samedi 30 janvier 2010

Chap 18 FEVRIER


Février
Voyageant à l'est, je visitai quelques cimetières. J'aimais ces vastes parcs, leurs allées ombragées, leurs oiseaux, et leurs tombes sans croix. Elles étaient belles, ces pierres athées. Là, une mappemonde de bronze: un voyageur, un géographe? Plus loin, en bas relief, des outils de menuisier. De si belles traces. La vie était bien là, telle qu'elle avait été, sans les promesses d'après.

Tous deux, l'avant dernier septembre, avions cherché, dans un site épargné par le granit poli, des modèles patients et dociles. Il croquait un notable lyonnais, dont il aimait la moustache. A deux tombes de là, j'esquissais le drapé, puis les boucles d'un ange fatigué. Si on l'avait mis là, irais-je? Non, pas m'y recueillir, mais plutôt lire, fumer, tailler des boutonnières. Avec une brise légère, la couture à la main, il me semble, s'accorderait  à ce cadre tranquille.

Les cendres, qu'en faire? le cliché fut total: la mer. Mieux, pire, une île, que nous avions maintes fois explorée, d'abord à deux, puis avec notre armée. Je convoitais le bord d'un chemin, dans une forêt de chênes verts, ou debout, il s'était soulagé, avant qu'on franchisse la crête, et que sur la grande bleue le paysage se renverse . La situation me plaisait; j'avais en tête son épitaphe préférée:

« C'est occupé. »*


Son père, ne pouvant pas comprendre, s' était indigné, préférant sur la carte un endroit moins banal, et moins foulé aux pieds. Ou nous l'avons laissé, rien ne pousse. Trop de vent et de pierres. Le soleil vous y brûle en été. La dramaturgie adaptée.
Ce jour de février, il faisait beau. Quand tout fut dispersé, qu'il n'y eut plus dans l'eau qu'un nuage, j'ai eu envie de me baigner.

*si quelqu'un en connait le propriétaire...merci, je l'ai oublié. c'est un auteur célèbre.


jeudi 28 janvier 2010

LE VOYAGE FANTASTIQUE

Je devais avoir 8 ou 9 ans lorsqu'un soir, mes parents dérogèrent à la sacro-sainte règle du coucher à 20h30: la deuxième chaîne donnait "Le voyage fantastique" de Richard Fleischer.
Il y a quelques mois, je suis tombée sur ce film au supermarché. Je conservais un souvenir si extraordinaire de ce somptueux spectacle qu'il fallait, absolument, le partager avec mes enfants.

Raquel Welch
Donald Pleasence
Stephen Boyd
Edmond o' Brien
Arthur o'Connel
William Redfield
Arthur Kennedy

Les enfants ne savent plus rêver. Résumé.


Le but est donc d'aller défoncer, à coup de pistolet laser, un caillot situé dans le cerveau d'un grabataire qu'on ferait mieux d'achever. Pour ce faire, on miniaturise quatre emplâtrés et une bécasse (Raquel n'est pas Andress mais en combine moulante), qu'on injecte dans le corps du vieux. Après, le fond d'écran miteux, c'est les globules. Un traître saboteur s'est glissé dans l'équipe.Tout le monde soupçonne tout le monde. Ma fille, elle, soupçonne Raquel :

_"JE VAIS VOUS TRAIRE COMME ON TRAITE LES TRAITRES"

Ses gros globes, finalement, on les immacule. C'est Donald qu'un blanc globule émascule. Bien fait, c'est lui le traître.

Trop ringard le film.


mardi 26 janvier 2010

LE TOLIER S'FAIT LA MALLE



LA VIE SANS SEB

ressemble à celle d' une ménagère de moins de cinquante ans.

Just une tôle .


lundi 25 janvier 2010

MA SEMAINE AVEC CHARLES

Fan de Gainsbarre, mais j'en ai marre. L'homme qui aimait les femmes*, merde, c'est Charles Denner.


Charles Denner, c'est avant tout une voix. Un film en couleur... une voix en noir et blanc qui pénétrait, de son rauque tabagique, mon âme, et le reste. Charles Denner, devant sa Remington. Charles Denner, et sa marche inquiète, sa gueule émaciée, son regard de traqueur malade. Charles Denner et la petite fille, en larmes, dans l'escalier, qui découvre grâce à lui, que pleurer, ça fait tout de même un peu plaisir.

