L'histoire se lit mieux dans l'ordre,

les chapitres sont numérotés

à partir de décembre 2009.

le reste, on fait comme on veut

vendredi 27 janvier 2012

fast food


Je suis inapte au roman de gare, où s'enflamment capes, épées, femmes passionnées, prêtes à traverser des déserts, héros aux destins sublimes, aventures extraordinaires.
Pour peu que l' on soit désoeuvré, le roman de gare mise sur notre enthousiasme, notre crédulité, et notre goût du drame. Ma brève ne requiert pas ces qualités. Pour cause. C'est une brève de fast food.
J'avais faim. Peut-être pas assez? C'est là qu'il est entré, un jour de fin juillet, pendant ma pause.
A peine m'est-il tombé dessus qu'il devenait suspect. Beaux hasards rassemblés, mais circonstances favorables, mes éclairs amoureux ont toujours dégonflé, comme un soufflé, quand elles ne l' étaient plus. Longtemps, je n'ai guère su quel genre d'homme me plairait. J'ai pourtant vu, et vite, ceux qui ne conviendraient jamais. Pour les choses de l'amour, mon intuition est frelatée. Je lui accorde moins de crédit qu'à un bon de loterie. Il faudrait se laisser aller. Au bout de quelques jours, je décortique.
Cette fois là avait moins duré. J'ai commandé. Je me suis installée. Il s'est assis juste en face. Je l'ai bien regardé. C'était possible. J'ai mangé. Possible, il me semblait. D'y penser me faisait du bien. Mais je me suis levée, et j'ai débarrassé. Je n'ai pas su si je n'avais raté personne, ou si j'avais loupé quelqu'un.
Ce jour là, au fast food, je n'ai pas cru au coup de foudre.

Pas plus qu'à la diététique.

                            

jeudi 19 janvier 2012

36 j'ai peur

Presque quatre ans.
A l'approche du 23, j'ai toujours peur. 
Ce n'est pas un anniversaire, c'est pourtant le mot qu'on emploie. Les années précédentes, ce jour là tombait bien. La première fois était un vendredi. On avait fait craquer l'école. La demande était légitime. Nous n'avions rien fait de spécial, que rester entre nous. Tous quatre ensemble, tranquilles, regroupés dans mon lit. Croissants, musique et sucreries. Il faisait froid, nous étions à l'abri. Les deux années suivantes, samedi, dimanche, nous avons fait la fête. Remplir l'appartement. Les amis qui passent en désordre, les galettes. Du vin, des blagues, du bruit. Rien que de la douceur.
Cette fois c'est un lundi. Pas d'échappée possible un jour aussi banal.
J'ai peur. Je n'ai pas peur du souvenir, pas même de ce jour là. J'en recherche, avec soin, les détails, dans leurs moindres recoins. Chaque fois, il en apparaît d'autres. Hier, il m'est venu qu'allant le voir, à l'exception des voyants des machines, la pièce était éteinte. A quoi bon laisser la lumière. En rentrant, nous avions voulu prendre des packs de bière, pour mieux passer la nuit. Mais tout était fermé. Nous avions bu le vin qu'il nous restait. Trois bouteilles, sans ivresse, jusqu'au matin, dans l'attente du réveil des petits. Ça, je m'en souvenais. 
Il n'arrive rien les lundis. J'attends encore, malgré moi, stupidement, un retour. Une résurrection. Des retrouvailles. La joie des gosses qui ont grandi. Notre famille entière, à table. Il ne reviendra pas. Il y aura encore des jours vides. Des 23, toute ma vie. Lundi, il ne sera pas plus mort que la veille, ni moins que le lendemain. J'ai peur quand même. Ce jour là bien plus que les autres, pour lui, rien ne changera. Et il faudra me dire, une fois de plus: tant pis, je continue sans lui.

mercredi 18 janvier 2012

lundi 16 janvier 2012

clearblue

Montre en main, elle avait attendu. Pour une fois, elle avait respecté le mode d'emploi . Simple. Trois minutes. Elle s'était dit c'est le temps d'un oeuf à la coque. Trop long quand on connait le résultat. Les oeufs étaient toujours mollets. Ratés. Pas celui là. Tout de même une petite joie. Alors comme ça, moi aussi, je peux, et le coeur qui bat. 
Mais non, ce n'était pas si drôle que ça.
Quand c'était arrivé, elle l'avait su. Senti. Bzzz, un petit vibrato, au creux de l'abdomen, et c'était fait. L'image qu'elle en avait, c'étaient deux arcs, d'abord symétriquement superposés, comme les figures mathématiques, un petit temps de fonte, et clic, refermés. En machuré, l'intersection, piégée.
C'est pour la forme qu'elle avait vérifié.
Voilà. On pisse sur une baguette, on attend trois minutes, et on obtient un trait. Bleu. Un peu flou au début, puis bien net. Tu parles d'une surprise. J'en veux pas de ce truc là.
Et le corniaud, où est-ce-qu'il est ? Sourire niais, "pas fait exprès". Ben oui. Bordel, je t'avais dit. Je règle ça, et je me barre. Tu vas voir, t'en entendras même pas parler. Je t'emmerde. Espèce de connard.

