur les reins, ça n’a pas marché. Je me suis raisonnée, ça n’est pas essentiel on peut parler couchée. L’ascenseur, chaotique, aléatoire. Il m’arrive, encore, de nous cogner un peu trop fort, maintenant que je peux y entrer. Pour les disputes, les doigts dans le nez, ça n’arrive jamais. Ou bien je bouge toute seule, et ils n’ont rien à faire, rien qu’à rester comme ça, ballants. Ils sont tout de même un peu encombrants : je n'ai pas su les plier. Il leur faudrait une étroite valise, à l’intérieur préformé, et surtout velouté, pour bien les protéger, et éviter les stries. Un moyen de les conserver, sans en être ennuyée.


Rangés, à l'économie.



risque 0 ? Y a pas.


1-ONESHOT ( OS, au pluriel, ones shots) décrit dans le présent blog à la rubrique textes  sous le titre One shot. 

Population: jet setteurs, représentants de commerce, collectionneurs, marrants, sportifs, libertaires, libertins, hypersexués, égarés-non-briefés, mono-centrés, fauchés, hyperlucides, insomniaques.
Qualités ou conditions requises (un ou plusieurs choix): confiance en soi, temps à perdre, opportunisme, bonne hygiène, recours à des produits désinhibants, excellente présentation, recours à des sites spécialisés, esprit d'aventure, téléphone portable, bagnole, même pourrie, métro, vélo, dodo.
Investissement: minimal : 15 € les cent sur internet (Terpan Sure) et absence de SAV (ne payent pas le taxi).
Risques: mal de tête, mal de dos, fatigue, àquoibonisme, mésestime, boulimie, chaudes pisses (ben ouais, à 15 centimes faut pas rêver), cassage de gueule (en interférence avec 2), chou blanc . 

2-COUPLE (COULPE)

Population: pantouflards, sujets sans imagination, acharnés, catholiques, handicapés du balai, obsédés du ménage, victimes, pas terribles, idéalistes, placides, menteurs.
Qualités ou conditions requises (pas le choix): motivation, goût de l'effort, abnégation, totale disponibilité, téléphone fixe et portable, téléviseur, réfrigérateur, congélateur, moulinette, balai, fric, break, jardin secret à barbelés, surdité . 
Investissement: énorme ou minimal selon les cas. SAV monstrueux.
Risques: famille nombreuse, lente et douloureuse érosion , usure des pantoufles,  raréfaction des patins, cassage de gueule en cas d'effort trop important, cassage de gueule en cas d'effort minimal, décès. 

3-PQAPPR : Plan Cul A Peu Près Régulier, pudiquement nommé Amitié Amoureuse (AA), ou selon mes critères Popotes Sexuels (PS) pour passer le temps sans s'emmerder, à un rythme environ hebdomadaire quand tout va bien.

Population: indépendants-pantouflards, borgnes, blasés, coeurs tièdes, agités du bocal, abimés, trouillards, victimes consentantes, sujets pleins d'espoir, humanistes, naîfs, sujets résignés ayant échoué à la solution 2 et pas assez combatifs pour la solution 1. 
Qualités ou conditions requises (rare, mais tous les choix obligatoires): calme, équilibre,  respect de soi, agenda (selon contrat), abonnement internet, répondeur et gestionnaire d'absences, plans B.
Investissement: moyen tant que ça dure, nul après. SAV limité au P, carrément foutu à expiration du S.
Risques: rapide érosion dans la plupart des cas, eau de boudin, vieillissement prématuré, (52 jours font vite un an) ,pétages de plombs si l'un des usagers tend vers la solution 2, cassage de gueule, rare (mais bonne) surprise si évolution vers un des deux A.

4-PQI  Plan Cul Irrégulier, fielleusement nommé N'Importe Quoi (NIQ) ceux qui prennent toujours la même, mais en mélangent plusieurs.