Des mois d'oisiveté... Sauter le pas, affronter l' inévitable: le stage, sur tabouret ergonomique.
Un clapier, un formateur, un ordinateur: l'enfer, comme volontaire. Dix personnes, entassées. Salle aveugle, touches poisseuses, consoles glacées. Et que la fête soit complète, contenu  inepte.  Envie, tout de suite, de me carapater. D'aller dorer, au soleil, ma dévaluation professionnelle. Rejoindre la douceur de septembre. Tranquillement, sur un banc, un bouquin à la main, cultiver mon obsolescence, et laisser , à ces rats de clavier, leur promiscuité de gagneurs.
Courber l'échine, affronter les heures, le bras à angle droit, la main sur le rongeur? A ma  gauche, un homme. Ni charme, ni odeur. L'allure de l'emploi, que je lui promettais d'emblée, d'avenir et de surprises, dans un bureau d'études propret, sous-fifre cravaté d'ingénieurs après-rasés.
A neuf-heures cinquante, j'étais exangue, agonisante.

_"Si vous voulez, on va prendre un café".


Putain d'effet.
Cette voix, c'était bien  cet homme criblé d'acné, en jean beige, au pull en V,  qui répétait "si si, en bas, il y a une machine"....

Cette voix, c'était Charles.

Que voyait-il, une grande tige? Non, bien sûr, une petite pomme.
 Il était si bavard, que toute la semaine,


mes jambes furent des compas, et j'arpentais le monde.



*François Truffaut: l'Homme qui aimait les femmes. 1977. Voir, revoir. 
Le texte original est:"les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe"

vendredi 22 janvier 2010

MADAME DEDE

Plus maille qui m'aille.
J'ai la moutarde au nez, mes collants sont ruinés.
Vite, filer chez Dédé. Le petit luxe de janvier. Douze minutes de plaisir.

Madame Dédé est une matrone que la viscose agresse. Madame Dédé nage dans la soie, le coton égyptien, le cachemire. L'œil vif, par dessus ses lunettes, Madame Dédé me considère. Mes pompes sont éculées, et personne ne les cire. La poche de ma veste est trouée. Son regard baisse, se fixe. Je la devine: "On n'y met jamais ses clefs." Madame Dédé soupire, rajuste son étole pure laine, l'air de dire "chez moi, rien que de la qualité". Je tire la première.
_"Je voudrais des collants solides".
Madame Dédé s'éclaire. Elle est à son affaire. Le bas qui grésille, c'est Elle. A côté les bretelles. D'un geste, elle m'invite:

_"Touchez".

J'ai la main fine. Elle apprécie. Allonge la pédagogie.
_"A votre âge, pas de fantaisie. Du classique." Moi aussi, j'apprécie.

_"Ce qui compte, c'est la Maille. Voyez".

J'effleure, je caresse, j'enfile. Sur le dos de la patte, j'étire. Madame Dédé frissonne. Je frôle, j'examine. Elle attend. J'hésite. Trop mat, trop opaque, trop satiné, trop fin, trop brillant, trop fluide. Je mélange les résilles. Je compare, je m'égare... je suis dubitative.
C'est le moment. Madame Dédé lève le sourcil, disparait.

_"J'ai ce qu'il vous faut. Il vient de sortir":     Subtilité

Je me rends à son autorité. Madame Dédé décolle :

_"SUBLIME".

C'est vrai.

Subtilité 15 coûte un bras, mais fait la jambe féroce.


jeudi 21 janvier 2010

Chap 17 PLACEBOS



Souvent, encore, c'était hier.



"Mais qu'est ce que tu vas faire, ma pauvre Françoise?" Je n'ai pas pu contenir ma colère: lui, il était mort, et ne pouvait plus rien faire.
Répondre gentiment "Me pendre peut-être?"

Infoutue d' installer une étagère solide, alors, percer un plafond... J'ai toujours voulu vivre. La rage aidant, il y avait bien un défi.

Ils s'espacent, ces moments effrayants, ou il faudrait que tout s'arrête. Pour apaiser le monstre, j'ai toute une panoplie: sport compulsif, activité frénétique, évocation des pires, Haiti !
Autant d' anesthésies... "tu m'embarques", variante exceptionnelle, plus aléatoire, et à effets secondaires.
Un peu trop tôt pour l'oubli. Les jours ou tout va bien, une petite chose me manque. J'appelle alors l'absence, et m'en pénètre, histoire de retrouver une tristesse familière.

