samedi 24 avril 2010

DINDE

Je me souviens. L'an dernier à la même époque, j'avais cousu une robe que je trouvais drôlement chic. J'avais tout de même un doute sur l'effet produit.
La première fois que je l'ai mise, c'était au boulot. Il ne s'est rien passé du tout. Je me suis dit que c'était peut-être une robe de dinde. La deuxième fois, c'était pour l'enterrement de mon meilleur ami. Un bel enterrement celui-là. Une petite église sur un promontoire, un vent très doux, une belle campagne verte, avec tout ce qu'il faut de vaches et de marguerites. Les gens n'étaient pas gais, mais c'était bourré de folles. J'avais bien poussé la dinderie en  jetant l'une des fleurs en feutrine de cette robe dans la fosse. Je trouvais ça classe, de me détrousser pour lui, mais mon pote n'a pas applaudi. La troisième fois, j'ai rencontré Terminator*. C'était bien une robe de dinde.


*voir dans les abysses du blog le "Petit guide pour user les veuves".

lundi 19 avril 2010

du rififi dans l'entreprise


Chaque jour au travail, des femmes s'étranglent.


Elle sont arrivées, ce matin , un peu juste :  plutôt quarante-cinq que trente. La tête engourdie, le corps repu; elles sont un peu perdues. Cette nuit, un homme a été leur amant.
C'est dur d'être là. Elles regardent les autres, se disent, eux, ils ne savent pas.
Elles rêvent, les yeux mi-clos. Elles ont un peu sommeil. Enfoncent leur nez dans leur épaule, cherchent une l'odeur qui n'est pas la leur. Mettent leur tête dans leur mains, leurs mains sur leurs genoux, se penchent. Elles croisent les jambes pour se rappeler.

Et puis soudain c'est là. Ca sonne, ça clignote.
Ca leur saute à la gueule:

peau
                      veux                                   
                                                                                aisselles
                                                                                                                   tes

                                                 ENCORE


Et d'autres mots  bien pires s'affichent comme des coquelicots.


Elles toussent, elles rougissent, elles hyper-ventilent. Elles ne savent pas quoi faire. Elles se lèvent, quittent leur chaîne de montage, arpentent les open space.
Elles voudraient galoper, hennir, secouer leur crinière. Elles tournent en rond dans le couloir."Ca ne va pas?" Elles répondent, bêtement : "C'est juste mes impatiences". ll faut s'y remettre, pas le choix. Elles s'assoient.

Furtivement, sans cesse, elles rallument l'écran, pour de nouveau lire les mots.  Les remettre dans l'ordre. Elles ne croient pas ce qu'elles voient :

 il y aura une deuxième fois.


jeudi 15 avril 2010

dans l'escalier

Je ne suis jamais seule.

J'ai mon garde du corps. Sans bruit, il me suit.  
Je peux sortir tard, rejoindre un homme que je ne connais pas. Je n'ai rien à craindre la nuit. Il est là. Si je prends un café, sur le trottoir d'en face, il est tranquille, adossé. Comme sur le poster de James Dean, qu'on voit sur les marchés. Quand je travaille, il m'attend jusqu'au soir. Patient, il se tait. Au retour, il m'accompagne. Il sait toujours ou je vais.
Je ne prends plus l'ascenseur : il est joueur, c'est trop étroit. Je préfère l'escalier. Il monte derrière moi, quelques degrés plus bas. Si ma jupe est légère, je marche un peu plus vite, pour faire tanguer les volants. Je sais que ça lui plait. Je regarde les noms sur les portes, pour ne pas y penser.
Je sais qu'il est content.
Premier: Peupier. Un vieux monsieur, avec une grosse fraise sur le nez.
Second: Quiquandon. Celle-là je vous jure, c'est une commère. J'accélère.
Troisième: encore une mégère.
Quatrième: Labonne Menu. Je ne l'ai jamais vue. Chaque jour, à dix heures, c'est sûr, on doit sonner chez elle. Elle enfile ses mules roses; par sa porte entrouverte, avance un museau pointu. « Bonjour mon grand !! t'as pris des croissants? » Elle est mignonne dans sa combine, et puis gaie avec ça. Elle aime la dentelle.
Ca l'amuse comme moi. Il voit tout ce que je vois. Je n'entends pas ses pas.
Cinquième: Une femme, la cinquantaine. Frêle, la peau claire. M'a raconté sa vie, devant les poubelles. Amoureuse, quinze ans durant, d' un veuf gouverné par sa fille : il en avait peur. Une passion secrète dit-elle, dont elle a  deux enfants, qu'il n'a jamais voulu  voir. Ils se retrouvaient à l'hôtel. Chez lui, aux heures d'école. Plus tard, elle l'a rencontré dans la rue, par hasard. Elle a dit à son fils: « Tiens, voilà, c'est ton père. »
Il regarde ailleurs.
Sixième: Martinez. Le roi de la perceuse a des yeux doux, des cheveux blancs, une femme qui rêve. Au printemps dernier, dans le hall, elle a affiché un poème .

