samedi 25 décembre 2010

hotel de la tour

A l'hôtel des Chasseurs, on s'encanaille. On y va pour l'endroit. On y mange du gibier, on y boit des vins fins. On y tripote une femme replète. Quand ça glousse, tout va bien. Le patron, c'est une trogne. Lui aussi ventripote. Moustache et nez grivois, au milieu du repas il refile, en riant, son trou normand. Il sait qu'on restera. A l'hôtel du Chasseur, plus on trinque, plus ça va.
A l'hôtel de la Tour, on y fait juste étape. A l'hôtel de la Tour, il n'y a rien qui vaille, sauf ce qui est autour.
La Tour, d'ailleurs, elle est en face.
A l'hôtel de la Tour, on monte un escalier, pour une chambre single. D'abord, on s'acquitte. Ensuite, on visite. La tôlière est revêche:
_"Ça va?
_Quoi? Un petit lit? Vous n'avez pas compris. Je suis peut-être seule, mais j'ai besoin d'espace. Je dors peut être à droite, mais mes rêves sont à gauche. Alors, il faut la place.
Merci, je préfèrerais celle-ci.
_A onze heures, on met la clef là."
On tamponne, un instant, les évènements du jour. Les draps sont blancs, on les essaie. Proprets. On prend une douche. Dehors, on jette un oeil. Mais tout donne sur la cour.
Alors on sort, pour une nuit qui trépide. On enchaîne les endroits. Puis lasse, on attend le jour.
A l'hôtel de la Tour, on rentre seul. Dans l'escalier qui tourne, on marche droit. A l'hôtel de la Tour, ce qui compte,
c'est tout ce qu'on y fait pas.

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mercredi 22 décembre 2010

24


Depuis plus de trente ans, je n'ai jamais fêté Noël le 24 décembre. La dispersion de ma fratrie régit ce contre-temps auquel, dans une rébellion facile, je me suis attachée. C'est, j'adore le croire, une de nos distinctions.
J'aime aujourd'hui l'ambiance brouillonne de ces Noëls décalés. L'ouverture des cadeaux, sauvage, bruyante, désordonnée, l'excitation des enfants,le vautrage dans le canapé. Et par dessus tout,  l'absence de solennité. La mise en scène, je la subis dans une autre famille: celle que je n'ai pas choisie, _tout-comme-la-tienne me direz vous_, mais que je n'ai jamais vraiment adoptée. Ses protocoles me sont étrangers. J'assiste, chaque année, à la gratitude. Je n'y suis pas impliquée. Démontrée, elle violente mon intimité, dérange mes habitudes. D'ordinaire impudique, j'y suis mal à l'aise, contractée, sur mes gardes. Durant l'interminable ouverture, ou chacun scrute l'étrenné, j'aide, au fur et à mesure, au pliage des paquets, qui chez nous restent entassés, à peine froissés. Volumineux, mais oubliés. Là, papiers de soie, sachets étoilés, bolducs, cartonnages sophistiqués, emballent, l'air de rien, ma diversion. Compactant avec soin, j'attends, gênée, la fin des effusions.
Nous en avons pourtant, nous, des traditions. La plus marquée, et la plus consensuelle, consiste à railler, haut et fort, ce beau moment d'offrandes. Ma tribu, au fil des ans, déritualise Noël. Ce délitement me plait. Il m'arrange. Il colle, de plus en plus, à mon flou personnel ; il confirme, banalise, installe ma désinstallation. 

Le 24 est un jour ennemi. Une troisième fois, le 24, je serais seule. Mes enfants sont partis. Tout l'an durant, je réclame, à corps et à cris, mon autonomie. Comme un dû, je brandis mon temps amaigri, comme l'équipement de ma survie. Mais à l'approche de ce soir là, lentement, l'angoisse, sournoise, me colonise. Je panique, puis je rationalise. Enfin, j'essaie. On va m'appeler. Des amis, attentionnés, pointeront, c'est sûr, sans l'air d'y toucher, mon 24 dénudé. Pourquoi rester simple, quand on peut s'alambiquer? Non. Je méprise la grande communion. J'exclus les invitations, en suggérant, évasive, de faux projets, privés, et allez, j'me la pète, décontextualisés. J'agite mon indépendance, et ma liberté d'esprit. Le 24? C'est pour les cons. Ben voyons.
Tout mon orgueil est là. Je rêve d'un soir d'exception. Un soir distingué. Sans robe, sans sapin, sans papiers dorés. Un soir simple, mais peaufiné. Un 24, qui ne serait pas Noël. Un soir qu'un seul autre saurait.

Le soir de Framboise Parée. 

sacré Albert


"ce qui m'intéresse est de savoir comment nous devrions nous conduire, et plus précisément comment savoir se conduire quand on ne croit pas en dieu ou en la raison". Sacré Albert Camus. Bah, moi, je ne sais pas comment, mais  je me conduis mal.

mardi 21 décembre 2010

j'emmerde

J'emmerde les pisse-froid, les bande-mou, les coeurs tièdes, les gens qui ont des plannings, ceux qui les tiennent, ceux qui me trouvent exotique, l'esprit de Noel, _Marie couche toi là, que je me fasse Joseph_, ceux qui ne débordent jamais, les hygiénistes, le service de la propreté, la rigueur, les amours de vieux,  Ken , même avec un bouton de fièvre, le 24 décembre, ceux qui auraient préféré de la littérature, les vitamines et ceux qui veulent que je me calme. Vivement 2011, qu'on enterre ce merdier moribond.

lundi 13 décembre 2010

32 ça t'aurait plu

Ça lui aurait plu. Le nombre de fois que j'ai dit ça. Le goût amer des plaisirs. Faire les questions, et simultanément, les répliques, frustrées d'actualité, et privées d'avenir. Au fur et à mesure, ne plus dire tu, mais il. Le soliloque s'étiole, mollement, dans la spéculation. Penser pour quelqu'un qui ne pense pas. Puis le doute. Ça lui plairait, qu'est ce que j'en sais? Il n'a rien vu, rien dit. A force, ne plus dire que je. Bâtir, malgré soi, des consensus inutiles, pauvres, malingres, débiles. Et finalement, troubler le jeu, ne plus s'accorder crédit. 

Ça t'aurait plu.
Cette fois, l'absente, ce serait moi. Je dirais quoi, c'est ou? 


Ça changerait presque tout.