Le monde qui se construit sans lui ne me plait pas encore tout à fait.

mardi 19 janvier 2010

SAMEDI


-->
samedi


BRULEZ TOUT 


SAOULEZ VOUS


-->
FAITES DU BRUIT
 

lundi 18 janvier 2010

Chap 16 MAUVAISE POCHE

Presque deux ans après, je lis toujours avec difficulté.  Le soir, pour traverser les méandres de ma cognition troublée, j'ai besoin d' images fortes, crues, directes. Je ne compte plus mes lectures avortées.

La veille de sa mort, il lisait  "Voyage au bout de la nuit." A l'évidence, cette lecture l'éprouvait. J'avais hâte d' entendre ses impressions, avant de prendre sa suite. Sur la couverture de  cette ancienne collection de poche, au fond vert sombre, un homme vêtu de blanc, les yeux hagards, avance un pas d'aveugle, les bras tendus devant lui.
J'ai commencé, le lendemain, là ou il s'était arrêté. Les  livres sont mal faits: la page  376 débutait et se terminait au milieu d'une phrase, comme son vis à vis.Que prendre comme point de départ? La fin du premier paragraphe? Les suivants? Pas moyen de revenir en arrière.
Il restait cent pages. J'ai lu, jusqu'au bout, à sa place, sans rien comprendre, que le titre et l'illustration. 
Si seulement il avait pu lire autre chose.




samedi 16 janvier 2010

LA FIN DES EDITIONS RAPHIA

Je les aimais pourtant bien, ces rectangles de papier que je semais dans les boites aux lettres, au coin des tables de travail, ou que je donnais, au café, le matin, à mes copains de zinc. Ces petites histoires qui ne se suivaient pas toujours tout à fait. J'en peaufinais la présentation, avec la coquetterie du juste ce qu'il faut de pas trop sérieux. En les faisant, je choisissais à quel moment on tournerait la page, comme une autre ponctuation. J'y prenais , peu à peu, du plaisir.
J'imaginais, chez mes destinataires,  la petite pause de la fin, puis leur rangement bizarre, quelque part; jetés au fond d'un tiroir, posés sur une étagère, glissés entre deux livres, peut-être à cause du morceau de raphia qui les reliait, et rendait, finalement, ces petits objets un peu  encombrants.

C'était, en effet, un peu compliqué: le plus souvent, me croisant, mes destinataires , _gênés, tristes,  lassés?_... regardaient ailleurs... Ces objets? Des 

                                                           trucs, 
fascicules,  
                                                           opuscules 

Je ne savais pas trop moi-même ce qu'ils étaient. 
Un ami, qui ne les regardait pas, chez qui je livrais, pour sa femme, mon petit dernier,  m'a dit:  "Ah... mais c'est de l'écrit ! ". C'était tout simple, mais il fallait qu'on me le précise.
J'en avais un peu honte. Raconter son deuil, curieuse manière de faire diversion. On sait bien que c'est difficile, et qu'on ne peut rien y faire. Alors, encore  "la ramener avec nos cadavres"... m'a dit quelqu'un qui sait trop bien de quoi il parle. 
Mais tout de même... A triturer mon actualité, à grands coups de va-et-vient, il fallait bien en faire quelque chose. La ramener, et qu'on la lise. Quitte à me faire l'effet d'une fille publique, en beaucoup plus vulgaire: 

putassière

(toi qui viens en ami, ce ne sont pas les miennes.)

Elle se  pose,  la question de l'impudeur, du fond de commerce, du goût du drame, du voyeurisme, et dans tout ça, de lui. Pourtant que cela soit dit: 


le deuil est une expérience passionnante


Ce n'est pas toujours drôle, mais ça vous met de l'intensité. 



Je continuais, sans savoir, d'un jour sur l'autre, ou me menait ma logorrhée. Chez le reprographe, j'augmentais les exemplaires.  Dix, vingt, quarante. J'en distribuais, pour voir, à des gens de moins en moins proches. Il me fallait des commentaires. C'était frustrant, à force, ces gens qui regardaient leurs pieds.