C'est ce qu'elle avait fait. Les gosses, ce serait pour plus tard.

vendredi 6 janvier 2012

gorilles



Mes enfants n'iront pas au caté. Allez savoir pourquoi, ils ne l'ont pas demandé. J'en ai des souvenirs flous, de l'enfance à l'adolescence. L'arrivée au lycée, ouvrant bruyamment les choix, mit un terme à ces rendez-vous.
Mon père est mécréant, c'est toujours, en tout cas, ce qu'il nous a dit, malgré sa mère bigote. La messe était faite pour les femmes. Le catéchisme, il s'en foutait, mais laissait faire. Ma mère, pourtant peu pratiquante, ne doutait pas de son utilité.
Je n'en ai guère souffert. Dans mon village, le catéchisme n'avait aucune rigidité. Petite, il occupait mes jeudis, avant l'association sportive. On passa des étapes, assez peu formalistes, jusqu'à la communion, préparée en week-ends collectifs, deux, ou trois. J'y eus mes premiers émois, bien loin du sacrifice et de l'abnégation. Pour le péché, ma grand-mère se chargeait, chaque été, de ma formation. Quant au reste, tout se passa, il me semble, dans la joie.
Dans la première période, on y faisait à peu près rien, à part manger des bons gâteaux. Ceux de la mère Collot, qui occupait, dans la descente, une maison minuscule. On y montait par trois marches. La bicoque donnait sur la rue, pincée à cet endroit par une autre masure, qui bizarrement contenait la cuisine. Madame Collot portait un chignon bas, gris comme sa devanture. Avant de servir le goûter, elle nous lisait les évangiles, très doucement, comme on lit des contes pour enfants. Son mari rabougri traversait en silence, alimentait le poêle à bois. Rien de triste dans tout cela. Après, on bricolait. Bien mieux, on recyclait. Filée, la chaussette Dim ressuscitait, et sanctifiée, ornait, au terme du trimestre, armée de fils de fer bien ou mal inspirés, (Dieu, ou l'Enfer?) le bureau de l'abbé. L'abbé Viard était respecté. Sa taille et sa minceur, sous l'habit, lui donnaient de l'allure. Personne ne disait curé. Les jours de confession, il écoutait, assis dans son fauteuil, nos histoires de monnaie pas tout à fait rendue, de triche à la dictée, ou d'âneries domestiques imputées, lâchement, aux cadets. Puis il posait sa main, à peine, sur notre tête, et pardonnait. C'était le meilleur moment, qu'on ait confié, ou inventé :
_« Je te bénis .
_Merci...Amen. Je peux y aller? »
Un jour, justement y allant,  ventre à terre, je suis tombée, trop fort, dans les graviers. Mes deux genoux me faisaient mal, les cailloux s'étaient imprimés. Si profond, que c'était dur de les regarder. Il s'en était occupé,et pour la première fois, j'ai vu de l'eau oxygénée. Petit miracle! Ça faisait de la mousse, sans brûler.
Ma mère, croyante, mais pas obscurantiste, m'en donna en riant l'explication chimique.
« Tu pourrais en acheter?»
Je me souviens du Notre Père, appris par coeur, et recopié, aux feutres, sur du carton. A chaque lettre, une couleur. On remplissait les boucles, et les O s'ornaient de pétales. J'ai revu, il y a quelques années, au fond d'un placard familial, la prière, dans son cadre doré. Rainbow flag. En ces temps, le barbu était plus ouvert.

Le jeu des souvenirs est parfois surprenant. Gentils enfants, vieille dame dévouée, honnête curé, douceur, candeur, bonté, bref, le meilleur. Hier, sur l'écran noir et blanc, au détour d'un mur de calcaire,  m'est apparue une chose énorme, brutale, obscène, que le temps avait enterrée. Coup de canif dans le décor.
C'était le début du printemps. Je crois que nous avions, tout au plus, sept, ou huit ans. Arrivés en avance, on s'était regroupés, pour filer au lavoir dans le quart d'heure vacant. Longeant la cure, on s'est arrêtés net. Un homme était assis, au bord d'un pilier de l'église. 
Nous nous sommes avancés. Un homme? Autour de lui, des paquets sales, auxquels il était adossé. Les yeux mi-clos, il se chauffait au soleil. Formant un demi-cercle, nous nous sommes approchés. Sans bruit, de plus en plus près. Penchés au dessus de lui, le rendant prisonnier.
Vieux? C'est difficile à dire. Tanné. La peau des joues craquelée. Grotesque. Noir? Marronnasse. Attifé comme un singe. Pull crasseux laissant voir le torse, guêtres baillantes, mitées, détricotées, nouées haut sur les jambes qui se tenaient à peine d'un pantalon taché, ruiné. Chaussures béantes, doigts de pieds. Chaussettes effilochées, ficelées sur les bras. Dégueu. Pouilleux. Pieds cornus. Miteux. Misérable. Qu'il fût nu n'aurait pas été pire.
Il l'était. Il n'y eut pas de coup d'envoi, mais le silence ne dura pas. 
On a d'abord un peu gloussé. Puis c' est parti tout seul, tous, en simultané. Passés en un éclair du rire, aux cris, aux hurlements. A  l'hystérie. Certains sautant sur place, déchaînés, bras levés, d'autres, hoquetant, éructant, corps pliés, faces déformées, d'autres encore, furies, glapissant, allant , venant sur les côtés, se frappant la poitrine, dansant tels des damnés. Une meute.
Combien de temps? Quelques minutes. Assez pour alerter l'abbé, qui gardait, pour nous accueillir, portes et fenêtres ouvertes. Flairant un fait anormal, il courut pour nous disperser. Une volée de moineaux? Des primates. Les gorilles, c'étaient nous.

