mercredi 24 février 2010

just...WAR





_"Ce cochon de Saddam Hussein vient d'envahir le Koweit" ,qu'elle me dit. 
J'avoue qu'en allemand, ç'était drôlement classe. Je n'avais pas envisagé que Dorothea puisse écouter les informations . Cette femme dépressive, quand elle ne travaillait pas dans son centre de soins palliatifs,  passait son temps dans la salle de bains de son studio ,  encombrée de bougies parfumées et de cosmétiques français, dont elle relisait inlassablement les notices.  Sans doute espérait elle,  ainsi, en décupler les principes actifs. Dorothea était, dans mon esprit, l'unique berlinoise à n'avoir aucun poil , et se nourrissait, exclusivement, de Weetabix mouillés de lait biologich, et de spaghetti bolognaise payés à prix d'or dans un restaurant chic de Charlottenburg. L'administration régulière de Sterbhilfe* à ses patients sur la fin, cumulée à une histoire infernale avec son chef de service, lui tapait sur les nerfs. Notre unique lien consistait en sa vague parenté avec un zouave, étasunien, dont j'étais éperdument amoureuse, et en un aller retour hebdomadaire, le vendredi soir, pour une baignade express au Glienickersee. Sortie de l'eau, Dorothea, femme poisson à la plastique irréprochable, huilait ses écailles, puis me servait, en français laborieux, ses déboires amoureux auxquels , lucide, je ne voyais aucune issue. Je finissais par prendre son salaud en pitié, lui trouvais des excuses, encourageais sourdement, pendant qu'elle déversait,  ses infidélités hospitalières.  Dorothea me fatiguait.
Je commençais à manquer d'air. Cette ville m'avait pourtant grisée,  tant elle était devenue folle, à changer chaque semaine ses parcours possibles, déchainant chaque fois des vagues embullées de liesses historiques. 
Sur ces nouveaux chemins s'étaient multipliés, tels des espèces spontanées, des  gargottes sauvages,des musées de l'extrême, des caves irrespirables, ou défilaient, par centaines,  des phénomènes, aussi fous que les lieux qu'ils envahissaient. Devançant haut la main l'avant garde, qui se terrait encore, frileuse, dans la branchitude officielle, les dingues, affluant de nulle part, avaient enfin leur cour des miracles.
Mes amis, premiers témoins du chaos, abordaient les novices avec condescendance, raillant leur enthousiasme, méprisant leurs étonnements, leur décrivant , blasés, la normalisation qui allait,  sournoisement, gagner Berlin, et qu'ils prétendaient, modestes, être seuls à prévoir. Ils rebattaient pour eux d'obscures analyses. En vérité, ils étaient eux aussi essoufflés: leurs frasques se teintaient d'habitude.
Mon zèbre avait rejoint sa ville natale, promettant , à tous, un retour certain, et à moi, rien. Ma frénésie s'effritait avec les derniers pans de mur. Août débutait sous un ciel gris et lourd.De nouveau, je regardais vers l' Ouest, dans l'espoir qu'un mensonge d'outre-atlantique  me rendrait ma vitalité. 

Il vint, mais pas de lui.

Ce fut un cirque invraissemblable. A grand coups de bobards, au travers des antennes, on enfumait le monde entier. Berlin  savait se distinguer, et ne s'en laissa pas conter. On lui volait la vedette? Berlin n'aurait pas la télé.
A l'Est, on s'en foutait. On avait bien assez à faire, avec le grand Capital. Peur de quoi? Des réserves, on en avait bien assez fait. Mais à l'Ouest, on se documentait. On distillait le doute. Qu'y avait-il au Koweit? Des cahouettes? Et puis d'abord, la guerre, c'était pas net. Il fallait le faire savoir. Les squatts accrochèrent de nouveaux oripeaux: Les « Besteztbau » disparaissaient, affichant, en série, sur six étages, 

NO
 
Le punk, tout à coup, tenait à son futur. 
Allumés, énergumènes, dansèrent d'une autre manière. Ils happenaient à tout va. Annexaient les trottoirs, déversant en esthètes, sur la neige, des torrents rouges, volés aux abattoirs. Sur les places rugissaient, empilés, des téléviseurs implosés, aux sons insupportables, tant ils étaient déformés.
Agir, enfin, sur quelque chose. Dehors, la presse s'affolait. Expatriés , nos journaux  délirants nous embarrassaient.  Nous en fîmes, honteux, des autodafés. Crachant sur nos racines, nous proclamions notre déshérence, rejoignant la cohorte des Contre. Citoyens du monde, nous voulions, nous aussi, défaire l'Histoire. Ce fut une débauche d'énergie.