Frustrant... et dispendieux. Il y avait un autre espace. Il fallait décider. Je me méfiais de la toile. Je la trouvais glacée, un de mes  aspects surannés. Je craignais le clic impatient, le parcours désordonné. C'est fait. Fini, les opuscules. Aujourd'hui, je ne sais plus qui me lit. Cela me rend moins impudique. Pas vrai, quand on se connait, c'est bien pire. Les remarques sont rares, dommage. Mais que dire? 

Qu'importe:

"C'est le soir que c'est difficile".  
La nuit ou j'ai lu ce petit texte* d'un auteur qui ne boit , finalement, pas que de la bière, je l'aurais bien embrassé, de penser à nous tous, quand nous perdons trop cher. Maintenant, quand  j'ai fini et qu'il est tard, sur mon écran, je fais descendre le curseur. Et quand augmente  le petit compteur, je me sens un peu moins seule.


*"Ma grand mere avait les mêmes". Philippe Delerm. Seuil.

jeudi 14 janvier 2010

Chap 15 PLUS TARD


_"Qu'est-ce qu'on va faire si tu meurs?
_ Je ne sais pas moi...de toutes façons, ça arrivera...
Mais plus tard.

Euh...Quand vous ne pourrez vraiment plus me voir".


Ouf, ça y'est, ils rigolent.

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mercredi 13 janvier 2010

L'ANNEE A L'ENVERS




je sais, c'est has been...
elle me pince le coeur cette chanson; je suis une midinette.



Découvrez la playlist l'anne a l'envers avec Jacques Higelin

Chap 14 PALAIS ROYAL

Aujourd'hui, nous sommes installés. 
Notre appartement n'a plus l'air provisoire.Celui que nous avions occupé n'attendait plus, sans lui, que d'être abandonné. Lui et moi n'y étions, de toutes façons, guère attachés. Nous patientions, pour le jour ou nous pourrions choisir le lieu de notre vie à venir, n'effectuant que les travaux strictement nécessaires. Ces murs, dont nous n'aimions pas les teintes, étaient chargés de nos projets. Les repeindre, c'était capituler.

Dans les semaines qui suivirent sa disparition, notre  chambre, jusque là forteresse, devint un camp de réfugiés. Les enfants, perdus, venaient s'y blottir au réveil. Ils arrivaient, un par un, avec un pauvre sourire, qui n'était pas celui que je leur connaissais. Je les attendais, chaque fois, impatiente, pour clore mes nuits sans sommeil. Nous avions besoin, tous quatre, de nous frotter, serrés dans ce lit qui n'était plus que le mien.
Nous désertions l'espace collectif où il avait son atelier, qui sans sa table de travail, ses outils que nous jugions parfois, avant, trop envahissants, devenait une zone froide, hostile, incertaine. Nos espaces de repli étaient insuffisants. Dans leurs chambres partagées, les enfants se livraient des guerres inhabituelles, privés d'un lieu devenu si précaire qu'ils ne pouvaient plus l'investir. Il fallait partir.

Habiter, ailleurs et autrement.

Notre logis, les enfants l'adoptèrent immédiatement, soulagés de longs mois d'insécurité _"mais ou on va aller"_, marquant leur nouveau territoire: trois chambres enfin attitrées, libérées de l'interdiction d'affichage, s'emplissent de tous leurs petits bricolages, se parent de leurs bruyantes idoles. Et la musique, maintenant, nous l'écoutons un peu plus fort.

Moi, je ne sais pas encore, mais maintenant, plus souvent, je me sens un peu chez moi.

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lundi 11 janvier 2010

Chap 13 COUP D'ETAT

Bien des choses ont changé.

Après sa mort, je découvrais, jour après jour, nos habitudes. Chaque redite, impossible, était un crève-coeur. Il fallait des réformes.
La première fut culinaire. 
Sa précision l'imposait, en maître, sur quelques combinaisons; il régnait sur les sucres lents. Dans ce domaine, je me tenais en retrait, ayant d'autres cordes à mon arc.
Je ne fus pas diplomate. Mesure extraordinaire!
Magret haricots verts.

Pleurs, cris, une véritable mutinerie. Le magret, c'était RIZ
Comme Papa.
J'ai résisté. Je ne le regrette pas.

J'ai pris, dans la foulée, le pouvoir sur les pâtes.
Le spaghetti, avec lui invariable en marque, texture, saveur, tombe en désuétude. Tagliatelles, farfalles, tortellini, fusili,  nos horizons sont  aujourd'hui plus divers...autant que les commentaires. Le dernier fut, hier, de mon fils:

     "al pas cuit"


dimanche 10 janvier 2010

Chap 11 MA BIENNALE A MOI


Ma biennale à moi, c'est le 23.