L'abbé s'est tu. Aucune leçon ne fut donnée. Un peu plus tard, le dictionnaire à peine ouvert, j'ai su ce qu'étaient des guenilles.





jeudi 5 janvier 2012

brève de comptoir

le jus de ce matin: la fille de la boutique d'en face et un habitué.

_Vous faites quoi?
_Je suis psy.
_Ah.
_Eh oui.
_Ça ne doit pas être facile dites donc.
_Pourquoi?
_Faut pas se tromper dans ce métier.
_???
_Ben oui, si vous vous trompez, ça peut être pire.
_Comment ça?
_Ben je veux dire, vos clients, quand ils viennent, c'est qu'ils ne vont pas bien.
_En effet.
_Et si vous vous trompez, y en a qui se suicident?
_Heu...je suppose que ça peut arriver.
_Ça ne doit pas être facile.
_......
_Ah mais attendez, psychiatre ou psychologue?
_Psychiatre.
_Ah oui, c'est pour les dingues. Les psychologues c'est pour ceux qui ne vont pas bien, c'est ça hein?
_En quelque sorte.
_Les psychiatres, ils donnent des médicaments.
_Oui, si c'est nécessaire.
_Et les psychologues, parfois, ils hypnotisent.
_Certains le font.
_Oui, ils font ça pour remonter le temps, c'est pour trouver ce qui ne va pas, c'est ça hein?


_Heu..je vais y aller.

mardi 3 janvier 2012

un aller retour

le trois, la femme du sept
Ce matin, j'étais assez fatiguée. Les brumes de l'avant veille, souvenirs encore frais des amis, vifs et gais, de musique, de champagne, un peu trop. Dans ma tête courait le tout dernier morceau, "Un soir, un chien". Une année qui finissait bien, une autre qui commençait, sans promesse, mais sans drame. Quelques ennuis viendraient, bien sûr, mais qui planaient encore trop haut.
J'étais très en retard, et la pluie menaçait. Dans l'escalier, pitié, ne rencontrer personne, surtout pas un voisin ,dont le regard, lassé, me reprocherait cette nuit d' agapes. Ouf, le rez de chaussée.
 Presque dix heures, et le facteur était passé. De la fente de la boite émergeait sa petite gratte.
J'enviai, une fois de plus, l'étiquette qu'un nouveau locataire, plus décidé que moi, avait déjà apposée: "Pas de publicité".
Pour la faire disparaitre, j'attrapai la liasse de papier glacé. Epaisse, elle résistait, et il fallut sortir mes clefs. Un exercice pénible, quand on a mis ses gants, qu'elles sont au fond du sac. Tout ça pour des réclames. Foie gras, saumon, les promotions. Les prix cassés, avant qu'ils ne soient périmés. Déjà gavée, sans avoir déjeûné. Allez, c'est fait. Mais au fond de la boite, il restait une enveloppe. Ni adresse, ni mention. Elle n'était pas cachetée. Un livre, pas très épais. Ultime cadeau, glissé après la fête ? Alors, un ami discret ? Ceux d'avant hier étaient trop avinés. Un  homme oublié? Une leçon, jetée au matin, avec hargne, sur les usages en collectivité? Je vais savoir qui c'est, on me l'aura dédicacé.
Mais rien. Ni au début, ni à la fin.
Un livre, dont j'ignorais le titre, l'auteur, et l'éditeur. Une erreur?
P. Larcher, "Marcher au jugé". Joli, le titre, mais un peu putassier. De quoi craindre le pire. Un ami, sûrement pas. Mais qui? J'ai parié mon billet que c'en était une, de leçon. J'ai pensé si ça se trouve, c'est même ce qu'on a écrit, dans les journaux, à sa sortie. La formule creuse qu'on vous assène, histoire de vous faire lire, ou tout au moins, acheter. "Une leçon de vie". Ha ha ha! De l'analyse transpersonnelle? Bah, je vais bosser. On verra ça. Ou pas...

la caissière
Hier, journée de merde. A quatorze heures, Inès n'était pas là. Pas prévenu, comme d'habitude. J'ai pris sa caisse, je n'ai pas pu refuser. C'est un faux-cul, le boss, je le sais. Depuis cette sale histoire, j'ai peur de me faire virer. Marco, il est honnête. Mais il ne peut pas s'empêcher. Quand je l'avais vu entrer, je m'étais dit non, pas ici. Ce boulot, je le voulais. Piquer douze DVD, c'était beaucoup. Et il s'est fait gauler. J'ai dû insister pour payer.  Maintenant, je commence à comprendre pourquoi le boss m'a gardée.
J'ai fait ma caisse, j'ai pris le bus. Quand j'arrive à l'immeuble, je regarde toujours au dernier, pour voir s'il est arrivé. Marco n'était pas là. Histoire de traîner, j'ai acheté du tabac, mais il faisait trop froid.
J'ai pris le courrier, sans l'ouvrir, je sais ce qui tombe au mois de janvier. Il y avait une enveloppe, toute blanche, sans nom, sans adresse, et pas fermée. J'en ai sorti un livre. Autant dire pas pour moi. J'ai lu le titre, j'ai pensé à l'école: infinitif et participe passé. Tout de suite, je l'ai jeté dans la boite d'à côté. J'aurais bien pu aller sonner, expliquer, voilà, on s'est trompé, c'était sans doute pour vous. La femme d'en face, au sept, elle lit beaucoup. Je la vois à la Fnac. Elle a l'air de planer. Après, j'ai allumé la télé, et j'ai mangé. Marco n'est pas rentré.