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mercredi 8 décembre 2010

la voix du soir

Il y a des voix qui vous transportent. Le soir, une voix. Qui parle, sans se tarir. Qui pense. Qui raconte. Qui réfléchit. Qui donne son avis. Qui contredit. Qu'il faut, chaque fois, interrompre. Quand même, c'est la nuit. Garder des choses à dire. Dormir. Une fois, au matin, touche Un :



C'est beau, je sauve, j'emprisonne. Comme un bijou, dans une toute petite boite. De temps en temps, j'écoute. "Alors?" vous allez me dire. 
Alors, rien. J'écoute, c'est bien.

dimanche 5 décembre 2010

Liebnitzstrasse



"Je sais que j'aurais dû te prévenir de mon arrivée dans ta ville. Tu es un homme très occupé. Je n'ai pas pu t'appeler avant, parce que j'avais peur que tu ne soies plus là. Cela m'aurait été difficile de venir ici si j'avais su que tu n'y étais plus. Je préférais te trouver, ou ne pas te trouver, directement, dans ta jolie petite agence de Liebnitzstrasse."

Voilà le début de la lettre que j'aurais dû écrire, et que je n'ai pas envoyée.

Berlin, 90. Six mois déjà. J'avais claqué toute mon artiche: mon pécule, coquet, et mes trois bourses cumulées, pour la première année d'échanges entre universités. Il était temps de travailler, le Mur avait fini de tomber.
J'avais tenté deux agences. La première, une usine, débitait des bureaux à la chaine. Les associés, agressifs, insatisfaits, humiliaient, au quotidien, des étudiants tremblants et sous-payés. Deux jours, et je les avais détestés. Inutile d'insister.
La seconde était plus intimiste. Le type bossait dans la cuisine d'un appartement mansardé. Il était divorcé, et travaillait comme il pouvait, rectifiant, pour la cinquième fois, les plans d'une maison sans intérêt, pour laquelle il ne cachait pas sa fierté. Sur sa table à dessin, il exposait ses photos personnelles, dont une, corsée, où il posait déguisé. En Indien. A Berlin , c'est vrai, on les adorait. Il y avait même, à Kreuzberg, un village Sioux, avec des vrais tipis et tout, où les gosses n'allaient pas à l'école. A dix heures, il était épuisé, et prenait son petit déjeuner complet, puis se remettait à la tâche jusqu'au repas, une heure après. Je craignais, pour lui, un excès de cholestérol. En secret, je l'appelais Grand-Calumet. En bon patron, il me donnait des leçons, et m'avait demandé, une fois, de bien indiquer, sur la façade, la fumée qui sortait de la cheminée. J'avais pris ça au second degré, mais finalement, le voyant insister, j'avais admis ce que ce type était : un gentil cinglé, con comme ses grands pieds. Au bout de quinze jours, j' abandonnai mon emplumé.

La fois suivante fut la bonne.
L'agence logeait au troisième d' une bâtisse de brique. Typique, elle donnait sur une vaste cour où exhalaient, comme dans toute la ville, de somptueux tilleuls. Une seule et grande pièce, découpée, pour un tiers, par la copie suspendue d'un Matisse. Elle épaulait une bibliothèque, répartie  en trois grands volets: art, architecture, technique. Le Grand Intérieur Rouge, dont les proportions avaient été plus que doublées, devenait une autre oeuvre, qui se laissait pénétrer. Rien que pour ça, j'ai eu envie de rester.
Il terminait un chantier, et visait un concours qui l'intéressait. Une école primaire, à l'Ouest, payée par la communauté juive.Il n'aimait pas travailler seul, et n'avait pas trouvé, disait-il, de partenaire adéquat. Sa femme était française, c'est pour cela qu'il m'embauchait. Que le critère d'origine fût pour lui, un gage de compatibilité, ne me choqua pas plus que ça. J'y trouvai même, plus tard, une vraie légitimité.
Dietmar était un drôle d'animal. Une petite tête, coupée en brosse, des lunettes sans montures, aux verres épais, qu'il avait lui-même dessinées. Un visage rusé, qui m'évoquait un furet. Il était né en quarante-huit, avec son frère, qui forcément lui ressemblait. Ils vécut   son enfance dans les logements précaires d'une banlieue ruinée, avant d'entrer, à Berlin, chez un menuisier. Un jour, par curiosité, il mit un pied à l'université. Pas si banal. Inscrit, il ne le fut jamais.Il se fondit, d'abord, dans le décor, traînant simplement ses guêtres. Et petit à petit, rendit tous les projets. L'époque n'était pas formaliste. Il sortit diplômé, simplement parce qu'il était doué. Ça, c'est sa femme qui me l'a raconté.
Les modalités clarifiées, il prépara un café, et sur la table, posa une carte. Un Kandinsky.
_"Tu connais?
_Oui...
_C'est ce que je veux faire".
Naannn, je me suis dit. Encore un qui dékonne*. Pour rentrer le programme, on va se tortiller et finir au chausse-pied. A l'école, partir de la forme était aberrant, interdit, et surtout immoral. Une image, c'était pire. Il me montra ses esquisses. Tout était là, bien à sa place. Non, il ne déconnait pas du tout.
Il n'y avait qu'à développer, et c'était mon boulot. Que faire? J'étais paumée. Je glissais sur sa table ce que je croyais terminé. Il gémissait. "On dessineIl faut de la plasticité". Le plan devait être subtil, tendu, raffiné. Des heures durant, il tournait, trouvait, m'expliquait. Mettant, posant, remettant ses lunettes, que dix minutes après, il perdait, il explorait les calques à quelques centimètres, plissant ses yeux de myope, oscillant de la tête.  N'abandonnant jamais. Au fil des jours, à force de recommencer, je comprenais, dans la douleur, que dessiner n'est pas, dans un projet, représenter, mais qualifier. Le travail fut intense, mais toujours gai.
Il eut le troisième prix, le premier étant attribué, _comme prévu_, au candidat d'Israel, qui le contacta, un an après, pour s'occuper du projet. Fier, furax, il l'envoya ballader, crachant sur les honoraires, juteux, qu'on lui proposait.
"_Qu'en dis tu, je ne vais quand même pas participer à cette merde.
_C'est toi qui sais".
Peu à peu, je devins son amie, sa complice, et surtout, son interlocutrice. Alors qu'il avait l'esprit sûr, l'objectif clair, prêt du but, il doutait. Il pouvait tout refaire. C'est là que j' intervenais. Le conforter. C'était mon rôle principal, en dehors de la quête, incessante, de ses lunettes, qu'il ne retrouvait jamais. Sa vue baissait très vite, et le préoccupait.

