mercredi 13 janvier 2010

Chap 14 PALAIS ROYAL

Aujourd'hui, nous sommes installés. 
Notre appartement n'a plus l'air provisoire.Celui que nous avions occupé n'attendait plus, sans lui, que d'être abandonné. Lui et moi n'y étions, de toutes façons, guère attachés. Nous patientions, pour le jour ou nous pourrions choisir le lieu de notre vie à venir, n'effectuant que les travaux strictement nécessaires. Ces murs, dont nous n'aimions pas les teintes, étaient chargés de nos projets. Les repeindre, c'était capituler.

Dans les semaines qui suivirent sa disparition, notre  chambre, jusque là forteresse, devint un camp de réfugiés. Les enfants, perdus, venaient s'y blottir au réveil. Ils arrivaient, un par un, avec un pauvre sourire, qui n'était pas celui que je leur connaissais. Je les attendais, chaque fois, impatiente, pour clore mes nuits sans sommeil. Nous avions besoin, tous quatre, de nous frotter, serrés dans ce lit qui n'était plus que le mien.
Nous désertions l'espace collectif où il avait son atelier, qui sans sa table de travail, ses outils que nous jugions parfois, avant, trop envahissants, devenait une zone froide, hostile, incertaine. Nos espaces de repli étaient insuffisants. Dans leurs chambres partagées, les enfants se livraient des guerres inhabituelles, privés d'un lieu devenu si précaire qu'ils ne pouvaient plus l'investir. Il fallait partir.

Habiter, ailleurs et autrement.

Notre logis, les enfants l'adoptèrent immédiatement, soulagés de longs mois d'insécurité _"mais ou on va aller"_, marquant leur nouveau territoire: trois chambres enfin attitrées, libérées de l'interdiction d'affichage, s'emplissent de tous leurs petits bricolages, se parent de leurs bruyantes idoles. Et la musique, maintenant, nous l'écoutons un peu plus fort.

Moi, je ne sais pas encore, mais maintenant, plus souvent, je me sens un peu chez moi.

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