mercredi 28 juillet 2010

ma petite chanson

"aucun express ne m'emmènera vers la félicité...
aucun navire n'y va...
sinon toi..."

il y en a qui s'en tiennent
à cette chanson là

en regardant l'eau
je me dis tout bas
je préfère, c'est comme ça,
les bras d'un homme au coeur tiède
à ceux d'un homme au corps froid.



Découvrez la playlist aucun express avec Alain Bashung

mercredi 21 juillet 2010

encore la nuit

Entre les stores et les persiennes, une bande étroite,  comme la frange d'une pellicule, filtre une faible lune. Il est tard, il fait chaud. Pour dormir, j'ai besoin d'obscurité. Je sais qu'elle sera blanche.
J'ai les yeux grands ouverts. Je me raconte, à la file, les scènes.

Ma petite, que je retrouve après dix jours d'absence, toute noiraude, vient frotter son museau ; elle recule, me jauge de son oeil affuté :
"tu as changé".
Je crains le sommeil synthétique. Il ne laisse jamais trace du temps écoulé. L'insomnie, elle, est réelle.
Mon fils, qui revient lui aussi, entre dans la grande pièce et dit : "il manque quelque chose, ici". Puis dehors, derrière la porte vitrée, flaire une odeur de tabac. J'ai pris soin, pourtant, de tout faire disparaitre. Je mens, un peu. Mais qui d'autre que moi pourrait bien, dans la moiteur du soir, tirer des bouffées? Il y avait longtemps que, calée dans l'angle du balcon, les jambes repliées sur ma chaise, je n'avais pas fixé à l'ouest, dans l'échappée, l'endroit d'ou vient toujours la pluie.
Je repose à plat, je suis calme, je respire.
Hier, vers neuf heures, un jeune homme en short rouge escalade le mur des garages, et s'arrête, debout, sur les tuiles faitières. En bas, les enfants de l'immeuble, les yeux écarquillés, attendent .Va-t-il sauter? C'est fait. Un moment, et le  voilà, coq mouillé, qui remonte sur la crête. Il exhibe, en triomphe, ses biceps. Il s'est baigné dans la piscine d'en face. Les enfants sifflent, applaudissent son audace. C'est le héros du jour.
 Plus tôt, un café en terrasse. Un homme s'installe, ivre, à ma table. Je le décourage d'une voix sèche. Pauvre type, qui voulait quoi. Parler, sans doute. Moi aussi, mais pas avec lui.
 Il est tard. Les mots coulent comme un fleuve lent.
Je croise un homme qui porte une petite baignoire. Je le connais. Charles, son fils, est né: une autre petite histoire. Simple, celle là.
Quatre heures. Encore le coq. Je revois mon homme, une nuit chaude comme celle-ci, courir nu, dehors, avec un seau d'eau froide préparé en riant, la veille, pour le punir, parce qu'il chantait trop tôt.
Je souris, je lâche prise un instant.
Du bruit, un moteur. Je songe au jour ou je voulais, à mes oreilles, offrir une occultation totale. "Vous entendrez votre coeur."  Ca m'a fait peur.
Six heures, il est temps. J'infuse un thé brûlant. Ces nuits là vous assoiffent. Enfin, il fait frais.
A bicyclette, je roule et je déroule, encore, mes pensées sans queue ni tête. Et la torpeur s'installe.

Mes paupières me font mal.

A sept heures, je percute, mollement, l'arrière droit d'une voiture. L'homme hurle et démarre. Ma main est éraflée. Je ne sens rien. C'est le matin , et je reprends une vie normale.


oui. on peut s'endormir en vélo.

mardi 20 juillet 2010

à l'ouest

            
                                   à l'Ouest, rien de nouveau.

 remarquez, à l'Est, c'est pareil        

jeudi 15 juillet 2010

l'homme, Madame Tom-Tom et moi


Un voyage de retour.
De gauche à droite, l'homme, Madame Tom-Tom et moi.

J'aime l'art, incertain, du copilotage. J'aime les cartes, je suis comme ça. On y voit  les reliefs frisés, les zones boisées, les crêtes arides, les taches azur des étangs. On trouve des noms bizarres, des hameaux perchés, minuscules, qu'il faut , en première, mériter. Je voudrais parfois frissonner, le long d'étroits bas-côtés . Plonger, nous perdre, dans l'abîme de gorges confidentielles. Dans les plis, cachés, je devine des sentiers.
Les rubans rouges m'ennuient.
Mais  l'homme écoute Madame Tom-Tom. Tenez la gauche. Sans fin, la plaine.  C'est elle qu'il croit, pourquoi ? Madame Tom-Tom, qu'est ce qu'elle a que je n'ai pas? Ni seins, ni fesses. Juste une voix. La mienne n'est plus là. Madame Tom-Tom a le sang froid.
Tenez la gauche. On pourrait musarder? Je retrousse, un peu, ma jupe de papier. Du doigt, j'effleure, en virgule, une strie bleutée. Il faudrait déraper. L'homme est tout près. J'ai chaud, ma jambe est bronzée.Tenez la gauche, et c'est tout droit. Tenez la gauche. Pourquoi on s'arrête pas? Perdre les pédales, se frotter la glissière, rouler dans les betteraves. Tenez la gauche. Madame Tom-Tom n'est pas si bête. Madame Tom-Tom a le coeur sec. Parfois, elle dit un mot, comme ça, pour meubler. Et l'homme regarde loin, loin devant, suivant les pointillés. Des heures, des heures de plaine, tenez la gauche. Des heures, et puis la nuit. Madame Tom-Tom n'a pas sommeil. Des heures, des heures de nuit.
Et puis soudain, brutalement... Virage à droite imminent. Madame Tom-Tom est un tyran. Ca y est, c'est maintenant. Je penche la tête vers la bretelle. Sur mon épaule,  l'eau ruisselle. Voilà, je suis chez moi.
C'est la fin de l'histoire.
Et l'homme s'éloigne, tout droit, avec Madame Tom-Tom.


*Tom Tom, portable GPS car navigation systems

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