Population: hyper-indépendants-pantouflards, merdiques, aveugles, tordus, Jean-Foutre, cyclopes, loucheurs, petits épargnants (un peu à droite, un peu à gauche) cyclothymiques, nombrilistes, lâches, anarchistes de droite, psychiatres,  irresponsables, écorchés, feignasses, hypervictimes, inconscients, sujets ayant échoué aux solutions 1, 2, 3, et incapables de se résoudre à la solution 5. 
Qualités et conditions requises: aucune pour les uns à l'exception d'un téléphone portable, anti-dépresseurs pour les autres, qui évidemment aspirent au minimum à la solution 3. 
Investissement: nul pour les uns (absence de SAV), vain pour les autres. 
Risques: sérieux emmerdes pour les uns qui croient au risque 0, cassage de gueule puis suicide pour les autres. 

5-ABSTINENCE 

Population: catholiques allumés, moches, imbéciles, sujets n'ayant vraiment pas de bol,  hyposexués, immaculés, sujets ayant échoué à toutes les solutions. 
Qualités et conditions requises: en plus il en faudrait?
Investissement: sans objet, sinon c'est pas des vrais abstinents.
Risque: dérive vers l'objet, retour aux solutions précédentes et cassage de gueule.


Cela va sans dire, c'est pour tout le monde, alors on accorde au masculin, comme d'habe. Et j'ai pas fait les sous-solutions. Y a des hybrides.

lundi 23 août 2010

pas de chocolat


Do it yourself !

L'art du bricolage, c'est faire avec ce qu'on a, et sans ce qu'on a pas. Pas de chocolat?
Et bien, imaginez !!! Pas un carré, pas même la moitié: un tout petit morceau sous le palais. Plus il sera petit,  et mieux cela sera. Dosez, finement, son pourcentage. Ne sucrez pas. Parfumez le, à votre gré, d'un soupçon de café,  d'une note poivrée, d'un trait d'orange amère. Sentez le fondre, sans vous précipiter. Distillez, faites durer, laissez faire.
                                   
Vous allez aimer ça, même s'il n'y en a pas.


ça alors

La rentrée, c'est toujours un lundi. A la rentrée, il fait doux, mais il pleut toujours. On se réjouit, ou non, c'est selon. On s'organise. On prend des décisions. Faire avec ci, ou sans cela. 

On ne sait pas trop ce qui a changé, mais  c'est quand même un nouveau départ. Petit.  Allez, un café, et on s'y remet. Tiens, elle a repeint son bar. Gris souris, comme le ciel d'aujourd'hui. Tant pis. Les autres auront des choses à raconter. Des aventures, des voyages, des anecdotes cocasses. Des histoires de bouchons, de tentes qui s'envolent, de temps pourris. Des paysages incroyables, des aventures romanesques, des rencontres éphémères, des randonnées catastrophiques, des engueulades fatales. Certains auront fait des régimes, d'autres auront cessé le tabac, ou l'auront repris. 
Je fais des paris.
Mais quoi? Personne. Pourtant, il pleut, il fait doux, et on est lundi. C'est normal, à la rentrée, on commence toujours un peu tard. Un autre café, chez le Gros cette fois, en attendant les autres. Lui ne repeint jamais son bar. J'entre à nouveau, l'agence est vide. 

J'ai raté mes vacances, et j'ai aussi raté ma rentrée.

mercredi 18 août 2010

à poil

Il y a ceux qui veulent se montrer. Ils arrivent les premiers. Toute l'année, quatre fois par semaine, ils ont poussé de la fonte, mangé des blancs de poulet, pris des douches écossaises. Leur vie? un marathon vers la plage, ou, entre eux, ils se reconnaitront. Elles, pubis à la française, rien qui dépasse. Eux, fesses chocolat, avec au recto, les tablettes. Huit heures durant, ils alternent: prouesses aquatiques, pile-face toniques. Le soir, on les revoit par paires, en terrasse, enfin payés de leurs efforts. Demain, ils recommenceront.