Me situer dans les statistiques  
 "un veuvage, c'est deux à cinq ans...

  Je suis presque à la première limite.
...pour retrouver son ancien niveau de satisfaction."

Décidément, je manque de vocabulaire. 
Il y a des jours ou je voudrais résilier ma résilience.

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jeudi 7 janvier 2010

MON TAULIER PREFERE

Taulier, c'est un métier; ça ne s'improvise pas.

Mon taulier préféré sait ce qui plait, 
et porte des chemises étriquées.
Mon taulier cause comme il faut: 
il vouvoie les inconnus et insulte ses habitués. 
Mon taulier est un poète, 
et use de toutes sortes de métaphores, qui empruntent, selon les cas, à la botanique, au monde animal, à l'alimentaire ou à la mécanique.
Mon taulier connait tous mes désirs: 
il sert  mon Perrier tranche sans glace, et n'entortille jamais la ficelle du sachet de thé autour de l'anse de la tasse: il sait que  ça m'agace.
Mon taulier est déterminé: 
avec les cons, il est si désagréable qu'ils ne reviennent jamais.
Mon taulier a le sens du sacrifice:
il peut virer un pochetron. 
Mon taulier est comme tout le monde: 
pété, il se répand.
Mon taulier est positif: 
l'épaule droite détruite, il se branle de la main gauche et dit que c'est comme si c'était quelqu'un d'autre.

mercredi 6 janvier 2010

Pour en finir avec Terminator (autofriction)

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Découvrez la playlist megadeth avec Megadeth

Hello Arnold

Tu veux de mes nouvelles, en voilà.
Comme tu figures sur ma liste de diffusion, je projetais de te faire parvenir par mail, en suite du « Coup de sonnette »les tristes exemplaires de mon académique littérature, dont l’unique avantage est d’être gratuite , avant d’en lâcher par poste, comme y sont habitués mes fidèles lecteurs, les versions papier. J’ai changé d’avis.
T’ayant suffisamment infligé mon stéréotype de veuve, je veux maintenant cultiver l’exception.

Tout va bien pour moi :
Il m’est revenu récemment à l’esprit que ma mère, à soixante ans, gémissait encore dans son affreuse chambre rose. C’était une voluptueuse. J’avais oublié cette avantageuse hérédité. Voilà qui dissipe les angoisses que j’eus le mauvais goût de répandre sur ton oreiller…(fussent-elles, au fait, de celles-ci ?) Et réconforterait mes futurs clients, victimes de lieux communs, quant à la délicate étape biologique qui me tombera dessus d’ici une dizaine d’années. J’exulte.
Mon club poursuit ses réunions, auxquelles je demeure très assidue. Nous dégustons, mes araignées et moi, une psy de comptoir que nous envieraient tous les pochetrons du coin.
Par ailleurs, et c’est le but de ce courrier, mon laboratoire favori m'avait, comme espéré,  fait parvenir l’ultime confirmation de ma séronégativité. Le protocole, faisant suite à un tragique moment d’égarement, fut scrupuleusement respecté. J’en fus fort aise, ayant attendu, sans succès, le test symétrique, que la règle de bienséance du one-shot non plastifié laissait escompter. Ton mépris des convenances est, décidément, incroyablement vivifiant. Mon paresseux conformisme s’en trouve définitivement toiletté.
Instinct, ressenti… fi des à priori…Douces bouffées de chaleur à l’évocation de mon second prélèvement ...et au su de ton tumultueux été de quarantenaire épanoui.

Je procède actuellement au nettoyage méthodique des e-mails dans mon ordinateur défectueux, qui me prive injustement d’un lien indispensable avec le grand monde. Je te joins donc la copie de tes derniers brillants courriers avant leur irréversible suppression. J’associe à cette mise au net le lavage de cerveau que tu m’as si judicieusement proposé : table rase de mon passé.
La simplicité de cette procédure me sidère : il suffisait de le vouloir n’est-ce-pas ?
Je te félicite encore pour la qualité et la remarquable acuité de ton écrit, dont la relecture est une véritable, et définitive révélation :

COMMENT AI-JE PU ?

La lumière est en moi. 