Septième. C'est chez moi. Il entre, s'installe dans un petit coin de ma chambre. Il est debout. Parfois je voudrais qu'il me parle.

c'est comme dans le film d'Ozon, 
"Sous le sable". 2001.


dimanche 11 avril 2010

23 les veuves sont chiantes

Je lis le livre de Brigitte Giraud* (en italique), et je commente, de tout mon fiel indigne, en tentant son style:

"Les veuves sortent en cachette, prennent l'autobus ou le taxi. Elles retrouvent parfois un homme en ville...
Elles sortent tard et rentrent avant l'aube. Elles ont peur que leurs enfants se réveillent seuls. Elles ont à faire, le lendemain. Elles ont une tête de chien. On pense alors qu'elles sont tristes. Elles le sont. Les veuves sont  fatiguées et tristes.
...qu'elles aiment. Elles sont encore capables d'aimer, et d'être aimées." 
Quand leur amant les aime, il se lasse très vite. Il les quitte, en leur disant "tu n'as pas fini ton deuil" s' il est lâche ou bête, ou "tu n'es jamais libre", s'il est honnête... Alors les veuves s'en tiennent aux hommes qui ne veulent pas s'emmerder avec l'amour. Elles ont du mal, elles ne connaissent que ça. Elles en dégoulinent. Ces hommes là les quittent aussi. Ils disent "tu es de moins en moins belle" quand elles sont trop crevées, ou "je ne peux pas le remplacer" et les veuves se mettent en colère, parce qu'elle ne veulent remplacer personne. Les veuves ne veulent pas le même, puisqu'il est mort. Elles courent pour les rejoindre. Ils ne savent pas qu'elles ont couru, alors qu'elles courent toujours. Quand elles s'arrangent enfin du temps pour eux, ils n'en veulent plus. Les veuves se rendent malades.
"Parfois, elles meurent". 

"Les veuves ne sont pas dupes. Elles savent qu'on les observe. On les surveille, on les juge. Les veuves ont une morale à préserver, une mémoire à honorer. Elles n'ont qu'à bien se tenir."
On juge aussi leur résistance. On veut les voir vaincre l'adversité. On attend leur reconstruction, pour que ce soit une belle histoire. On attend de les voir renaitre, épanouies et enfin libres. Mais cela dure longtemps et les veuves se sentent coupables de ne pas aller assez vite. Elles en sont ennuyées  car on les aime, et elles savent  bien que ce ne sera jamais aussi net. Les veuves savent qu'elles vont décevoir. Parfois elles finissent par s'en foutre. A leur manière de s'en foutre, on les juge alors aigries, ou  exceptionnellement résilientes.

"Les veuves n'aiment pas le vendredi soir. Elles redoutent le dimanche."
Elles n'aiment pas non plus le matin. Les veuves ne sont jamais contentes. Les veuves sont chiantes.


Brigitte Giraud est veuve. Elle dit beaucoup d'autres choses. Je suis parfois d'accord, et parfois pas. Ce qui prouve que les veuves ne sont pas que des veuves, mais qu'elles sont aussi des personnes.Perdues entre veuve et personne.

*L'amour est très sur estimé". Editions Stock. 

vendredi 9 avril 2010

ce blog est une source d'information crédible

Nicolas S est un gros con et sa femme va se barrer.
Partagez ce blog.

joséphine

*

    la toile, c'est un truc géant finalement.


*j'en ai rêvé, Louise Bourgeois l'a fait depuis longtemps.

Dorez Doré


Sur France Inter, Julien Doré interviewé explique qu'il a besoin de savoir qu'on l'aime et que c'est pour ça qu'il fait tout ça. Je propose que nous écrivions tous à Julien Doré.


A poil Julien !

whatever works

écouter en boucle

de Léonard Cohen, ça marche. 


Découvrez la playlist im your man avec Leonard Cohen

le drame du jour

 

Un homme avec beaucoup trop de cheveux qui a rendez-vous demain chez le coiffeur est confronté à un choix cornélien: le Requiem de Fauré sera donné à l'Auditorium le 27 avril, pile en même temps que le match de L'OL contre le Bayern Munich.