J'aimais venir travailler. Au début, il apprécia mon calme, mais découvrit, très vite, que je pouvais m'agiter. Je lui chantais des chansons, il me parlait de sa compagne, qui disait, parfois, "toi, tu es un cochon". Il parodait dans un français qu'il n'avait jamais pu parler, mais cela, il le comprenait. Tête de côté, épaules secouées, sa main cachait sa bouche, tel un enfant qui rit de ses insanités. Non, Dietmar n'était pas qu'un espritSa femme, une effrontée, se moquait souvent, pour l'exaspérer, de sa germanité. Ils vivaient bien, elle assurait le quotidien. Régulièrement, à la gare, elle chipait devant lui des journaux français. Scandalisé, il s'en rendait malade. Je comprenais ces larcins. Là-bas, voler était facile. Personne n'en profitait. Il fallait punir cette collective honnêteté. 
Au matin, ayant lu la presse, il entrait dans des colères noires. Il détestait les fachos, encore plus les néos. Réveillés dans la Chute, ils ne se cachaient plus. "Ils sont à Magdeburg, je le sais. Ils s'entrainent, personne ne dit rien. Ils tirent des tracts, ils ne se gênent pas. Les salauds" 
Il partageait son fief avec un autre, qu'il n'aimait pas vraiment. Il me disait " Il tire des bureaux à la pelle. Comment on peut dessiner des trucs pareils et se regarder. Il ne fait rien, mais il est toujours épuisé. Il veut juste se goinfrer. Tu verras, cet été, il va partir en Inde, pour se ressourcer. Il reviendra tout maigre, avec la barbe, puis grossira de nouveau et changera sa Benz. Il roule à 180 le Gros, tu te rends compte? Il mange bio, mais je trie ses déchets.". Qu'est-ce-qu'on riait.
Dietmar travaillait douze heures par jour et n'était jamais satisfait. A chaque fois, il fallait tout réinventer. Tester. Chercher. Interroger. Recommencer.
L'année suivante, il transforma une usine d'optique, à deux pâtés de là. Au lieu de se faire payer, il négocia.Il ne voulait que le toit. Il  installa, contre le bloc d'ascenseur, une agence minuscule, légère, posée, comme un meuble simple et soigné, sur la terrasse. Un vrai bijou d'humilité, que je me rengorgeais d'occuper.
Deux ans durant, nous fûmes comme deux larrons.

Et puis un jour, frustrée de mes pénates, et gavée d'étranger, j'ai voulu rentrer. J'avais honte de cet abandon. Les deux étés suivants, je l'ai rejoint pour des projets. Un ami Ecossais, qui restait contre son gré, m'avait dit, choquant nos bières, "tu es la meilleure de nous tous. Les Allemands, tu les enfumes, tu prends leur fric, et tu te barres pour le claquer". La formule m'avait plu. Je ne rectifiai pas que si je venais, ce n'était pas pour ratisser.

La dernière fois, j'ai su que je ne reviendrais pas . Je lui ai dit je t'écrirai.

Cet été, j'ai refait le voyage. Je n'ai pas appelé. A quatorze heures, au pied de son immeuble de Liebnitzstrasse, j'ai sonné, mais il n'était pas là. Et deux instants après, il sortait, tout droit.
 _"C'est moi".
_"Non, ce n'est pas vrai."
Il partait. Dietmar, à ses programmes, ne dérogeait jamais. Cinq minutes. Nous n'eûmes  pas le temps de nous raconter, juste que j'avais trois enfants qui étaient orphelins de père; que lui, sa fille mourait d'un cancer. Il me sortit, de sa poche, sans regarder, une carte postale. Dietmar était aveugle.
"_Maintenant, c'est ce que je fais". C'était une petite pyramide. "On va faire ça partout, partout. C'est pour habiter. C'est modulable. Ca va marcher."

Dietmar voulait atteindre l'universalité. Que s'était-il passé?


*Dekon était le terme utilisé là bas par les étudiants pour désigner la tendance déconstuctiviste.Evidemment, pour les Français, c'était drôle.

mercredi 24 novembre 2010

l'échantillon du jour

Sur Meetic, le 24-11-2010, les dix premiers hommes se décrivent à 70% comme attentionnés. S' ils ne devaient garder qu'un objet, ils conserveraient, à 70%, leur couteau suisse. A 50%, ils vivent avec leurs enfants une partie du temps. Les autres vivent seuls. Il faut dire que la case "avec mon cheval" n'existe pas sur Meetic. Ils aiment les sports de glisse. Sur Meetic, aujourd'hui, les hommes font tous du ski. Ils ne font pas de vélo mais du cyclisme. Ils ne prennent pas l'apéro, mais font de l'after-work. Ils vont tous aux expos.  Ils aiment les musées, et le soir, ils lisent (après l'after work). Sur Meetic, un jeune type s'affiche, en ville, en combinaison de plongée, mais il fait du ski, lui aussi. C'est la région qui veut ça. 
Je ne skie pas. After the work, je rentre chez moi. Before, je dors. 


1"amoureux" "généreux" "gourmand" "caustique" "réaliste"
Trait De Caractère Le Plus Marqué: attentionné


2 Je connais la musique en duo et aujourd'hui je change de style de sonorité. Je ne suis pas un musicien virtuose ou avec de faux airs. Je souhaite mettre des bémols et des pauses sur ma nouvelle partition en évitant les ani-croches. Et pourquoi pas tenter un concerto à deux coeurs loin des couacs habituels. Partager une douce mélodie avec mon alter ego. Faire nos gammes et porter à deux la même clé de sol - licitude . Se faire bercer par nos rythmes endiablés et romantiques (pour rester sur une note claire je ne connais pas grand chose à la vraie musique). Do Ré Mi ...Si seulement on s'accordait le tempo du bonheur simple !

PS : Avant tout, accordons nos violons. J'aimerais que mon regard virvolte sur une photo sur le profil....sinon fausse note rédibitoire.

TDCLPM: attentionné

3 Je sais qu'il n'y a pas que le physique qui compte... mais c'est tout de même la première chose qui nous attire soyons honnête. Rencontrer une femme qui partage les mêmes valeurs, sincérité, fidélité, respect de l'autre pour atteindre une tendre complicité et vivre sereinement. Envie de profiter pleinement de cette vie qui nous file entre les doigts.... mais seul....c'est plus sympa à deux !
TDCLPM: attentionné


4 sympa tendre et sentimental avec l envie d y croire encore.sociable et normal ! espere partager ma vie entre ma belle region et le soleil du sud mais pas seul! dans un premier temps faire un petit resto avec une fille sympa ,se découvrir ,se mettre a l aise. Meme si c est l ame qui compte, pour un homme un physique agréable est toujours bienvenu.