 

voir: "le petit guide pour user des veuves", janvier 2010

mardi 5 janvier 2010

FLORILEGE1

C'est la saison des bêtisiers, et puis c'est bon de publier sa méchanceté spas? 
C'est ça, l'esprit de Noel.


_"Tu es vraiment trop maigre."
Arf.


_"Dis donc, toi t'as pris dix ans" 
Pourtant j'ai rien fait de mal.

_"Alors, vous êtes bien dans votre nouvelle vie?" 
On s'éclate grave.

_"Après quarante ans les femmes elles ont plus de libido"  
Je me disais bien que quelque chose ne va pas chez moi.

_"Alors ça y est, tu es passée à autre chose?" 
...je réfléchis à cette autre chose à laquelle je suis censée passer.

_"si tu n'as pas retrouvé quelqu'un c'est que ç'est dans ta tête" 
Ah ben tu me rassures si c'est dans ma tête alors je vais trouver.

_"...tu sais, une bonne femme méchante genre vieille veuve"   
...je lutte pour rester quelqu'un de bien, mais parfois c'est dur.


_"c'est une mal baisée, une connasse quoi...." 
...ben c'est pt'être pas que de sa faute...
Et quand on n'est pas baisée du tout on est comment? j'ai lu un article sur un type qui a buté cinq gonzesses pour cause de frustration . Y manquerait plus que j'aille en tôle.
 D'ailleurs ça y est, j'ai pris dix ans.

dimanche 3 janvier 2010

Chap 10 L'HIVER

Maintenant, l'hiver,
                      ça sent le sapin.
Décembre.
Plus jamais ses cadeaux, si finement choisis.
La première fois, des pendentifs en acier brossé dont la trouvaille m'avait épatée.L'année suivante, il m'offrait une  paire de gants de cuir bleu de Chine, me disant en riant

« Un achat bourgeois, au Gant Grenoblois »

Un an après, il dénichait une drôle de petite pendule boule, à pied tulipe, dont l'achat avait été délicat: simultanément, et à deux pas, je cherchais, pour ses lectures, une jolie lampe spirale...Croisement fatal...notre amie, au courant de nos plans respectifs, avait, in extremis, modifié l'aiguillage.

Puis une belle éponge naturelle, pour le bain




« Tu vas voir, ma grand-mère en avait une, c'est tellement doux »

Un livre d'art, Caravage, m'avait laissée coite. Une seule fois, me semblait-il, et peu de temps après notre rencontre, je lui avais parlé de cette découverte à Rome.
Plus tard,  une théière japonaise au décor subtil, d'un vert sombre et mat, parce qu'il aimait, non pas le thé, mais me le voir verser. Récit désopilant de l'acquisition: un commerçant trop prétentieux qu'il avait fait un peu souffrir.
Une fois, il m'avait oubliée: il l'avait senti passer.
Une autre fois encore, dans un écrin laqué, un rouge à lèvres carmin et son petit pinceau. Je l'attendais pour l'appliquer... lui, me laissait assister à son rasage soigneux. Tous deux, silencieux, l'oeil allumé. 

Une paire de faux cils, pour me rendre "encore plus pointue".  
Je l'imaginais chez Mac, savourant les explications de la petite vendeuse parfumée, son petit sourire en biais. Dans ces boutiques, il était à son aise: il adorait les femmes. 
Petites boulottes, grandes cheminées_ "ça tire bien"_brunes, blondes, vénitiennes, je n'étais pas jalouse:

j'étais la sienne.


Bientôt deux ans, et un qui commence.

La première année fut un chaos que je voulais, sans cesse, pouvoir maîtriser. A mes journées folles, la tête en laisse, cherchant l'action à tout prix, se succédaient des nuits délirantes, hystériques, qui libéraient , en torrents, heure après heure, les flots que j'avais comprimés. Des matins épuisés, qu'il fallait remplir, jusqu'aux repas, qui se présentaient comme des épreuves. Des après-midi anxieuses de l'approche du soir, qui déchaînerait une nouvelle tempête.
Et puis la seconde, qui devant moi, n'en finissait pas de dérouler ce tapis gris souris, jonché des dégâts collatéraux dont j'avais cru, aveuglément, pouvoir me prémunir.

De nouveau, janvier.
Je ne m' habitue pas à mon nouvel aspect.