la femme du sept
..Le trois janvier, au travail, on s'ennuie. Personne n'appelle. J'aurais dû prendre ma journée. J'ai trié mon courriel, et j'ai lu le programme de mon prochain projet, qui m'a un peu agacée. Il était long, dix pages auraient suffi.
A midi, comme parfois, je suis partie avant qu'on vienne me chercher. Je me sentais un peu vide. Je suis allée prendre un café, chez le Gros. Il est bavard. J'ai sorti le bouquin, comme ça, pour le dissuader. Avant le premier chapitre, on pouvait lire:" A mon père". Au moins, c'était clair. Je ne fais pas toujours  le lien entre les citations du début et le contenu des livres. Souvent, c'est abscons. Dédier un livre à son père, ou à sa mère, c'est fréquent. Ils sont morts, d'ailleurs, la plupart du temps. Alors, à quoi ça sert? Ça sert pour soi, sans doute. 
J'ai lu la première page. Ça se passe en Espagne. Il fait très chaud, il est midi.Un homme  au bord d'une petite route, assis. Il n'a rien avec lui, juste un tout petit sac. C'est assez détaillé. Il est gêné par la lumière, il a les yeux plissés. Il ne bouge pas, il scrute, à ses pieds, le trajet des fourmis. Des cailloux gris, petits, concassés. Un bi-couche, sans doute. Je n'ai pas vu ça depuis longtemps. Maintenant, on fait des enrobés. Quand j'étais petite, il y en avait. L'été, au travers des cailloux, le goudron remontait. On en ramenait sous les sandales, ma mère râlait. Peut-être que ce livre, finalement, il me plairait.
J'ai payé mon café. Le Gros m'a dit "tu pars déjà?". Oui, j'ai des courses à faire. Je suis retournée travailler, et les heures ont passé.

 Le soir, cette fois, il pleuvait. En entrant dans le hall, passant devant les boites, j'ai repensé au livre, à l'homme, à l'immobilité. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais je m'en suis débarrassée.
Dans la boite d'à côté.

lundi 12 décembre 2011

porto 2011













à la piscine d'Alvaro Siza

samedi 10 décembre 2011

crétin de matou

La tristesse ne me sied pas au teint. Je le sais. Je suis cabot. En société, bien mieux que seule, j'ai un heureux caractère. J'ai appris à garder des moments sans témoins, que personne ne vient empêcher, et qui me sont nécessaires. Malgré ces temps réservés, la peine, parfois, me saisit par surprise. Ces madeleines, servies par des innocents, me font l'effet d'un piège. Il en est une, banale et minuscule, qui revient fréquemment. Un simple bâillement. Oui, c'est souvent.
Le bâillement sème la contagion. A moi, il donne envie d'une autre transmission. Une farce idiote, qui me plonge, quatre courtes secondes, dans la mélancolie.
On vous apprend, très tôt, qu'il est très impoli d'exposer ses tréfonds. En public, le baillement se réprime. En réunion, on serre les dents pendant l'inspiration, pour étouffer la vague, l'abandon qui appelle, aussitôt, l'étirement, et qu'on n'autorise qu'aux enfants. La main, portée devant la bouche, serait déjà un signe bien trop éloquent. La nuit, dans le secret du lit, c'est différent.

Maintenant, même dans l'obscurité, je ne sais plus bâiller correctement.
C'était un jeu, avec lui. Avant moi, il le faisait avec son chat.
S'il se laissait aller, glissant le doigt dans sa gueule ouverte, il s'amusait de sa panique, refermant les machoires, d'y sentir quelque chose. Le chaton, affolé, grimaçait. Il ne savait que faire, mordre, ou recracher.
Quatorze années durant, j'ai pris la place du chat, quand par mégarde, je me laissais surprendre. Au réveil, il guettait mon réflexe. Et quand pinçant les lèvres, je me défiais de l'index, mon bâillement sortait en saccades, d'un bref rire étouffé, mais victorieux d'avoir anticipé. A ce jeu matinal, j'étais devenue forte, et vers la fin, il y eut bien peu de fois ou j'eus à mordre... cet idiot là.