TDCLPM: sociable


5 Mesdames, à vos claviers...Je cherche une femme réellement libre.Le passé est réglé ? Quel bonheur...Vous êtes seule en amour ? C'est un réel avantage pour ne plus l'être....Vous pouvez dormir en diagonale dans votre lit, toute la place pour vous, rien que pour vous. Mais... l'hiver approche... Allez-vous pouvoir ranger vos chaussettes cette année ?
TDCLPM: autre
6 Peut-être, gente dame, êtes-vous de ces fleurs qui parfument le coeur des hommes... (??)... J'aimerais tant vous rencontrer. Contactez-moi, mais n'oubliez pas votre photo sur le profil. A bientôt (smile)
TDCLPMattentionné
7 la belle quarantaine, dynamique et agréable , je me propose de vous accompagner pour une ballade amoureuse et romantique , à très bientôt
TDCLPMattentionné
8 Partager, Echanger, Profiter, Rire, Rêver, Déguster, Découvrir
TDCLPMattentionné
9 Homme galant prevenant attentione d un caractere calme un peu timide qui aime la nature une preference pour la montagne son calme la serenite passions la peinture sur soie sur toile aquarelle la lecture les balades je n aimes pas l hyprocrisie le racisme les faux semblants le mensonge les radins je recherche la tendresse la complicite et le bonheur tout simplement
TDCLPM: attentionné
10 respirer, ressentir, avoir envie des mêmes choses quelques fois.
TDCLPMattentionné
Sur Meetic, aujourd'hui, c'est comme dans la vraie vie. Les cadres dirigeants cherchent, comme d'habe, une femme sensuelle avec un brin de fantaisie. Ceux là, dans leur quizz, demandent si on est plutôt  plage (cocher oui) ou raid dans le désert (cocher non). Avec ceux là, il faut répondre non. (Sur les quizz de Meetic, c'est dur, parfois non veut dire oui). La plage, c'est vulgaire, on dirait. C'est les cons qui y vont. Il faut prendre l'avion. Pour l'anti-conformisme, il faut répondre oui. Sur la routine, tue l'amour, oui. Sur le coup de foudre, oui aussi (à chaque fois, je me grille). Les cadres dirigeants s'ennuient. 
Moi aussi.

samedi 20 novembre 2010

momotte

allez emmène moi, mon popote
emmène moi à la Grande Motte
sucer des Motta sur la plage
boire des camparis au Fidji
se marier à Saint Augustin

faire les gogos à la mairie



comme quand on était tous petits, 
oui, 
comme dans les Seventies

samba calme

De la chambre, à côté, filtre une samba calme.
De nouveau, mon bocal agiter, pour des choses sensées, ou insensées.Faire un gâteau sans levure, en apprécier la compacité, et se forcer à le manger, juste pour  rigoler.

jeudi 18 novembre 2010

la voix des autres


Parmi les jolies choses, il y a la voix des autres.

Parce qu'il n' y a que les autres qui puissent vraiment l'entendre.

mercredi 17 novembre 2010

inapte. 1

l'annonce:
"Un mélange de Stephen SPENDER et de Daniel CRAIG; ça va vous faire rire".
Vite, Wikipédia, qui est Spender?
La photo: dans un vestiaire, avec en arrière plan les casiers, sourire pincé.Contact:
_" Qu'est-ce-que peuvent bien foutre Spender et Craig dans le même vestaire?"
Plus tard, je balance un lien vers le blog.

Trois jours après:
_"Qu'est-ce-qu'une femme aussi lucide que vous peut bien foutre sur un site de rencontre?"
_Ben chercher un mec quoi, pas vous?"
Faut qu'on se parle.
Numéros. 
Sms.
_"J'ai lu votre blog, c'est pour le moins curieux. Puis je vous appeler?
_Allez."

_"J'ai étudié. Lettres classiques, histoire médiévale, théologie...ce n'est rien, ça ne vaut rien. Je n'ai pas pu entrer à  l'Ecole de Saint Cyr car j'ai une légère myopie. Alors j'ai servi dans l'armée. Maintenant, je suis à la retraite. Je fais du sport et je suis prof d'éducation physique dans un lycée. Mes contemporains m'indiffèrent. Je vis avec mon chat, je suis loin de tout ça.Ce que vous faites sur internet, je n'ai jamais vu un truc pareil. J'ignorais que ça puisse exister.
_Des tas de gens le font. Ils mettent leurs recette de cuisine. Ils racontent leur vie. Moi aussi.
J'écris quand je vis en mode dégradé. C'est pour être lue".

24 heures.
_" Vous avez du temps ce week end?"
_"J'ai une heure dimanche après-midi, ou ça?
_A la piscine, j'ai une compétition.
_La piscine, non.
_Ou à la sortie?
_Vraiment non.
_Vous n'aimez pas?
_ça me casse les pieds.
_Alors 16h30 sur le parking de la Poste
_Parfait.".

Je sens que ça va être super, je savais que j'avais bien trié. Résumé:
Sms. 
"_1.17 au 100m nage libre à 47ans".
Ca me dit rien mais sûrement Ouah...

Le voilà. Survêtement.
_"Bonjour, je suis toujours en survêtement.
Ou est-ce-qu'on peut boire un coup?
_Vous connaissez le coin, il n'y a rien ici.
_Mac Do, non? ça pue?
_Oui.
_Bon, je vous emmène dans ma voiture?
_Non, je prends la mienne, je vous suis".

Le café est vide, mais il veut se mettre au bar. Je m'assieds sur le tabouret. Regard vertical. De bas en haut.
_"Vous avez un physique de marathonienne".
Bingo.
_"Non. Vélo.
_Vous roulez?
_Oui, à plat. Je n'aime pas les côtes.
 _Moi je nage, je roule, je cours. Il n'y a que ça qui compte. En vélo, je suis un grimpeur. Je suis léger, même trop sec.
_Ce qui me plait dans le vélo, c'est la régularité. Qu'est-ce-qui vous intéressait dans l'armée?
_Servir. Sous Mitterrand et Chirac, ça allait. Mais le nain, là non, plus possible. Je ne sais pas comment font mes copains.  De toutes façons, la république, ce n'est rien. Entre nous, on s'en fout du peuple non? L'Opus Dei, ça vous dit quelque chose? 
_Oui.
_L'individu, ça ne m'intéresse pas. 
_Moi si. Surtout sa vie.
_Et encore moins la démocratie. Je ne vote pas. Pour quoi faire? Quand on construisait des abbayes, ça avait une autre gueule.
_Il y en a des belles.
Il faut des grands desseins.
_Je n'en ai pas".
Je nous imagine tous en fourmis, dans la grâce, vers le même but ultime.
_"Moi je sers Dieu. Quand je nage, je m'approche de Dieu. Mais Dieu s'en fout vous savez, Dieu s'en fout. C'est ça qui est extraordinaire.  
_Je ne connais pas ce truc là.
_Bon, vous savez quoi? Vous avez peu de temps disponible, vous êtes intelligente, et physiquement, je vous trouve bien. Je pense que vous allez me convenir.
_Je vais vous laisser".