Décembre. Dorothea nageait encore. Dorothea croyait au droit, et sirène à sang froid,  ignorait le vacarme.
Et chaque jour, la rue, pourtant impériale, tassait la foule hurlante des diables pas d'accord.

Berlin, ouverte, resta une île, qui regardait, de loin, la tempête.
A l'issue du compte à rebours, il n'y eut pas de fête.

Deux mois après, je recevais la petite carte, que depuis si longtemps j'attendais...

The rain is black and oily.

Et je cherchai, tristement, un bout de tissu ridicule, offert, au printemps, par Dorothea, qui collectionnait les mouchoirs. Petit rectangle de coton rayé  rouge et blanc, avec, au coin, sur un fond outremer, cinquante petites étoiles mouillées.

 
*aide à la mort

samedi 20 février 2010

QUE TAL?

C'est comme pour vous, un jour il fait beau, le lendemain vous avez mal aux dents. La question, c'est évidemment la proportion de beau et de dents, mais il faut que le temps s'écoule pour pouvoir la calculer au plus juste.
Hola qué tal ?

jeudi 11 février 2010

aujourd'hui je poste trash.

Aujourd'hui j'ai pris un café en banlieue, avant de rejoindre mes étudiants. Au fond du bar, un écran diffusait une bonne chaine d'informations, qui traitait de la commémoration de la république islamiste iranienne, et des violentes répressions dont les dissidents font l'objet à cette occasion. Un jeune iranien expatrié était interviewé. Je n'ai pas pu voir la totalité du témoignage par ce que je devais donner mon cours.  J'ai pensé  que la banlieue est bien moins laminée qu'on veut bien nous le faire croire, et qu'il n'est guère de bar à Lyon ou la télévision montre autre chose que du sport, des clips ou  des loteries. J'ai aussi pensé à mon défunt qui lui, aurait regardé l'intégralité du reportage et m'en aurait rapporté les détails ce soir.

Cet après midi, de retour à mon boulot, j'ai succombé à une violente crise de vortex et je n'ai pas pu travailler. Voilà quelques temps que cela ne m'était plus arrivé. Je suis retournée me renseigner sur les signes avant coureurs de l'infarctus et n'ai rien appris, puisque j'ai déjà lu ces articles une bonne centaine de fois. J'ai recherché, une fois de plus, des images de visages de cadavres frais en gros plan sans trouver l'expression que je voulais. Par dépit, j'ai surfé  dans mes favoris sur le thème du veuvage, en tapant , cette fois, quelque chose comme "inégalité des sexes dans dans le veuvage précoce". Il ressort de ces études que les femmes sont mieux armées que les hommes pour surmonter leur veuvage. Elles sont plus à même de régler les problèmes logistiques, s'occupent correctement de leurs enfants, affrontent mieux la douleur et s'adaptent plus vite à leur nouvelle situation. Sur la majorité des plans, leur supériorité est indiscutable. Il y en a tout de même un sur lequel  elles n'assurent pas du tout: les hommes retrouvent beaucoup plus rapidement une compagne, alors que la plupart d'entre elles demeureront seules pour le restant de leur vie. Je me demande bien pourquoi.
En tout cas, on n'est pas rendus pour l'égalité, et le mérite est une belle foutaise.
Je suis définitivement contre le veuvage précoce, et resterais, pour la vie, une farouche militante. Mon engagement me sidère.

J'ai allumé la télévision à 20heures chez moi pour poursuivre sur le thème de l'Iran. Le sujet a été couvert en moins d'une minute à la fin du journal de la 2, après un bon quart d'heure sur les intempéries.

 


dimanche 7 février 2010

Chap19 REVIVAL (on se redéchaîne à table)

La mémoire nous travaille.Ou la mettre? En riant, je raconte aux enfants que certains gardent leur urne pleine, chez eux. Qu'on aurait pu la poser là, dans le salon, et lui faire la conversation. Ma fille répond qu'on lui aurait mis ses lunettes. Je propose la casquette. On s'étrangle.
Tous quatre, ces blagues là, on adore ça.