mardi 29 novembre 2011

salopards


_Maman!
_Oui ?
_Au bout d'un moment, les morts, y a bien plus que des os?
_Oui.
_Rien que ça?
_Oui, tu sais bien que le corps se décompose, et que ce qu'il y a autour des os est utilisé par le monde vivant.
_Tout le temps?
_Sauf si on a effectué un traitement, comme sur les momies, pour conserver plus de choses.
_Ah oui, c'est vrai.
....
_Est ce qu'on peut oublier les gens?
_Bien sûr.
_Les gens qu'on connaît?
_On peut les oublier momentanément, ou pour plus longtemps.
_Je veux dire après.
_Ah. Tu veux dire, est-ce qu'on finit par être oublié une fois qu'on est mort?
_Oui, c'est possible ça?
_Bien sûr, ça se passe comme ça pour la plupart des gens.
_Même avec les tombes?
_Les tombes disparaissent un jour aussi.
_Pourquoi?
_Parce qu'elles ne sont importantes que pour ceux qui se rappellent qui a été mis dedans. Tes enfants, si tu en as, s'ils m'ont connue, se souviendront un peu de leur grand-mère. Mais leurs enfants à eux, ne me connaîtront peut-être pas du tout, ou très peu de temps.Ils n'auront pas grand chose à raconter sur moi. Alors imagine, leurs arrières-petits enfants , à eux, à force, ils ne savent même plus qui est dans la tombe, ils s'en foutent, alors la tombe disparaît aussi.
_Pourquoi?
_Parce qu'au bout d'un moment, plus personne ne veut payer pour une tombe, dont ne sait pas qui elle contient.
_Ha ha ha!
_On peut toujours la revendre!
_Ha ha ha!
....
 _Ça vaut cher?
_ Ha! A vrai dire, on paye un loyer pour la place qu'elle occupe. Ça s'appelle une concession, cette place.Tu connais des gens qui payent un loyer pour rien? 
_Ha!! Ben non!
_Et quand plus personne ne se soucie de qui est dedans, on vire la tombe pour faire de la place.Ça te va?
....
_Il y en a qu'on oublie pas?
_Oui.
_Qui?
_Ceux qui ont inventé des trucs très utiles, ou qui ont écrit des livres essentiels, ceux qui ont enrichi notre connaissance du monde, ou laissé une grande oeuvre artistique, ceux là, on s'en souvient. Mais on se rappelle surtout de ce qu'ils ont laissé, pas vraiment d'eux, comment ils étaient vraiment, ça s'oublie, comme pour tous les autres. On n'oublie pas leur nom, mais souvent, ça s'arrête là.
_C'est tout?
_Ceux qui n'ont rien inventé, mais qui ont eu un rôle très important.
_Les présidents?
_Par exemple, ou ceux qui ont fait du bien à l'humanité.
_Comme qui?
_Ça me vient pas là...Ha ha ha!... je vais trouver... Ou bien ceux qui ont été tellement salopards qu'on ne peut pas les oublier.
_Ha ha ha!! Salopards!!

jeudi 24 novembre 2011

mange

_Papa, pourquoi y faut manger du poisson, alors que c'est pas bon?
_C'est pour avoir un gros cerveau.
_C'est pas beau.
_Ouais, t'as raison.

lundi 21 novembre 2011

10000


Ouaipe, passés sans m'en apercevoir, mais ce soir, je lève mon verre. Comme sur les gâteaux, je mets qu'une bougie*, après y'en a trop.  Merci les internautes.(sauf à ceux qui continuent à taper des trucs genre "dinde"  comme mot clé: ça booste le compteur mais je vois pas le rapport)

*private ps:  et pis j'en ai bu trop, des bières, à fêter vendredi la victoire du neutrinos sur la lumière.


micro trottoir

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Et pis quoi encore?

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Non.
_Pourquoi?
_Parce qu'il y a plein de femmes sûres qui attendent. Pourquoi poireauter?

_Monsieur! Monsieur!
_Pas le temps.

_Bon, je mets Non.


_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Nafout.
_Pourquoi?
_J'aime pas les femmes.


_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Oui.
_Vous n'êtes qu'une lopette.
_Pourriture.

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Bah non.
_Pourquoi?
_J'aime que les mecs.
_Ah.

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Je sais pas.
_Pourquoi?
_Ben faut être sûr.
_Sûr de quoi?
_Faut réfléchir.
_Bon j'ai pas que ça à foutre, moi. Au suivant.

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Je pense.
_Combien de temps seriez vous prêt à attendre?
_Cinq ans, plus s'il elle me le demandait.
_Outch. Et si elle vous disait qu'elle ne sait pas combien de temps vous devez attendre?
_Qu'elle aille se faire foutre

__Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Oui, je pense que je pourrais, je pourrais même, je sais pas moi, cinq ans.
_Vous aussi?
_Oui, ça laisse le temps de se faire assez de meufs.

_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Plus jamais.
_Pourquoi?
_J'ai attendu cinq ans, je suis furax, elle est jamais venue.