*cet homme ne sait pas voir la vie du bon côté: grâce à ce choix cornélien, il n'aura pas besoin d'aller chez le coiffeur demain.

mercredi 7 avril 2010

ma galette beurrée

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Elle avait un prénom de petite fille, qui dépassait les modes.
Elle était vive et gaie. Gourmande comme sa chatte grise, elle m'offrait, l'après-midi, du thé fumé et des petits biscuits. Dans son fauteuil de style, les jambes allongées sur son repose pieds, elle sortait, d'un étui de plexiglass, des Dunhill dont elle n'avalait pas la fumée.

La première fois, c'était pour vérifier. Magali, le sens aigû des alliances, s'assurait que j'étais bien née. Un peu déçue, elle me donna ma chance, malgré un défaut à ma main gauche qu'elle remarqua de suite:
« Dites-moi, c'est de naissance? »
Mon annulaire dévié m'ôtait, lui dis-je, à jamais, toute chance de m'enchainer, même à celui qu'elle nommait son petit Frédéric. Elle aimait la malice. Ce trait scella notre amitié.
Guère plus tard, le jour même, elle m'avouait, d'une voix fière: « Je me suis mariée pour baiser ». C'était un as de la voltige. Un obus, gloussait-elle, et doué. La grivoiserie la réjouissait.

Son homme, parfois, était obtus, et l'avait souvent brimée. Elle s'était consolée en allant, fort tard mais en femme libre, à la faculté, étudier la psychologie.
Libre, mais pas rebelle; le pouvoir et les biens restaient où ils étaient: à ceux qui les détenaient. C'était tout simplement, disait-elle, un ordre naturel.
Elle n'était pas bigotte, mais s'exclamait « Mon Dieu! On ne peut pas leur mettre une culotte?» quand l'été nos enfants couraient nus, en petits sauvageons, avec le tuyau d'arrosage. Elle évoquait alors, avec nostalgie, ses dimanches d'enfance: on rentrait de la messe, en jolie robe; la bonne avait fait des gâteaux, qu'on mangeait à l'ombre, dans le jardin, avec de la citronnade.
Elle s'étonna de mon sourire, lorsqu'elle me demanda s'il était bien normal qu'à l'automne, ses arbres perdissent autant de feuilles: c'était lassant à force, de faire balayer la terrasse.
« Ah oui, c'est vrai...»
Elle était parfois si naîve que j'hésitais à la détromper: c'était joli.
Elle achetait, toute l'année, des framboises d'Argentine qu'elle sucrait en excès, ne pensant pas à mal, et dans ses pulls d'angora, s'effarait qu'on puisse supporter l'acrylique.
Nous échangions films et livres, et entre deux vouvoiements, elle me livrait, doucement, des souvenirs chaque fois repeints, selon son humeur, à l'huile ou au au pastel.
Ayant perdu trois enfants, elle ne gardait aucune aigreur, mais tenait sa chatte prisonnière. D'angoisse, elle la cherchait sans cesse, et devenait folle lorsqu' on oubliait les portes. Trop de pertes vous rend méfiante.
Un jour, Magali fit des bêtises, et quitta sa maison pour une petite chambre. Elle y dormait des heures, les yeux mi-clos sur le parc. A notre dernière visite, elle avait oublié nos prénoms, mais son coeur nous reconnaissait. Contente, elle nous raconta qu'elle était à l'école, et que son petit lit était aussi celui du Soldat inconnu. La coquine.

Quand je revins sans son petit-fils, ses yeux lavés mouillèrent tant les miens, que je ne pus lui parler. Et peu de temps après, Magali ferma ses volets.

Il n'est jamais trop tard pour les départs.


lundi 5 avril 2010

chap 22 putains de madeleines


Il fait beau.Mon fils revient du garage dans lequel il a grenouillé toute l'après midi. Il remonte, content, avec deux morceaux de tissu, un vert et un orange. Des imprimés type soixante dix. Ravi, il décide de les accrocher dans sa chambre. Pas moyen de lui dire que je ne veux pas les voir.

 Bordel. Je n'avais pas tout jeté.

Je me demande si dans quelques temps ces tissus pourront m'être indifférents et je me dis que c'est finalement une bonne chose de les avoir sous les yeux.


*chap 2 avant le gong

samedi 3 avril 2010

épatant non?


parmi les mammifères, y a les humains, et parmi les humains, y a aussi



                                        les hommes 

dingue non?



*peut-être qu'il faudrait mettre un sol souple

jeudi 1 avril 2010

rien à la télé


alors ce soir






j'écoute mon plancher chauffant
y' a des tas de trucs là-dedans