mercredi 26 mai 2010

25 debout


On dit que sans sépulture, les morts n'ont pas de repos. Je sais bien que les morts ne se fatiguent pas. Je sais bien que ces choses là ne sont pas faites pour la paix des morts, mais pour celle des vivants. Pas de tombe? Je m'en fous. Mais  tout le monde est comme ça: il me faut une trace:  il a vécu sur la Terre. Je dessine une plaque. Quel format? Plutôt petite, rectangulaire, posée verticalement, contre un mur, en haut du cimetière. Elle ferait face à l'Ouest, ou il guettait toujours, le soir, le temps qu'il allait faire. Quels caractères? plutôt simples. Il aimait les polices un peu travaillées, mais un Arial me suffirait. La couleur? Le vert profond qu'il aimait. Sombre, mat, velouté, mais dans quelle pierre? Son prénom, son nom, ses dates.

1964-2008

Je suis tentée de graver, dessous, en plus petit, les nôtres: 1994-2008. Mais ça ne se fait pas je suppose, de tirer la couverture à soi. Voilà, c'est bien comme ça. Je me sens mieux... que le monde sache qu'il a été là.  
Je veux garder l'image d'un homme debout, à la verticalité parfaite.




lundi 24 mai 2010

Bleu

Ce que j'avais gardé d'abord, c'était la voix.
Puis, très vite, la seconde fois, le regard. A chaque fois je me souvenais du regard.
En rentrant chez moi, j'en restituais la netteté, puis je me disais:
 "Mais quelle couleur?"
J'oubliais toujours la couleur. Claire, ça, c'était sûr, mais quoi?
Cet après midi il est assis en face de moi. Il y a de la lumière, il me parle et je regarde son visage.
Entre deux phrases, je m'interroge: "Alors au fait, est-ce-qu'il est beau?"comme on m'a demandé hier soir. Oui, en face de moi il y a un  très beau visage.


Ce soir, pour la première fois, je peux recomposer l'ensemble.

Je m'en souviens, et pourtant, je ne le connais pas.

samedi 22 mai 2010

dimanche 16 mai 2010

chap 24 le voyage suspendu




Il me faut un autre voyage pour comprendre que les choses ont changé. 
Bien sûr, il est là, escorte muette qui emboite mon pas. Partage silencieux., de pensée à pensée. Nous savons lui et moi, ce que l'autre regarde, ce qu'il retient, ce qui l'ennuie,ce qui le fait sourire. Porto. Boutiques aux vitrines désuètes, visages d'hommes taillés dans la pierre, jardins spontanés, jaillissant des creux , femmes replètes. Façades équilibristes, accrochées à la crête d'un turbulent iguane, pentes vertigineuses ou se lancent, intrépides, d'étroites ruelles, ponts de géants enjambant, à grand bruits de fer, un vaste fossé inondé. Porto, ville héroique, affronte vaillamment le rocher, et franchit les obstacles avec une foi de chevalier.
Mais là, dans ce voyage il y a autre chose: je vais rentrer. Porto affiche insolemment sur ses maisons, ses pignons d'entrepôts,ses bateaux, ses valeureux soutènements, le nom d'un homme qui m'attend. Porto délivre, en collage baroque, ma carte d'embarquement. Joyeuse, malgré la pluie, elle estampille. Au bout du voyage, un homme qui parle, pour qui cette fois, enfin et de nouveau, je compile.  Au retour, une voix, un écho. Je note, j'emmagazine, je photographie. Jusqu'à la nuit, soigneuse, méthodique, j'organise mon compte rendu.

C'est nouveau, dire ce que j' ai vu.

Mais rien. Putain de volcan. Un nuage de cendres, un retour suspendu.


 m'en fous, j'ai pris le car