_Monsieur, êtes vous capable d'attendre une femme que vous aimez et qui vous dit qu'elle n'est pas sûre?
_Oui.
_Même si elle ne vous disait pas de combien de temps elle a besoin?
_Oui.
_Alors vous êtes une sacrée lopette.
_Non, je suis pas une lopette. Si je l'aime, je sais ce que je veux, c'est tout, alors je peux attendre.
_Mais vous feriez quoi en attendant?
_Je vivrais normalement.
_Vous seriez capable d'attendre une pourriture ?
_Non.
_J'y comprends rien.  Pourquoi?
_J'aime pas les pourritures.
_Vous ne trouvez pas  pourri de demander ça à quelqu'un?
_Non , on a le droit de ne pas être sûre.
_Et si vous attendiez, je sais pas moi...tiens, cinq ans, et qu'au bout de cinq ans elle ne revenait pas? Vous auriez l'air fin non?
_Fin, je ne sais pas.
_Vous seriez furax.
_Non.
_Vraiment?
_Si je décide de l'attendre parce qu'elle n'est pas sûre, je sais que je prends un risque.
_Heu...Et si elle n'est pas sûre, qu'elle ne vous demande pas d'attendre parce qu'elle trouve ça pourri, enfin, si elle est pourrissûre, que ça la rend furax, vous l'attendez quand même?

dimanche 20 novembre 2011

une pomme, tous les matins

« Je me suis réveillé à cinq heures, j'ai mangé ma pomme, et je t'ai attendue en lisant ».
Et s'il avait mangé une pomme, les choses auraient été différentes?

Pourtant, c'était bien commencé. Son deuil à elle était fini _elle l'avait décidé_, lui, sa rupture était apaisée. Ils s'étaient donc trouvés, puis choisis. Ils se félicitaient d'avoir pu patienter, et de leur exigence. Ils parlaient de leur chance, et découvraient, heureux, que leurs malheurs passés prenaient un sens. Leurs errements se recomposaient, et dessinaient une image. Elle y voyait un oiseau .
Leur amour s'esquissait. Une seconde vie, libérée de la question des enfants, déjà faits, et de l'économie du foyer. Un lien d'adultes, sans d'autres projets qu'eux-mêmes, et de multiples possibilités. C'était encore l'été. Elle pédalait, légère, à la sortie du travail, à midi, ou le soir, pour le cueillir. Elle se s'annonçait pas, réservant sa surprise. Il sortait, souriait, ouvrait les bras. Elle savait que chaque fois, descendant l'escalier de la librairie, il l'espérait. Elle variait les plaisirs. Elle se tenait devant l'entrée, souriant au vigile qui la reconnaissait. D'autres fois, sur un banc, à côté, pour qu'il la trouve après. Elle guettait son visage, tendu, qui la cherchait, puis la voyant, s'éclairait. Elle attachait son vélo, devant, en évidence, et s'adossait à la façade. Il sortait sans la voir, marquait un temps d'arrêt, puis vérifiait. Elle attendait un peu, pour jouer, et le laissait, quelques secondes, s'éloigner, avant de toucher son épaule. Elle réservait des jours sans, et se gardait de régularité. La joie devait durer.

Mais elle ne dura pas. Une pomme, matinale, précipita la fin.
Une vie avec un homme qui chaque matin s'éveillerait tôt, impatient d'être rejoint, mangerait sa pomme, lirait un livre, le fermerait au moindre tressaillement : Elle se lève, enfin !
Une pomme, tous les matins...Elle n'aima pas sa phrase, et pour s'en libérer, dût l'enfermer dans un petit carnet. La pomme venait de loin.

Il regrettaient de ne pas partager leurs nuits. Leurs vies, enfants, travail, leur en réservaient peu . Celles qu'ils pouvaient s'accorder les tenaient séparés. Dormir à ses côtés? Elle en était incapable, sensible au moindre bruit.
Ses rêves à lui, peuplés de cauchemars, agitaient son long corps. Ses mains_il ne la lâchait pas_, pressaient sur elle des mouvements convulsifs, qu'elle ne pouvait pas supporter. La première fois, corps repu, coeur comblé, elle avait résolu, à regret, de faire chambre à part. Elle s'était tant réjouie de ces heures enlacées, de réveils chauds et moites. Il était trop bruyant. Son moteur donnait des à-coups, démarrait, toussait, puis suffoquait.
Elle s'était dit tant pis, avait déménagé, dans la pièce la plus éloignée, s'assurant, par trois portes, un silence absolu. Sur le lit mezzanine, assise, elle en avait vaguement pleuré, comme une jeune fille découvrant que dans les contes de fées, on vous ment. Elle s'en était raillée: "que croyais tu? A cet âge là, on ne dort plus comme un adolescent". Puis, résolument, pour balayer sa déception , elle avait réglé son réveil , se réjouissant, pour l'aube, des retrouvailles. Il dirait « Te voilà, je t'ai cherchée, j'ai fait trop de bruit, n'est ce pas? Excuse-moi mon chéri, viens dans mes bras, là, tu vas prendre froid. As-tu bien dormi? ». Et en effet, la sentant glisser dans les draps, c'est ce qu' il avait dit.
Il disait mon chéri, comme on parle aux enfants, sans distinction de sexe. Elle en était gênée, et plusieurs fois, lui avait dit. Il tenait quelques heures, puis oubliait. Elle se moquait d'elle-même: ce n'était qu'un détail, elle allait s'habituer. Peut-être que dans quelques temps, ce petit mot lui plairait. Elle le souhaitait.