Il y a ceux dont l'absence de costume  permet, croient-ils, de voir sans être vus. Les premiers les méprisent. Ils arrivent un peu tard, pour bien choisir leur poste. Agités, ils ont chaud, mais ne vont pas nager. Ces hommes là rentrent seuls.

Et puis les autres, qui s'en foutent: ils sont à l'aise. Ils aiment la mer, le vent. Ils sont contents. Ils font des mots croisés, mangent, jouent aux cartes, comme si de rien était; leurs gosses, seuls culottés, raillent les holothuries. Ils ont laissé, à Paris, le triangle reglementaire, et se moquent de leurs plis. Entre deux siestes, fesses en l'air, des grand-pères, main dans l'eau, bercent les anémones. C'est bon le soleil: les femmes, mollement impudiques, se chauffent la broussaille. En fin d'après midi, ils partent, seuls ou ensemble, avec leur livre, ou leur glacière.

Ils n'ont rien en commun, que le flic qui les traque. Quatre vingt dix euros. C'est cher pour être à poil.

dimanche 15 août 2010

A quoi ?


à quoi servent les gosses? comme les artistes, à rien:
à mettre de la couleur.


Prix du proverbe stupide:
il faut mettre de l'huile sur la planche à pain.

Prix de l'observation:
il y a quand même des gens vraiment moches

Prix de la lucidité:
pourquoi elle dit tout le temps quand je serais plus là?
elle a qu'à dire quand je serais morte.

Prix de la confiance:
double le je vais lui faire peur avec mes couettes.

Prix de la légèreté:
j'aimerais bien voir Mamie mourir de rire.

Prix de l'anticipation:
tu vas pas stresser encore demain quand on va partir, ou tu nous préviens avant.

Prix de l'optimisme:
semer, début août, des radis dans un pot sur un balcon plein sud avant de partir en vacances.

samedi 14 août 2010

pas de bras



De loin en loin, elle recueille, dans ses draps, des naufragés qui ne s'enlacent pas tout à fait. Au matin, ils partagent un café, bon ou mauvais. Ils parlent, mais leur temps est compté: ils font des résumés. 

Ils s'acquittent, ensuite, d'un court baiser en X, jamais humide, qui veut dire on verra. L'amitié amoureuse n'a pas de bras. Elle n'a pas non plus d'agenda. Discrète, elle tient l'intime dans un vase étroit. Si elle s'éteint, c'est sans drame. Elle n'aime pas le fracas. C'est pour ça qu'elle est là. Certains le savent, d'autres pas. Certains nagent, d'autres se noient.

mercredi 11 août 2010

nanar...bre




Pour mettre à jour ma filmographie du deuil, et plus précisément du veuvage précoce, je suis allée voir, ce matin, "l'Arbre" de Julie Bertucelli, adapté du best-seller de Judy Pascoe," l'Arbre du père".
Figurez vous qu'on ne m'a pas tiré une larme. On s'ennuierait même profondément, tant les poncifes s'enchaînent, si l'arbre en question _arf, le père réincarné_ n'était pas si magnifique, comme les paysages. 
Charlotte Gainsbourg, qui décidément se fait une spécialité du film à pathos, est plutôt bonne actrice, mais le scénario est si convenu qu'elle est tout de même exaspérante. C'est vrai quoi, retrouver un mec, plutôt bien gaulé en plus, au bout de huit mois, et ne pas être capable de s'y tenir, faut être vraiment nulle. Le jour ou elle se décide à coucher avec lui, une énorme branche  s'abat sur la maison, pile sur sa piaule. Evidemment, le nouveau mec, la môme ne peut pas l'encadrer. On ne sait rien sur lui, le pauvre, à part qu'il est brillant bricoleur : ben ouais, Charlotte, elle sait rien foutre, elle fait même pas les courses. Bien sûr, le cadet, qui devrait parler ,reste bloqué au stade anal (ses premiers mots seront finalement "je ne veux pas mourir", ben voyons). L'arbre lui, prend toute la place et fait chier tout le monde, y compris les voisins. Si c'est pas clair, ça, demandez moi.
Seul l'ado, que toute cette histoire gonfle profondément (il pisse sur l'arbre), est parfaitement plausible, avec quelques détails: quand Charlotte pleure dans son lit par exemple, ça on y croit. Dingue.
 Comble du lieu commun, le faux héros du film  finit déraciné par un cyclone, et ç'est là qu'on sait que toute l'équipe, qui s'arrache aussi, a quasi fini son deuil. Bon j'avoue qu'à ce moment là j'aurais presque chialé, mais parce qu'il était vraiment beau cet arbre.