Sms
_"Malgré ma faconde peu élégante, j'ai passé un moment agréable en votre compagnie.Je comprendrais vos réticences, mais peut être que"...

Non, je ne vais pas. Mais je tape faconde, définition.

mardi 16 novembre 2010

pas de ma faute


capture2


Au lieu d'écrire, j'frais mieux d'sortir.
Enfin, parfois c'est le contraire.


Ouais bon je découvre la webcam.pour le rouge à lèvres c'est pas pratique.Le logiciel est compliqué.Une heure pour monter trois images, alors fallait de la couleur, c'est facile ça.

samedi 13 novembre 2010

truffe

cherche copine avec sens artistique.....pour faire blabla....p.s.le ramage ne se rapporte pas toujours au plumage.....un job manuel..doublé d une démarche intellectuelle...la tête bien pleine.....d idées créatives..entres autres......et du répondant pour les intellos..ou prétendues telles.....je réponds à tous les mails....même les plus nazes...




Je m'appelle V. et j'ai vécu comme une truffe. Maintenant, j'ai un cerveau. Si je ne devais garder qu'un objet, ce serait ça. C'est une récente découverte. Le bonheur, c'est de l'abstrait, alors je cherche pas. Je meuble mes soirées sur un site de rencontre. Je suis hors marché.
Mon profil est convexe. C'est ça, vous avez pigé. Je suis gros. Très. Ma photo? Détaillée, pour qu'on voie bien la gueule que j'ai. Une gueule pareille, on peut pas la cacher. On voit mon gras, mon Marcel, mes tatouages, et ma gueule de raie. Et pour en rajouter, je porte un béret.

Je bois pas une goutte d'alcool. Ça vous étonne, ça vous en bouche un coin. Ni pif, ni joints. C'est pas mon truc. C'est mon ex qui picole.
Ma vie, elle a changé. Un jour, j'ai dévissé. Velu. C'était y a quatre ans. Après, j'étais plus pareil, mais j'ai encore attendu. Je suis resté longtemps. Une truffe, quoi. Pour les gosses.
Elle s'est barrée y a six mois. Quand son pochetron est venu la chercher, je l'ai pas retenue. Maintenant, les gosses, y sont grands. Ce jour là, je me suis dit, c'est le plus beau de ma vie. Finalement? Je m'en fous, je bosse.
Je vis dans mon atelier. Je suis forgeron. Je fais des grilles, des portails, des mains courantes. Des fois on me dit: c'est délicat. Y en a qui trouvent ça sensuel...un gros lard comme moi. Les photos de mon boulot, je les mets. Elles les regardent jamais.
Si y en a une qui s'intéresse, y a forcément un blême. Je l'envoie chier d'emblée.

Sur le site, de toutes façons, elles me prennent pour un con. A gauche, dans les petites lignes, je dis que j'ai lu Céline*. 
Que c'était noir.


*mauvaise poche 18-01-10

vendredi 12 novembre 2010

le coeur des hommes



"Tendre sauvage à apprivoiser".

...l'annonce. Quarante quatre ans. Trois portraits, et de très belles photos de voyage, bien cadrées.  Devant un feu de bois, à proximité d'une cabane de forêt. Ski, hors piste. Lukovo, Macédoine.
Grand, athlétique, les yeux cernés. Insomniaque. Il fait plus que son âge.
Contact:
"Je n'ai pas d'animal domestique"
Réponse immédiate.
"_Oui, on peut se voir, mais si ça ne te gêne pas, c'est juste pour un soir. Ce soir. On passe un moment.  Ce n'est pas obligé. Si on préfère, on ne fait que prendre un verre."
Sms. Il attend devant le bar, il faut changer, la musique est insupportable.
Beau comme sur les photos. Détendu, drôle et gentil. Beaucoup d'esprit. Très vite, il raconte sa vie.
_"Je donne mes rendez-vous la nuit, je fais les trois huit. Je suis toujours décalé. C'est fatigant, je passe mon temps à demander quelle heure ou quel jour on est. Je suis divorcé, mes deux fils sont grands. Il y a dix ans, ma femme est partie à cause de mon travail. Des boulots épuisants et irréguliers, mal payés. On a jamais rien fait. Depuis j'ai eu plein d'histoires, avec des femmes plus jeunes que moi; ça me rassure. Maintenant, à l'usine, j'ai un meilleur salaire et plus d'avantages. Je peux partir en vacances. Ça ne coûte pas cher avec un confort minimal. Je surveille des écrans. Je vérifie la pression des cuves, les températures. On fume tous là-bas, on est souvent pétés. Moi je surfe sur internet, je regarde...Quand je dis ce que je veux, je me fais engueuler. Une nuit. Pourtant, c'est franc du collier."
Plus tard.
"_Tu reprends une bière? 
Depuis deux ans, je vis avec une femme. Je l'ai rencontrée sur ce site. J'ai de la chance, je l'aime. J'ai besoin d'elle pour vivre. Je la désire, je veux que ça marche".
Cigarette, dehors.
_"Mais alors?
_Mais lorsqu'elle s'absente, je suis mal. J'ai besoin.Tu comprends?
_Oui, je comprends ça, tu es comme Marc Lavoine, dans le Coeur des Hommes, qui aime sa femme mais ne peut pas s'empêcher.
_Je ne veux pas qu'elle le sache. Mais je vieillis, ça me fait peur. Je ne veux pas passer à côté de moi. Ma vie va trop vite. Parfois j'ai des pannes. Mon corps me trahit. Il se dégrade... Je ne peux pas me brider. Je ne vois plus personne. J'ai laissé tomber mon réseau d'amis. Ça ne m'intéresse plus les soirées. J'ai arrêté le ski, j'ai peur de me blesser. Je vis comme un ermite. Il n' y a plus qu'elle et mon plus jeune fils; il s'intéresse de nouveau à moi. Avec lui je pars en Ardèche, dans la cabane de la photo. On vit comme des sauvages. On se lave pas, on mange n'importe quoi, on picole, on fume. On pète, on rote, on s'en fout. On se parle surtout. J'aime être là-bas. Alors, tu veux venir chez moi?
_Oui.
_Tant mieux. Je te pose à ta voiture et tu me suis. Je roulerais doucement".
Après.
_"Normalement, je ne fume pas ici. Mon amie rentre après demain. Elle est magnifique. Si tu la voyais...C'est un peu difficile pour moi. Elle est catholique. Pas assez libre, tu me suis?...On va faire un voyage. Avec elle, ça viendra.  J'espère. Et toi, tu vas revenir? En fait, j'en ai cinquante, pas quarante quatre. Je vais te dire....tromper ma femme, en fait, il faut que tu saches que c'est la première fois".