Elle était fière d'avoir pour elle un homme si beau. Elle aurait aimé qu'il soit grand, et il l'était. Il choisissait bien ses chemises, elle le trouvait élégant. Il ne ressemblait à personne, qu'à son allure à lui. Il rayonnait, elle en était la cause .Elle soignait ses tenues, et se sentait joueuse. On la trouvait enfin épanouie. Ils faisaient encore connaissance. Il lui offrait des livres, en disant « c'est pour voir ». Ses cadeaux se multipliaient. Rentrée chez elle, elle les considérait, regroupés sur sa table. Il était un peu là; ces livres, elle les lirait. Par dessus tout, elle aimait parler avec lui. Tous deux bavards, ils se tenaient en estime. Il racontaient beaucoup, se questionnaient, mais se laissaient terminer avant de rebondir. Ensemble, ils avaient l'âme plus tendre, l'esprit plus frais. Ils se rendaient meilleurs et le savaient.

Elle insista, mais peu, pour dormir avec lui, car la peur la gagna. La fatigue et le bruit ne font pas bon ménage. Elle craignit de le détester, pour ce motif injuste, qu'il ne contrôlait pas. Et les nuits esseulées durent, malgré tout, être installées. Il disait toujours mon chéri.
« As-tu bien dormi? » Ils avaient échangé leur idée de l'intime, s'accordant sur le fait que seule la vie commune pouvait le révéler. Ce serait pour plus tard. Les enfants étaient encore trop petits. Il dit « je peux attendre ». Il n'y mettait aucune réserve. Elle doutait d'elle, bien plus que lui, et l'aimait trop pour l'abuser. Pour ça, il l'aima sans doute un peu plus : qu'elle ne mente pas pour le séduire l'avait ému.
Elle reparla des nuits. Il fut précis. « J'ai consulté. Ce sont des apnées ». Cette fois, le mal était identifié, et il faudrait agir. Il demanda un rendez-vous. Le service était saturé, et on devrait attendre. Il n'en faisait pas une affaire. Elle battit froid. C'était désagréable. Alors comme ça, cet homme était malade. Le sommeil qui doit réparer, lui, l'épuisait. Elle l'aimait, et il était menacé. Elle rangea la nouvelle, la mettant de côté comme une donnée d'entrée qu'on ne veut pas, tout de suite, intégrer au projet. Trop compliqué.
Elle se confia à son amie.
_ "J'ai peur. Je ne sais pas si je pourrais. C'est bien trop tôt pour les revers. On les accepte quand le temps a passé, qu'on a déjà longtemps aimé. La vie est bête. »
Et l'amie fit l'amie, proposant un défi.
_"Non. La vie est intéressante". Y croyait elle?
Elle prit courage et s'en saisit.

Elle inventa des stratégies. D'abord, elle se loua d'avoir sauvé ses nuits. Elle s'en allait, après l'étreinte, avec un plaisir égoiste, ou le laissait partir en restant sans son lit, jouissant de tout l'espace. Sa vie avait changé, elle s'en trouvait fortifiée. Elle pourrait désormais profiter de l'amour, mais poursuivre en femme libre. Plus de lit conjugal.
Veuve, et amoureuse. Ils étaient quand même deux, ce n'était pas toujours facile. Elle négociait pour les départager, et leurs chances étaient inégales. Vivre est un privilège. Elle tira donc un avantage pour son défunt mari. La nuit posait une limite claire. Son corps abandonné, lui seul le connaissait; et dans l'obscurité, elle lui serait encore fidèle. Ces images d'elle-même, et qu'elle-même ignorait, qu'un seul avait répertoriées, personne ne pourrait les voler. Ce serait comme ça. Elle pourrait être avec cet autre, mais c'est à lui, lui seul et à jamais, que son sommeil appartiendrait.

Ils se voyaient souvent, s'écrivaient chaque jour, et leur lien prenait une assise. Quand leur journée se terminait, il accompagnait son trajet, prenait son sac, poussait sa bicyclette. Avant de se coucher, ils se lisaient. Au lendemain, les dialogues reprenaient, où ils s'étaient arrêtés. C'était joyeux. Mais leurs moments, ceux dont on prend le temps, étaient trop rares.
Une fois, il avoua se sentir parfois fatigué, et somnoler l'après midi. Ces apnées ne pouvaient s'oublier. Elle avait fui, mais devrait affronter. Elle visita des sites sur sa pathologie. On décrivait les risques, froidement, et les traitements. Elle ouvrit les images, découvrit la machine. Il en avait parlé un peu, du prix de ses nuits calmes, des cauchemars envolés: une pompe qui se soulevait, tout près, comme une seconde compagne. Un masque, qui deviendrait familier. Les pages jugeaient qu' on s'habitue, qu'il disparaît. « Tu verras, un jour, tu pourras dormir avec moi ». Elle entrevit alors une toute autre machine, qui ne pompait pas d'air. C'était trop tard. Du sang, qu'elle faisait circuler, pour irriguer ce qu'on devait prélever?
Le premier, au moins, était parti debout, et avec classe. La mort l'avait frappé en face. Et celui qui prenait sa place ne savait pas même respirer? Un jour, s'il était privé d'assistance, il mourrait. Il mourrait stupidement, rien qu'en dormant.