Premiers mois gonflés au lait fariné, enfance menue, adolescence boulotte, majorité indécise, mon corps paraissait avoir pris, à mes trente ans, sa forme définitive:.Je le savais alors promis, comme il l'est pour chacun, à une altération inévitable, mais régulière, dont je me préoccupais peu.
Nos quatorze ans à deux l'ont modelé doucement. Après chaque enfant, il retrouvait la forme à laquelle nous étions habitués. Il suivait simplement son cours, sans transformation spectaculaire. Celui qui m'aimait, et le savait par cœur, attentif aux marques des ans, dont il notait avec tendresse les lentes opérations, continuait à s'en réjouir, et s'en étonnait encore. Cette reconnaissance me rendait aussi fière que de son corps à lui, dont le dessin se poursuivait, posément, au rythme du mien. Le temps lui allait bien .
Sa mort brutale m' imprima, en moins de quatre mois, des changements  si barbares que sans doute, aujourd'hui, me croisant dans la rue, il passerait tranquillement son chemin. Jusqu'ici, je ne doutais pas que l'accalmie me rendrait, progressivement dans mon miroir, une image, sinon identique, au moins familière. Refusant les photos,  pour ne  pas garder  trace de mes nuits démentielles, de mes colères hideuses, de mes abandons honteux ... j'espérais regagner, en douceur, un peu de matière...
L'effet de la gravité. Il va falloir m'y faire.

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vendredi 1 janvier 2010

Petit guide pour user des veuves

Ou comment s’en débarrasser

« au con la culpa »
Cornelius Nepos (-100629 av JC)



Pété, vous avez levé une veuve pas mal.Il vous pousse des ailes. Vous êtes plein de joie, de désir…et de compassion.Pourtant, tapie dans l’ombre, la menace est réelle : Vous lui plaisez !Ca craint du boudin. Vous regrettez.

Résistance !!


Mais si vous êtes un homme bon,
Vous n’êtes pas sorti de l’auberge

Comment faire ?


Vous dansez ; faites-la tourner, c’est comme ça qu’on tue les poules.
La veuve aime quand ça tourne.
Ca la grise.

Faites la boire. Mince, elle encaisse, elle doit se mettre en bière tous les soirs.
La veuve piccole ?

Couchez-la.
La veuve est insomniaque.

Trouvez lui une occupation. Sinon, elle parle. Pire,
La veuve veut qu’on lui parle.

Alors là méfiez vous.
Faites autre chose. Enfin bon merde quoi !
Elle crève de trouille et vous… ben vous êtes vraiment pété, dites donc*.
La veuve, parce qu’elle est veuve, a un problème d’estime personnelle.
Ne me demandez pas pourquoi il parait que c’est classique, c’est dans les bouquins. Pétée aussi, elle est convaincue d’être devenue une quiche au lit et que c’est de sa faute.
Sans le savoir vous avez marqué un point.
*si vos symptômes persistent, consultez votre médecin.


Comme Arnold, dites- lui

« I WILL BE BACK»


et barrez-vous. Chauffez-la bien avec un ou deux mails, puis laissez- la sans nouvelles.
La veuve est anxieuse.
Elle se Terminaterrorrisera en vous attendant.
Sans le savoir vous avez marqué deux points.

Revenez et faites le mort. Ne l’appelez pas, comme vous l’aviez promis. C’est une agitée du bocal…Elle se ronge, le doute s’installe ; elle en perd le sommeil et la raison. Supplications. Faites encore silence, puis assénez lui un texto laconique et pas fini, et rebarrez vous.
La veuve sait finir les textos.
Vous marquez trois points et cette fois, vous le savez.
Plus quatre points au larguage téléphonique, après ses quatre-vingt messages. Ca vous a coûté mais vous avez eu raison de confirmer.
Mi temps. Elle a un genou à terre, au lieu de se dire que vous êtes un bel enfoiré ( enfin bon, le prenez pas mal quoi, on a pas besoin d’en être un pour se comporter comme tel, et pis faut savoir ce que vous voulez, enfin je dis ça moi … bon, vous ne saviez pas et puis vous êtes crevé).
La veuve croit toujours que c’est de sa faute et qu’elle n’a pas assuré et tout et tout


Mais comme elle en a déjà bavé :
La veuve est pugnace
Crise, insomnies, incantations, vaudou, intervention dans l’antimatière, visite chez le coiffeur, ménage compulsif.


Le temps passe… Et elle vous rappelle.


Merde alors.

