dimanche 11 juin 2017

existence de X



Chacun pensait être seul à l’héberger, terré dans ses tripes sous une forme inavouable, et matait, quitte à se dévorer de l’intérieur, l’envie de s’en ouvrir à d’autres. Il vivait donc tranquille, tel un ténia nourri d’effroi, dans les cerveaux contraints. Rien que l’idée de son évocation faisait frémir, au point qu’on ne prononçait pas son nom. Les mots lui donneraient corps, et s’y risquer était exclu.  La honte et la terreur assuraient leur silence, jusqu’à l’apparition de l’enfant, dont la candeur fit bien plus peur que leur hôte secret. C’était certain, il le reconnaîtrait  en chacun, et tous savaient que s’il parlait, ce serait fichu. Alors, ignorant que les autres aussi, sans exception, abritaient l’innommable, sans nulle concertation, ensemble  ils se saisirent du gosse, et tranchèrent sa tête. Dès qu’ ils furent certains d’être hors de danger, ils sentirent leur âme libre et leurs ventres allégés.
Ce ne fut que le lendemain qu’il comprirent que leur meurtre était prémédité, bien que leur innommable n’ait jamais existé.

le dernier des anonymes


Il se retourna pour regarder derrière lui. Plus personne. Rien qu’au sol, quatre bandes de terre creusées en sillons, semblables aux traces d’un soc. Il chercha la charrue sans succès.

Il reprit sa route avec une pointe d’inquiétude.

l'anonyme cet animal


Mon anonyme est un humain.
Mais toujours masculin.

l'anonyme dans les plis

Au travers des persiennes, rien qu’une petite lampe. Dans dix minutes elle éteindra.
Il en a mis du temps à choisir sa victime. Tu vas voir qu’il se dit, tu vas en bouffer du papier. Un jour, tu te pendras, et sans savoir la faute à qui. Etre celui qui change le cours d’une vie. Ou plutôt deux. Dans quelques mois, je serai quelqu’un et toi plus rien. Et personne ne saura, sauf moi.
Il a choisi une femme. Un peu jolie,  à peine laide. Mais surtout, gentille. Il l’a croisée chaque jour. Des enfants, un mari. T’aurais pu, salope, au moins me dire bonjour. Une fois. Rien, que dalle. Tu vas voir. Radasse. Il découpe, il colle. Des caractères obscènes. Il bande. Les polices bien choisies dansent et dessinent le mal.
Il plie sa page.

Demain la boite, cette nuit l’attente. Il jouit.

no zone, espace de l'anonyme



Ni corps ni  sexe, comprenez moi. Ni repaire ni maison ou si peu. Lieux vides, cases et colonnes mouvantes. Rien ne m’est attribué, juste des statistiques. J’ai tendance à mais je ne fais pas. Je ne reçois ni lettres, ni factures, ni menaces. Et pourtant on me rêve, on me craint, on m’écrit même.
Vous ne savez pas.
Vous êtes là grâce à moi. Si je disparaissais je pourrais vous tuer tous. Je suis vos gens tous à la fois, ceux qui vous servent à dire “Eux, mais pas moi.” Je prends vos torts pour vous donner raison, j’endosse les habitudes pour vous rendre exception. Je suis tour à tour, bête, méchant. Parfois les deux. Mais la plupart du temps, j’indiffère.
J’aimerais jouir et souffrir, mais comment faire? Comment seraient la peur, la joie?
Je voudrais marcher dans la rue avec mon ombre et la voir rétrécir le soir au réverbère, puis grandir de nouveau. Faire trace.

Nommez moi. Incarnez moi.

le porno-nom


rita la chatte  aicha la mate  malou la moule  paulo le gros pilou le mou milou le trou pornonons nous.