vendredi 5 novembre 2010

au trou du cul du monde


C'étaient mes premières années. Mes parents, instituteurs, occupaient le logement de fonction de l'école: une maison de pierre blanche, sur deux niveaux; un jardin, plus bas, avec un pommier sous lequel, avec mon frère, on nous avait photographiés: ma mère, à l'occasion d'un mariage, avait cousu. Pour moi, une robe en velours lisse, vert foncé, au col en marabout blanc, pour lui, un petit gilet dans la même étoffe, qu'il portait sur une chemise de coton.  Une avant-cour donnait sur l'église d'en face.  A deux pas, un char américain, à l'accès interdit, trainait en vrac. Il était assiégé d'orties. Dedans, ça sentait le moisi. Les Boches s'étaient fait la malle, queue basse. Ma mère rectifiait Allemands, mais racontait, chaque fois, que le Grand Charles, quinze ans plus tard, visitant le village, avait soulevé mon frère, qui marchait à peine, et l'avait embrassé. Que c'était vrai, il était grand.
Là-bas, en forêt, au fond des trous d'obus, on trouvait couramment, dans la mousse, des masques à gaz au nez rempli de terre.
L'heure n'était pas au dégraissage. Mes parents, empilant tranquillement leurs trente glorieuses, honoraient leur succès, avec une rassurante régularité, chez Citroen. La Deuche, je ne l'ai pas fréquentée. Ici, c'était l'Ami 6.
Ma maîtresse était une idole. Son nom évoquait les ballons, les jonquilles et les lacs frais. Blonde, elle portait des jupes à la mode, et se coiffait comme Grâce Kelly. En marge des poésies, en colonne, qu'elle copiait au tableau, elle ajoutait, à la craie, de larges dessins colorés, ou se mêlaient oiseaux, sources tranquilles, roseaux. En Observation, elle nous menait à la rivière qu'enjambait le viaduc. On regardait passer les Michelines. Au goûter, elle fendait nos pommes, et évidait des marrons, pour nous en faire des pipes, qu'on ramenait, tout fiers, à la maison.
Mon père m'emmenait au pain, sa main sur mon épaule, en fumant sa Gauloise. C'était il me semble, à l'époque, sa seule contribution domestique, à l'exception du jardin, et de la pêche à la truite.
Le jeudi, ma mère sortait. Elle visitait la voisine, à deux maisons de là. Je restais avec son très jeune fils, pendant qu'elles prenaient le café. Il avait une grosse tête. Un jour, elles l'entendirent pleurer et se précipitèrent. Je l'avais un peu cogné avec son camion de pompier. Ma mère était aux cent coups, et j'en fus très surprise. Les combats, féroces, que je livrais avec mon frère, dont les moqueries me poussaient à bout, ne l'ébranlaient pas du tout. Tout au plus, elle nous séparait, menaçant, comme dans une bande dessinée, d'en prendre un, pour taper sur l'autre. Un jour, éteignant le poste noir et blanc, qui donnait Zorro, en fin d'après-midi , elle annonça que le petit Philippe était mort. C'était nouveau, et je me mis à rire. Mon frère me fit la leçon, objectant, grave, que ce n'était pas drôle.

A mes cinq ans, mes parents déménagèrent dans un autre village. Grimpant les échelons, ils passaient au collège. Mille habitants, l'école était plus grande. La mairie occupait le premier, les classes le rez de chaussée. La bâtisse séparait les deux cours, limitées, au fond, par les maisons des maîtres. Moins gentille, ma maitresse. Ses cheveux étaient courts, et ses tenues, drastiques. Au moindre écart, on présentait ses doigts groupés pour recevoir, dents serrées, sur les ongles, un cinglant coup de règle. Le vendredi après-midi, la mixité s'arrêtait. Les filles faisaient de la couture, et de l'autre côté, les garçons dessinaient. Nous n'y voyions pas d'injustice. C'était comme ça. Sur nos carrés de tissu blanc, les lignes s'empilaient, en rouge. Points de croix, vagues, chainettes. On discutait à voix basse.
Le cours moyen fut plus agréable. La morale du matin était laïque, républicaine, ouverte à la discussion. Dans un grand aquarium se succédaient têtards, sauterelles, orvets, hannetons. Abolissant les bons points, le maître instaura les punaises. Sur un tableau de liège, il les alignait, en trophées, en face des noms de ses sujets. A l'issue du dernier trimestre, on comparait. Les couleurs dominantes nous départageaient. Les noirs, mauvais, n'en menaient pas large; le gros du peloton, bleu, attendait, et les chevaux de tête, écarlates, se rengorgeaient, gratifiés d'un livre illustré. Puis on vidait les encriers, et à la toile émeri, on ponçait les pupitres avant de les cirer. Et pour finir l'année, on mangeait des glaces, dehors, assis sur les bancs de calcaire aux surfaces criblées, témoins des leçons de chimie vinaigrées.