Elle paye pas le téléphone ? Pour elle, les explications, c’est gratos. Ca va durer, votre messagerie sature.
Pas le choix.
Rappelez la, mais pour en finir, pas pour être gentil !
Ne sous estimez pas votre adversaire.


La veuve veut comprendre.


Vous acceptez d’expliquer, et vous vous mettez dans une merde noire parce que


La veuve est compréhensive


et pleine d’affection pour vous et qu’elle prend les gens comme ils sont et tout et tout :


Ne lui dites pas
« Je ne suis pas le prince charmant »:
Elle le sait, le prince charmant est un con, il porte un collant et il pue le canasson, alors c’est pas grave !
Variante , dans les cas de veuves gravissimes :
Elle le sait, il est mort
Ne lui dites pas
« Tu n’es pas ma princesse »
Elle le sait : ayant dansé toute la nuit, elle avait une putain de gueule de bois , une haleine de chacal le lendemain, et vous aviez l’air content quand même. Il ne faut pas avoir l’air content, bordel !


Ne lui dites pas non plus
« Je suis un mec compliqué »*
Ca va l’exciter. Si c’est une veuve, elle est forcément torturée, et donc tortueuse. Donc elle aime les malades dans votre genre. Enfin bon vous voyez. Non ?


« Tu as encore besoin de temps »
Ça l’énerve, comme Helmut Fritz.


Ou encore
« Tu as la tête pleine de souvenirs »
Ça l’énerve aussi, les souvenirs elle en a ras la touffe.


« Tu vas comparer »
Ça l’amuserait peut-être, mais si l’autre était encore là.
La salope !


« Je ne suis pas prêt»
Elle ne voit pas trop à quoi, et s’en bat les ovaires. Pas grave, elle, elle est prête à tout !


*balancez votre bouquin d’analyse transpersonnelle, ça sert à rien .Ne le laissez pas trainer, elle va tomber dessus.


Changez de stratégie. N’allez pas la voir ! Trop tard.

Trempez-la dans l’eau…bof, pour elle, ça baigne.
La veuve sait nager.
Au moins, ça la calme. Ah, je vous ai vu vous avez encore l’air content. Vous n’apprenez pas vite ! plan B!

Vous jouez alors sur l’effet de surprise, elle ne s’y attendait pas. Allez, emmenez-la chez vous, et hop vite fait, et après vous la sortirez, et ciao, bons amis. Ouais, on sait, c’est une quiche, c’est dur. Faites un effort de concentration …
Bon là, elle ne sait plus trop ce qui se passe. C’est quand qu’on bouffe ? Après elle mouline et…
La veuve est optimiste.
Encore un coup de la résilience.
Pas de bol. Jusque-là rongée de doute, la veuve se met de nouveau à croire au temps, à l’effort de la construction, pour cueillir les fruits du persévérant apprentissage de l’autre dans l’amour et le respect. Plus jamais quiche ! Bientôt de nouveau, l’étreinte et le sublime !! Vous n’avez aucune raison d’être content .


La veuve est indécrottable.
Ne l’emmenez pas au théâtre ! Elle trouve ça classe, vous est reconnaissante, se dit que vous êtes dans le partage d’expérience, et cimente son attachement.
En plus elle pleure à la fin, elle n’ a pas dormi, et vous commencez à la trouver un peu moche : c’est vrai qu’elle n’est plus très fraiche. Barrez vous vite car…


La veuve a un redoutable plan secret.
Ne lui dites pas « on verra bien ce qu’on fera »
Elle, elle sait :
Elle veut un rencart
C’est là qu’on voit qu’elle vous veut vraiment du mal.
Et après, elle voudra un rencart, et après encore un rencart et encore un rencart et encore un rencart…

Jusqu’à ce que votre mort s’ensuive.

Ca vous énerve.

Ramenez-la chez elle et reprenez du début.
Refaites une fois le coup d’Arnold dans Terminator .
Balancez votre téléphone. Résiliez votre abonnement Internet, mettez un bonnet, changez de voiture, déménagez, jetez vous dans l’antimatière.
Si ça ne marche pas, rachetez vous un portable, faites lui un texto :


« svp je ne veux plus te voir ».

La grande classe.
Le svp est en trop , mais vous êtes un killer.
On est séchés. Respect.

Si elle vous retrouve,


butez-la.

AU CUL LA COMPASSION !!