apparition disparition du visage



Après quelques semaines Georges  enleva les photos. Elles mentaient. Le visage, ce n’était pas ça. Il préférait recomposer, chaque jour. En suivre le contour, à deux mains, en partant, symétrique, de la base du cou.  Les yeux fermés, en surligner  la bouche et le sourire, toujours un peu traviole. Relier du doigt ses grains de beauté, grande Ourse, Voie Lactée. Précis, il retraçait avec rigueur, pour en faire une sauvegarde exhaustive. Cou , ovale, bouche, joues , front,  cheveux, lobes, nuque et ses petits coins. Chaque matin, il se collait à l’inventaire comme à la gym d’entretien, mettant sa mémoire en laisse , desfois qu’elle dérape et qu’elle fasse des retouches. Que ça reste pareil.
Mais qu’il le veuille ou non, Georges vivait. Très vite, le rituel devint laborieux. Sans vouloir se l’avouer, au fur et à mesure, il lâchait l’affaire.  Il fallait que ça change. Il sauta des étapes, bâcla le cou, torcha l’ovale. A force, elle ne ressemblait plus à rien.
Alors pour ne pas trahir, il remit les clichés. Il en fut plus tranquille. Un temps, ce fut presque l’oubli, plus qu’un halo. Un temps seulement. Car le visage revint et de nouveau, il rangea les photos. Faire autrement?
Il vieillissait sans elle et en était jaloux. Comment rester accompagné ? La flétrir peu à peu. La faire coller au temps. Comment serait elle? Il spécula, et partant des sourcils, creusa chaque jour la ride du lion en pinçant doucement. De chaque côté des lèvres, pas de pli d’amertume, pas elle. Mais sur la bouche, le plissé qu’elle redoutait tant, c’était plus que possible . Elle disait je clope trop, je finirais cul de poule comme les vieilles de la messe. Avec tendresse, il la griffa de l’ongle, en stries verticales. Puis froissa ses paupières trop pleines, grava bien symétrique un réseau de pattes d’oie.  Elle aurait été presque là, que manquait-il? Le corps pêchait par sa fraîcheur.  Il chercha ses outils. Il la plaça sous presse, fit gondoler ses cuisses.  Il étira ses arrières bras pour former les drapeaux qui balancent, l’été, quand les femmes  dansent. Frappa longtemps ses pieds, pour en former la corne. Puis aplatit ses fesses et déforma ses mains.
Et un matin, il contempla le résultat.

Voilà, elle était vieille. Beaucoup plus vieille que lui.

l'anonyme sans visage




Dans la rue, il reconnaît parfois des anonymes. Comme s’ils étaient familiers, mais que la vie lui aurait fait  rater. Leurs visages sont comme une maison dont il aurait un peu la clef.

noms à louer


A peine sorti, on vous colle un nom. Pas le choix. Avant même de savoir qui vous serez, on vous l’a tamponné. Démerde toi avec. On ne se fait pas un nom, c’est des conneries. C’est le nom qui vous fait. Et s’il est naze, vous le trimbalez comme un boulet.
C’est vrai qu’y a des noms classe. Des noms qui en imposent. Des noms uniques. Des noms qui font rêver. Des noms qui coulent comme une eau fraîche, qu’on voit descendre un escalier. Des noms qui pètent tellement, qu’autour tout disparaît.
C’est pas ma veine, le mien, c’est un nom con. Un nom qu’on trouve partout, genre Dupont. Alors j’ai cherché le mien. J’ai ouvert un bottin.

_"Allo, je cherche un nom à louer.
_Vous êtes qui?"

J’ai raccroché.

le sans nom et la ville


(atelier les Anonymes, la Lucciola, raccourcis sur les items proposés, peut-être projets de textes)

C’est ma mauvaise humeur. Ces jours là, les autres ne font qu’un, agglutinés en bande. Un  ruban de gens, un ruban d’autres qui se déroule mollement, sans fin. Ces jours là, quand ils sont eux, en tas, et moi une personne. Quelqu’un. Ne pas en être, surtout, je serais bien plus seule.  Fuir le rouleau compresseur.

Mais j’ai des jours cléments. Quand je m’assieds en terrasse, que je les trouve beaux. Je regarde comme ils marchent. Un homme debout ça dit beaucoup.
Ca me rendrait presque tendre.

samedi 6 mai 2017

morancé


dimanche 12 mars 2017

jeudi 16 février 2017

jeudi 19 janvier 2017

lundi 2 janvier 2017

mercredi 12 octobre 2016

lundi 3 octobre 2016

jeudi 29 septembre 2016

lundi 1 août 2016

mardi 28 juin 2016