Soixante huit? Je crois que mes parents firent, vaguement, la grève, poussés par leur syndicat, mais je ne m'en souviens pas. Le trou du cul du monde était loin de tout ça. Mon père acheta l' Ami8. Je n'ai souvenir d'aucun ventre, pourtant, un jour, ma sœur est née. Sauvée par un cours de lecture ou il était question de crêpes, elle échappait, quelle veine, à la ringardise des prénoms des premiers: une étoile. La commune lotissait, mes parents firent construire. Pour nos chambres, nous eûmes, mon frère et moi, le choix du papier. Mon frère donna dans la modernité, et c'était de la bonne qualité. Aujourd'hui, il y est encore. Un collector. Le mien fut, aussi,  d'une grande sobriété: bouquets de fleurs champêtres, en lignes verticales, séparés de longues torsades enrubannées. J'étais la fée.
Mais mes longs cheveux furent coupés, pour cause de commodité. Ma mère n'entendit pas ma résistance. Mon père, les caressant longtemps, le soir, me mettait en catalepsie. Il m'attendit à la sortie du salon, et se moqua gentiment: "Ouh, un garçon!". J'étais trahie. Le soir même, je torturai ma poupée Monique, commandée, deux ans plus tôt, chez Modes et Travaux. Ses cheveux étaient bruns et courts. Je priais le ciel, avec ferveur, pour me réveiller en Barbie. Pardi. L'origine de ma mécréance?
Premiers du lotissement, nous fûmes rois du domaine. La maison, séparée du collège par un tènement boisé, resta longtemps cernée de montagnes de terre, soulevées pour ses futures voisines. A leurs sommets, mon frère  installait de hauts cartons, qui partaient pour la Lune. Il y traînait des lampes de poche, et autres équipements techniques. Les deux premiers printemps, les coquelicots rougirent monts et cratères. Un paradis. A treize heures, avant de descendre à l'école, je m'installais sur un saule. Mon père sema la pelouse, ma mère composa la rocaille. Notre télé prit des couleurs. Mon père arrêta les Gauloises, et se mit au cigarillos. Les soirs de match, il invitait ses potes, qui braillaient en buvant du Sancerre. Un soir, d'ailleurs plus que les autres. Les Verts épongeaient leur râteau, et deux d'entre eux pleurèrent. Mon père se consola, et acheta la GS.
La maison, sur son demi sous-sol en souvenir des tranchées, devenait un palais. On nous enviait. Mais tout au long de l'école primaire, là-bas, nous restâmes les nouveaux. Pourtant, nous n'étions pas fayots.
L'entrée en sixième accentua la disgrâce. Jusque-là bonne élève, j'eus mes premières notes crasses. Mes parents résolurent de nous avoir en classe. Allemand, français, histoire, géo. Je me demande encore comment cela fut possible. Leur statut d'instructeurs assurait, à eux,  le respect des tiers. A nous, la méfiance de nos congénères. Vouvoyant nos parents, vingt bonnes heures par semaine, à la sortie des cours, nous étions, encore, gosses de profs. J'avais peur des garçons qui fumaient des gitanes; ils ne me voyaient pas, j'étais plate comme une planche. Les filles troquaient sans moi leurs fringues et leurs histoires. Nos intérêts communs? L' équipe de hand, ou j'étais, par défaut, arrière-centre. Toujours en défense, je n'ai jamais marqué. C'était une loi tacite. Le privilège du tir allait aux délurées. Docile, je distribuais. Le reste de mon temps, je le passais à bicyclette, dans ma chambre, enregistrant, sur des cassettes, le hit parade, ou sur l'arbre de ma petite forêt. Ma mère laissa tomber sa perruque, et se mit au méché. L'été, j'accompagnais parfois mon père qui pêchait à la mouche. Il soulevait, pour moi, les barbelés qu'on ne pouvait enjamber, puis m'installait sur une souche. Je l'observais jusqu'entre chien et loup, puis il ouvrait sa musette, pour me montrer ses prises agonisantes.
En troisième, j'obtins la sympathie tant espérée. Je gagnai la partie en fournissant, un lundi, le polycopié d'un devoir de français. J'avais, à mon tour, trahi, et me tournai vers les plus affranchies. Martine et Véronique, brillantes buteuses et butineuses, étaient émancipées. Leurs parents étaient divorcés. Elles restaient souvent seules, préparaient elle-mêmes leurs repas, et connaissaient, par coeur, l'art du pelotage. Elles habitaient le HLM, _trois étages_,que nourrissait encore la tréfilerie. Chez elles, j'écoutais des disques de variétés, dont elles m'apprenaient les paroles, en échange d'autres renseignements: dates, conjugaisons, pays, versions, avec leur traduction, évidemment. Ensemble, on feuilletait Ok Magazine,  ensuquées de gâteaux gras, de bonbecs ou de Malabars, dont nous jetions, avec mépris, les décalcomanies. C'était pour les petits.
Au trou du cul du monde,  pas d'université. Tout au plus, deux lycées, à quarante kilomètres, nord ou sud, au choix, que l'on gagnait en car, le dimanche soir. Notre internat, forcé, atténua,_un peu_, pour nos parents, les affres de l'adolescence. Et nous, ingrats,  rentrant seulement le week-end, exerçâmes, libérés, nos crises respectives, dans une semi-impunité. Mes parents, de plus en plus impuissants, augmentèrent la distance. Mon père me fit, dans les combles, une nouvelle chambre, ou je faisais du bruit. Mon frère prit le fond du sous-sol, en vis à vis de la CX. Ma soeur, encore sous contrôle, resta, encore longtemps, en tenaille, pendant que nous prenions, sourdement, notre indépendance. En cours, l' ainé, lui, travaillait. Il n'était pas costaud, et semblait solitaire. Son truc, c'était les mathématiques. Il snobait le vulgaire et nouait ses foulards, lisait Nerval, écoutait du classique. On le raillait, et je le défendais. In vitro, on se faisait la guerre, mais au dehors, nous étions solidaires. 
Je trouvai vite, moi aussi, ma distinction. 

Mouler mes fesses dans de vrais jeans pourris, et devenir, trois ans durant, un cancre. Mais révolutionnaire. A moi les amis.




lundi 1 novembre 2010

résilience

Il y a peu, j'ai relu mon lexique*: j'avais bien décrit mon ennemi, pour prendre sa force et le vaincre. Comme au paléolithique. Décidément, j'étais visionnaire.

Résilience: Résistance d'un métal au choc. Larousse. Après, y a eu Cyrulnick.On m'avait dit "dis-donc, t'es vachement résiliente". Oui, très, je l'étais.

Et j'ai changé de définition. Ben ouais tout m'a paru pire ces temps...La résilience, c'était devenu la capacité, après des chocs répétés, à aller se taper la tête sur un métal résistant.

Ben non, là, je ne vais plus me la taper. Au boulot. Bienvenue dans le monde de la vraie résilience.

Ce que je n'ai pas dit dans mon lexique, c'est que le veuvage,

ça rend bête.

*petit lexique à l'usage des veuves.publié en dec 2009

jeudi 28 octobre 2010

première cuvée


Elle avait juste vingt ans, et elle vivait sans trop savoir, dans un milieu d'artistes, souvent bien plus diserts que doués. Apprenait la mondanité, errant avec un homme plus âgé, dont le travail consistait à dormir. Il veillait, au lit, dans un foyer éloigné, des adultes débiles et sur-médiqués. Il partait à  dix heures, pour rentrer vers les huit, maussade. Elle restait là le soir, avec sa cour qui pillait joyeusement ses réserves. Ses amis l'amusaient. Elle découvrait, à travers eux, la vie et toutes ses bizarreries .

