mercredi 21 juillet 2010

encore la nuit

Entre les stores et les persiennes, une bande étroite,  comme la frange d'une pellicule, filtre une faible lune. Il est tard, il fait chaud. Pour dormir, j'ai besoin d'obscurité. Je sais qu'elle sera blanche.
J'ai les yeux grands ouverts. Je me raconte, à la file, les scènes.

Ma petite, que je retrouve après dix jours d'absence, toute noiraude, vient frotter son museau ; elle recule, me jauge de son oeil affuté :
"tu as changé".
Je crains le sommeil synthétique. Il ne laisse jamais trace du temps écoulé. L'insomnie, elle, est réelle.
Mon fils, qui revient lui aussi, entre dans la grande pièce et dit : "il manque pas quelque chose ici". Puis dehors, derrière la porte vitrée, flaire une odeur de tabac. J'ai pris soin, pourtant, de tout faire disparaitre. Je mens, un peu. Mais qui d'autre que moi pourrait bien, dans la moiteur du soir, tirer des bouffées? Il y avait longtemps que, calée dans l'angle du balcon, les jambes repliées sur ma chaise, je n'avais pas fixé à l'ouest, dans l'échappée, l'endroit d'ou vient toujours la pluie.
Je repose à plat, je suis calme, je respire.
Hier, vers neuf heures, un jeune homme en short rouge escalade le mur des garages, et s'arrête, debout, sur les tuiles faitières. En bas, les enfants de l'immeuble, les yeux écarquillés, attendent .Va-t-il sauter? C'est fait. Un moment, et le  voilà, coq mouillé, qui stationne encore sur la crête. Il exhibe, en triomphe, ses biceps. Il s'est baigné dans la piscine d'en face. Les enfants sifflent, applaudissent son audace. C'est le héros du jour.
 Plus tôt, un café en terrasse. Un homme s'installe, ivre, à ma table. Je le décourage d'une voix sèche. Pauvre type, qui voulait quoi. Parler, sans doute. Moi aussi, mais pas avec lui.
 Il est tard. Les mots coulent comme un fleuve lent.
Je croise un homme qui porte une petite baignoire. Je le connais. Charles, son fils, est né: une autre petite histoire. Simple, celle là.
Quatre heures. Encore le coq. Je revois mon homme, une nuit chaude comme celle-ci, courir nu, dehors, avec un seau d'eau froide préparé en riant, la veille, pour le punir, parce qu'il chantait trop tôt.
Je souris, je lâche prise un instant.
Du bruit, un moteur. Je songe au jour ou je voulais, à mes oreilles, offrir une occultation totale. "Vous entendrez votre coeur."  Ca m'a fait peur.
Six heures, il est temps. J'infuse un thé brûlant. Ces nuits là vous assoiffent. Enfin, il fait frais.
A bicyclette, je roule et je déroule, encore, mes pensées sans queue ni tête. Et la torpeur s'installe.

Mes paupières me font mal.

A sept heures, je percute, mollement, l'arrière droit d'une voiture. L'homme hurle et démarre. Ma main est éraflée. Je ne sens rien. C'est le matin , et je reprends une vie normale.


oui. on peut s'endormir en vélo.

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