Une nuit, inquiète, elle se leva. Elle voulait le regarder dormir. Il était agité. Nu, son corps ne tenait plus son rang. C'est vrai, ce regard là, elle l'avait toujours évité. Redoutant de le comparer, elle préférait ne pas le voir. Il lui restait trop étranger, elle ne savait que faire: pendant l'amour, elle conservait plutôt les yeux fermés.
Elle trouva ses épaules osseuses, ses membres frêles, son torse creux. Elle pensa au mari, lui en voulut de son étalonnage: insidieux, déloyal. 
Elle attendit, et guetta les moments où l'air ne rentre plus, quand le dormeur s'oublie.

Ce matin là, il parla de sa pomme, et tout content, ouvrit ses bras. Comme à chaque fois. Pendant qu' elle écartait la phrase, elle vit un oiseau maigre, qui bat des ailes sans pouvoir décoller. Elle se coucha, ferma les yeux, fuyant l'oiseau, la pomme, et la machine.
On changea d'heure, et les jours raccourcirent. Le temps se fit plus froid, la vie, un peu plus âpre. Le travail, toujours plus léger en été, s'intensifia. Sortant plus tard, elle dût, de nouveau sans détour, rejoindre son foyer. Les ennuis, qui durant ces semaines les avaient épargnés, reprirent leurs droits. Non, l'amour ne ferait rien à ça.
Elle se sentait un peu flouée. En son absence, ses affres et ses doutes déferlaient. Trois journées passées seuls leur laissèrent trop d'espace. Elle mit à gauche ses peurs, ses intérêts, son amour, ses besoins, ses difficultés, et lui, sur le plateau d'en face.

Vivre avec lui ? Attendre, attendre encore, aimer longtemps, mais à moitié. Tout ça pour ça. Pourquoi lutter? La pomme accomplissait son sale travail de sape. Elle le vit cette fois tout entier, mais par les plus mauvais côtés. C'était injuste, et déformé. Elle le savait. Elle ouvrait le petit carnet, et consignait, face à la pomme, tout ce qui pourrait bien, un jour, l'exaspérer. Tout ce qu'il n'était pas et ne serait jamais. Mais quoi? C'était normal! les défauts, mais les qualités. En elle, elle appelait la clémence. Il l'aimait en entier. Comment rétablir l'équité? En écrivant, elle croyait se débarrasser. Mais elle avait noté, et ne pourrait pas oublier. Elle se comportait comme un monstre, qui combattait d'incompatibles vérités.
Les jours suivants, devant la librairie, quand il ouvrit les bras, elle revit l'oiseau maigre. Elle tenta de chasser le fruit. Pas pour longtemps. Il avait redit mon chéri. Elle comprenait qu'un jour ou l'autre, elle serait un tyran. Le moindre petit geste, le moindre petit mot, dès qu' elle se trouverait seule, déchainerait l'avalanche. S'il disait  c'est comme ça : Pas assez combatif. S'il offrait un ouvrage: sa chambre, un jour, croûlerait sous les livres. Il serait moins brillant. Et surtout, au matin, trop impatient, et trop content. Grand, oui, mais ses chemises, que trouvait-on dedans? Des poumons vides. Elle voulait le défendre, arguait ce n'est pas lui qui me trahit. Elle finirait par l'étouffer, une nuit. Qu'on en finisse!
Elle s'opposait: « Comment peux-tu? Cet homme qui t'aime. Celui à qui tu tiens si fort, et que tu as vraiment voulu. Ce n'est pas lui qui t'a déçue. Il est égal à lui-même »
Pour tout cela, elle s'intentait des procès,  qu'elle ne pouvait ni gagner, ni perdre, ni arbitrer. De toutes ces pensées là, elle ne saurait pas l'abriter. Un jour, c'était certain, elle ne l'aimerait plus. Alors c'était déjà trop tard. 
Qui était responsable? Elle, la pomme, les apnées? Désormais, tout était trop entremêlé. L'oiseau resterait maigre, et ne pourrait pas s'envoler.

Garder intact ce qu'ils s'étaient donné.
Et la semaine suivante, avant même de changer de lit, elle ne mit pas son réveil pour lui, à l'aube, qui l'attendrait encore. Aurait-elle voulu qu'il soit mort?

Non. Elle se souvint. C'était un dicton populaire. Une pomme, tous les matins...



lundi 14 novembre 2011

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jeudi 10 novembre 2011

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_T'es énervant. Je veux plus de toi.
_Pourquoi?
_Je sais pas, tu m'énerves.
_Je suis pas gentil peut-être?
_Si, t'es gentil, t'es même très gentil, t'es tellement gentil que tu m'énerves.
_Tu préfères qu'on soit méchant?
_Non, mais quand même.
_Qu'est ce que j'ai fait de mal?
_Rien, justement. C'est vraiment agaçant.
_Tu pourrais m'aider, dis-moi.
_Ca va pas te plaire.
_Quoi?
_Tu dors mal.
_Quoi je dors mal?
_Tu dors n'importe comment. Pourtant c'est facile de dormir. Tout le monde sait faire ça.
_Je dors comment?
_T'oublies de respirer. Faut quand même être nul. Ce truc là, ça se fait sans y penser.
J'ai trop de trucs à faire, je suis noyée là, je peux pas y penser pour toi.

mardi 20 septembre 2011

ah la la agbar




Johnny New architecte