lundi 19 avril 2010

du rififi dans l'entreprise


Chaque jour au travail, des femmes s'étranglent.


Elle sont arrivées, ce matin , un peu juste :  plutôt quarante-cinq que trente. La tête engourdie, le corps repu; elles sont un peu perdues. Cette nuit, un homme a été leur amant.
C'est dur d'être là. Elles regardent les autres, se disent, eux, ils ne savent pas.
Elles rêvent, les yeux mi-clos. Elles ont un peu sommeil. Enfoncent leur nez dans leur épaule, cherchent une l'odeur qui n'est pas la leur. Mettent leur tête dans leur mains, leurs mains sur leurs genoux, se penchent. Elles croisent les jambes pour se rappeler.

Et puis soudain c'est là. Ca sonne, ça clignote.
Ca leur saute à la gueule:

peau
                      veux                                   
                                                                                aisselles
                                                                                                                   tes

                                                 ENCORE


Et d'autres mots  bien pires s'affichent comme des coquelicots.


Elles toussent, elles rougissent, elles hyper-ventilent. Elles ne savent pas quoi faire. Elles se lèvent, quittent leur chaîne de montage, arpentent les open space.
Elles voudraient galoper, hennir, secouer leur crinière. Elles tournent en rond dans le couloir."Ca ne va pas?" Elles répondent, bêtement : "C'est juste mes impatiences". ll faut s'y remettre, pas le choix. Elles s'assoient.

Furtivement, sans cesse, elles rallument l'écran, pour de nouveau lire les mots.  Les remettre dans l'ordre. Elles ne croient pas ce qu'elles voient :

 il y aura une deuxième fois.


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