L'un d'eux lui fut plus singulier. Il vivait isolé, dans une banlieue délaissée. Il travaillait beaucoup, et peignait puissamment. Les autres l'admiraient. Ils vénéraient son art, qui disaient-ils, lui suffisait. A chaque apparition, ils questionnaient son oeuvre en termes alambiqués, voulant en percer le mystère. Lui, n'avait rien en à dire, et s'en foutait. Il répondait, simplement, que c'était son boulot. Il était peu bavard. Ils l'appelaient Don Filippo, honorant sa noblesse, et son combat, « cervantesque », pour dominer la lumière. Il incarnait le dernier maudit, qui renonce à la chair, et aux plaisirs frelatés. Il vendait mal. Cette injustice les révoltait. Ils vomissaient ces hommes ingrats, vulgaires. Sa présence, à leur table, les rendait fiers. Lui seul peignait par nécessité. Ils décrivaient son épaisse matière, sa sûreté, sa pure brutalité. Il louaient, trinquant encore, sa grandeur d'âme, son sens du sacrifice, dédiés à la seule beauté. Il n'en faisait aucun sujet.
Son détachement se savourait. Il parlait peu mais percutait. Il était long, bien découplé, avec l'oeil net et clair. Il était rare, mais s'il passait, elle se taisait et l'écoutait. Sa parole était d'or, et son silence de fer.

Les agapes compensaient son couple, aussi douteux que déserté. Parfois, un ami restait. Pour quelques heures, elle l'hébergeait sans réserve, ni culpabilité. C'était gentil, mais une chose lui manquait. Pourtant, c'était pas faute d'essayer. Une chose qu'elle avait lue, sans jamais l'avoir rencontrée. Qu'on évoquait avec fierté. Qu'on décrivait dans des films. Considérée comme essentielle. Qui parfois nourrissait le crime. 
Quand son veilleur rentrait, elle dormait d'un sommeil lassé.

Un soir, Don Filippo passa seul. Il venait la chercher, pour lui montrer son atelier. D'abord, ils marchèrent longtemps sur les quais, en s'arrêtant pour boire des verres, avant le dernier bus. C'est à elle qu'il livra son secret. "Tu prends de la peinture et c'est fait. C'est après qu'il faut s'emmerder". C'était juillet. Il occupait un hangar vitré, plein nord. Aucun confort, juste une petite cuisinière, dans un réduit attenant. Sa chambre était en sous-sol. Elle s'ouvrait par une petite trappe, qui déployait une mince échelle. L'ancienne citerne de carburant.
La cuve était profonde, étroite, humide, glacée. Elle rendait ses relents, mais sut se faire oublier. C'était peut-être un ours, mais connaissant les femmes. 
Elle n'eut pas froid.

Elle le croisa encore quelques fois, en des lieux fréquentés, sans odeur, et bien moins étriqués. Il lui faisait un clin d'oeil, qui ramenait, comme une marée, son souvenir mazouté.



mardi 26 octobre 2010

souris grise

Eau limpide et glacée, nager, nager. Nager, nager encore, comme une souris grise. Nager les yeux fermés. Boire des tasses, et nager, et la souris s'épuise. Faire la planche un instant, et chercher l'horizon. Découvrir le bocal.


vendredi 22 octobre 2010

paradu


Manu t'est au paradu
le paradu, c'est plein de paras.



mercredi 20 octobre 2010

ascenseur

C'est bien de savoir ça:
La loi Leonetti  a instauré un droit au «laisser mourir», sans toutefois dépénaliser l’euthanasie.
Cette loi du 22 avril 2005 a créé les directives anticipées comme outils d’expression de la volonté du patient et accentué le rôle et la place de la personne de confiance (création de la loi du 4 mars 2002).
« Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d'état d'exprimer sa volonté. Ces directives anticipées indiquent les souhaits de la personne relatifs à sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l'arrêt de traitement. Elles sont révocables à tout moment...
Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté, ou de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Cette désignation est faîte par écrit. Elle est révocable à tout moment."

Parmi les personnes qui m'avaient aidée dans mes difficultés, certaines le firent sans effort apparent, et avec une délicatesse particulière: sans que j'aie eu à exprimer mes besoins, elles ont trouvé ce qu'il fallait faire. Je leur ai dit à maintes reprises ma gratitude, en ajoutant à chaque fois que sans leur souhaiter aucun mal, j'espérais pouvoir un jour faire autant pour elles que ce qu'elles faisaient pour moi.
L'une d'elles a trouvé un moyen inattendu de me renvoyer l'ascenseur en me désignant dans le cadre de la loi Leonetti. J'ai signé la lettre avec beaucoup d'émotion. Tout d'abord, pour la confiance qu'elle a en moi. Je suis heureuse qu'elle m'ait choisie, même si je lui souhaite, comme à chacun, de finir tranquillement dans son sommeil, et le plus tard possible. Mais il y avait autre chose.
J'y ai beaucoup pensé depuis, et particulièrement ces derniers temps.
Le développement des soins palliatifs nous permettra, de plus en plus, de mourir sans douleur. Mais imposer aux autres sa propre dégradation semble une souffrance aussi difficile à vivre que la dégradation et la souffrance elles-mêmes. C'est l'idée qu'on se fait de la dignité, et de l'image qu'on voudrait avoir et laisser de soi. Pourquoi la souffrance et la dégradation entameraient-elles la dignité d'une personne? Qu'y a-il de misérable dans tout cela?
Aujourd'hui, de plus en plus de gens souscrivent des contrats obsèques pour éviter une tâche pénible à leurs enfants, ou pour alléger leurs frais. Au Canada, il est banal d'acheter et de mettre en place sa pierre tombale de son vivant. Mais la démarche effectuée dans le cadre de la loi Leonetti est bien différente du règlement anticipé des obsèques. Il s'agit bien de l'anticipation concrète des conditions précédant sa propre mort, qu' il faut pouvoir envisager .
Alors voilà l'autre chose qui m'a émue:
J'espère comme je l'ai dit que je n'aurais pas à signer cette lettre. Mais si c'était le cas, je n'aurai vraisemblablement aucun effort à faire; je signerai sans me torturer, puisque cette femme  a déjà décidé ce qu'elle se souhaite. Peut-être a-t-elle examiné la question de la dignité. Peut-être a-t-elle le souci d'épargner une souffrance inutile à ses proches. Mais ce n'est pas cela que j'ai voulu voir.  Celle qui m'a désignée a réfléchi avec beaucoup de sérénité. Elle semble ne pas avoir peur de sa mort, et y songe sans révolte, parce qu'elle a confiance dans sa vie. Elle sait qu'elle aura accompli tout ce qu'elle avait à accomplir, et qu'il ne lui sera pas nécessaire de tenter une ultime lutte:


Tu me débrancheras, 
car j'aurai eu une vie suffisamment belle.