Je découvre à l'instant que Julie Bertucelli est veuve. Ben merde alors.
Chacun son truc.

mardi 10 août 2010

viens quand tu veux


Passe donc un de ces quatre.
Le quatre, ni une, ni deux, je rapplique.
Pas un chat. J'ai du me tromper de mois.



Viens quand tu veux.
Là, c'est plus difficile. Maintenant? Ce soir? Demain? Quel est le délai tolérable? Vous voilà responsable. Le viensquandtuveux vous victimise. Vous met dans le besoin, parano que vous êtes. Le viensquandtuveux n'ouvre pas sa porte.Le viensquandtuveux, c' est le palier de l'abîme généreuse. Le puits sans fond de l' à toi de voir. Et vous êtes là, avec cette multitude de possibilités. Celle, gênée, d'un indisponible. Celle, catégorique, du ah non, là ça ne va pas, juste quand vous y êtes. Celle de celui qui, chez lui, n'entend pas la sonnette. Celle de celui qui pense que vous ne viendrez pas. Celle de celui qui n'est jamais là.  Celle dont vous n'avez pas l'adresse. Celle ou vous n'oserez pas, que vous allez regretter. Celle qu'on a lancée comme ça. Celle d'une place occupée, qui n'était pas la vôtre. Celle pour qui vous savez que c'est la dernière fois. Celle, fermée, pour cause de décès.Vous exagérez. Vous voulez être vraiment invité. Voilà votre orgueil. Qu'on ait souhaité votre arrivée.Qu'on en décide, avec date et heure à la clé.

Vous voulez qu'on vous aime. Vous êtes mal barré.


ben quoi merde, allez y !

lundi 9 août 2010

27 La robe bleue


Ce matin, au bar de la rue Franklin. Le patron fume sur la terrasse. En prenant la commande, il me glisse, l'air de rien:

"_Cette robe bleue vous va très bien".



 Je l'ai sortie hier, froissée, d'un carton, par peur d'un lendemain ou je serais trop seule. Sa préférée.

Il fait beau ce matin de juillet. Les enfants nagent dans les nénuphars. Nos amis paressent à l'ombre d'un l'acacia. Je coupe, en deux temps trois mouvements, une robe simple, dans un coton bleu gitane. C'est dimanche, rien ne presse. Mais j'assemble, je pique, j'ai hâte: je veux réserver, dans le dos, un petit trou, pour lui, à souligner en vert anis. 
J'y suis presque, j'essaie. Debout sur une chaise, je l'appelle: "_A toi de l'arrondir". Doucement, il pose les épingles, à la longueur qu'il aime.

J'ai faim.
"_Plus de croissants, que des madeleines".

vendredi 6 août 2010

ce soir

Ce soir une femme me dit que je lui fait penser _(quelque part)_ à Sophie Calle.
Je dis merci. Puis je me demande si, et à quel point je suis sortie de ma vie.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Calle

Plus tard, à 23h15, je croise un homme sur un trottoir qui me dit juste
"Madame, vous avez encore de vos vingt ans sur votre visage",  et passe son chemin.
En rentrant, pour la première fois depuis deux ans et demi, je regarde mon visage en entier dans le miroir.

dimanche 1 août 2010

t'as toujours pas fini



Non . 
Ces choses là ne se finissent pas.


alors c'est normal, ça m'énerve quand on me dit que j'ai pas fini.